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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 20:43
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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 11:25

 

Le nom de Préfailles, vient du latin pratum fagi, pré du hêtre (fagus). Ce pratum fagi évoluera au fil des siècles en préfaye, préfail (1598) puis Préfailles. Bien que de nos jours aucun groupement d'hêtres ne soit observable, sa présence nous est attesté dans les textes anciens du Pays de Retz, notamment par le prieuré de Sept faux en Arthon connu dès le XIe s., plus proche de nous encore, un canton du faye  sur la commune de Sainte-Marie conserve encore ce nom, de même que le chemin du fau aux Moutiers en Retz. Suivant les régions ce fagus évoluera en faï, faye, fau, faou, fou etc. Sur le seul pays de Retz, plus de 23 lieux ont été identifiés comme portant ce nom de fau. Ce fagus n'est pas le hêtre ordinaire que nous connaissons tous, mais la variété fagus tortuosa, arbre très remarquable, sur le lieu où il croît, par le port exceptionnel de sa ramure. L'une des forêts des plus célèbres en France est celle de Verzy, dans la Marne, par son peuplement de faux.

                                                                      "Un faye ou fau"

La pointe de Saint-Gildas, fréquentée depuis le néolithique et connue depuis l'Antiquité, a vu passer au large, la route de l'étain avec les phéniciens, les irlandais, les normands dévastateurs de nos côtes et de l'île toute proche de Noirmoutier où ils s'installèrent, remontant la rivière de Loire jusqu'à Nantes d'où ils furent chassés par Alain Barbe-Torte en 932.

 

Cette pointe, suivant les cartographes, portera  plusieurs noms : Pointe de Cheveché, nom d'un territoire composé des paroisses de Beata Maria Plena ( La Plaine) et de St. Michel de Chevesché ou Saint-Michel la chevesche (St- Michel-chef-chef) au XIIIe s.. La chevêche est une sorte de chouette  qu'Athènes prendra comme emblème.  Pointe de Retz en raison de son appartenance au Duché de Retz depuis 1581, la pointe de Retz faisait face à celle du Poitou située en l'île de Bouin. Pointe de Saint-Gildas en raison du prieuré de ce nom.

 

L'estuaire de la Loire comme celui de la Vilaine attiraient les convoitises  de toutes sortes de pirates, de corsaires, biscayens, flessingois, jersiens, guernesiens, forbans de Salé, tous attirés par les navires en partant ou revenant d'Amérique, d'Asie avec leur chargement de marchandises, coton, tabac, café,  cacao, indiennes, indigo, bois de teinture, bois de caliatour, de sapan,  porcelaine, d'or, d'argent, d'étain, de vins, acier, amidon, azur fin et commun, baleines en fanon ou coupée, d'eaux de vie, et autres objets manufacturés, du Nord avec leur chargement de bois etc., bateaux de pêche revenant de Terre-Neuve avec leur cargaison de morue etc. Les salines réputées de la baie de Bourgneuf comme celles de Guérande, favorisèrent les échanges commerciaux avec la Hanse. Le cabotage  le long de cette côte atlantique eu beaucoup à souffrir de ces renards des mers. Malheur à ces malheureux équipages qui pour certains deviendront des esclaves de ces barbaresques.

 

Pour palier à ces difficultés, différents moyens furent mis en place, convois marchands avec protection, bateaux garde-côtes, création d'une milice garde-côtes et fortification de la côte, et la course pour le compte du roi. Le commerce nantais et de la baie fûrent ainsi protégés.

 

Le premier édit connu, concernant l'organisation des  milices gardes-côtes, date de 1669.

Pour tenter de mettre fin aux différentes incursions des barbaresques, pirates, corsaires et autres ennemis de la France, qui sévissaient en mer et menaçaient nos côtes et nos estuaires, entravant ainsi le commerce du royaume à la fin du XVIIe s, l'ordonnance royale de 1681 réorganisera les milices gardes-côtes sujette au guet jusqu'alors, en leur confiant la défense. A l'initiative de Vauban le littoral fut parsemé de fortifications. L'île du Pilier au large de la pointe, refuge des corsaires de Jersey et de Guernesey, se vit doter d'une batterie dès 1693, les paroissiens de La Plaine furent chargés de monter la garde dans l'attente de l'arrivée de soldats du château de Nantes, puis un fort y sera construit. Ils avaient pour ordre de transmettre par signaux  (pavillon le jour, feu la nuit) à la pointe de St. Gildas, la venue des navires ennemis. Les gardes-côtes, de poste en poste acheminaient l'information jusqu'à Paimboeuf. où une frégate, en station, attendait les ordres de l'écrivain pour appareiller.

 

Bien qu'un corps de garde y fût déjà établi avant 1744, ce dernier était en ruines à cette date. Il fallut attendre 1746, pour qu'une construction neuve  pour abriter les miliciens y soit bâtie. Elle sera construite en maçonnerie, voûtée et couverte de larges lauzes de schiste contrairement à l'ancienne charpentée de bois et recouverte d'ardoises. Son mobilier se composait d'un lit de camp, d'une table avec bancs, et d'un râtelier pour les armes, de lanternes, d'un sablier de deux heures, pour les signaux d'un mât et de pavillons rouge et blanc avec son sac,  Il s'agissait d'un corps de garde retranché. Les anses étaient protégées par de simples fossés relevés en talus, derrière lesquels miliciens se tenaient. Le point stratégique à défendre était l'anse du sud ou de la pointe, où plusieurs chaloupes de front pouvaient débarquer des soldats ennemis.  En 1756, la pointe sera armée d'un canon. A l'époque révolutionnaire une forte activité y régnera. Le général Cambray s'installera au Bois-Roux, en 1793. Deux forts y seront construits. L'un proche de l'ancienne chapelle et l'autre à la pointe surplombant l'anse du sud. Plusieurs centaines d'hommes assureront sa protection. En 1802, 3 canons de 24 en fer sur affûts de côtes armaient ces deux forts. Ils défendaient l'entrée de la baie de Bourgneuf et l'anse de la Gravette où se trouve un excellent mouillage, devenu un port de nos jours. En 1814, 2 canons de 24 armaient la pointe. Jusqu'à la fin du XIXe  la pointe de St. Gildas sera toujours armée et considérée comme terrain militaire mis à la disposition de la Marine.

                                                 "Emplacement des batteries en 1821"


Dès 1749, les Etats de Bretagne ont convenu avec les Fermiers généraux que tous les corps de garde qui sont sur la côte de la province, leurs seront abandonnés pendant la paix. Cet arrangement, qui tendait au bien du service des Fermiers, permettait d'entretenir ceux-ci et de pouvoir les réutiliser sans faire de dépense considérable. Il était nécessaire seulement d'en retirer les canons, affûts et ustensiles des batteries mis en dépôt. Les employés des fermes pouvaient alors en disposer. Le capitaine général des garde-côtes devait leur en remettre les clés. De l'utilisation de ces bâtiments et des sentiers qui les conduisaient de l'un à l'autre, remonte ces célèbres « sentiers des douaniers », qu'utilisaient autrefois les miliciens. Ces chemins nécessaires aux employés des Fermes furent réalisés en I756 ou 1757 par corvée, selon les dires de paroissiens en 1789 lors de l'établissement du Cahier des doléances.

 

Au XIXe siècle, le bureau principal de la  Douane se situait  au Cormier (La Plaine), et les douaniers étaient mis en poste en différents endroits de la commune, ici à Préfailles.

Que ce soit au XVIIIe comme au XIXe, la surveillance était indispensable pour éviter toute contrebande.

 

La tradition évoque une population, de nos côtes, enclin à provoquer des naufrages. Cela nous paraît très douteux, car à toutes époques les bris des naufrages étaient très surveillés par les seigneurs des paroisses, et faisaient l'objet de ventes aux enchères et  les Fermiers généraux  très soupçonneux lors d'un échouement de barriques de vin, d'eaux de vie, de farine etc..

 

Les normands dévastèrent l'Ile de Noirmoutier toute proche en 813. Les moines Philibertins en furent chassés. Ils durent se replier jusqu'à Tournus, emportant avec eux les restes de Saint-Philbert. A leur retour, ils s'établirent sur l'île du Pilier puis à la  Blanche en Noirmoutiers. A une date inconnue, le prieuré de Saint-Gildas avec sa chapelle s'établit sur cette pointe. Il dépendait de l'abbaye Blanche, elle-même dépendant de l'abbé de St. Philbert en l'île de Noirmoutier. La légende nous rapporte que St. Gildas y débarqua au VIe siècle laissant l'empreinte de son pied dans le rocher. Ce noble vestige sera, au milieu du XIXe siècle, incorporé dans les fondations de la nouvelle chapelle de St. Gildas construite à la charge des habitants de Préfailles. Suivant un aveu rendu en 1581, ce prieuré situé sur le fief de Theillac (autrefois du Pont), occupait une surface de 130 boisselées (18 hectares). A la Révolution il ne restait qu'environ 16 hectares, composés de terres labourables, d'une terre inculte et d'une pâture. Cette différence de surface ne peut s'expliquer que par l'érosion de la côte par la mer. En effet en 1763, suivant le relevé établi par le sieur Luc, ingénieur sous les ordres de Cassini de Turry, il indique une langue de terre près de la chapelle, appelé ce jour, pointe de l'Apcheu, laquelle se perd dans la mer. La chapelle de Saint-Gildas sera rebâtie à neuf en 1771, par les héritiers de Messire Chevalier, recteur de Béligné et ancien prieur commendataire du lieu. Au XVIIe, une messe était célébrée par semaine, de même que plusieurs mariages. Au XVIIIe, les paroissiens de La Plaine s'y rendaient en procession deux fois l'an. La Révolution, de par la présence des armées, sera sa fin. Ce prieuré sera vendu comme bien national en 1790. Le culte ne fut pas repris. En 1819 elle sera en ruines. Le poète local Joseph Rousse, Conservateur de la bibliothèque municipal de Nantes,  lui dédiera un poème. En 1880, sur son emplacement fu construit une villa, qui sera démolie en 1942, lors de la construction des blockhaus.

 

Le village de Préfailles, avant de devenir commune en 1908, connaîtra un essor tout particulier grâce à la source d'eau ferrugineuse située sur le rivage, au bas du village de Quirouard. Cette dernière connue et recommandée grâce à ses qualités curatives dès le premier tiers du XVIIIe, le seigneur de la paroisse de la Plaine Mr. de la Guerche y avait fait construire une maison  pour accueillir les curistes. Au XIXe, cette source avec le développement des bains de mer permettra à Préfailles de prendre une extension notable dans le Pays de Retz. parisiens, angevins et vendéens vinrent y  construire leurs résidences secondaires, lesquelles en font tout le charme avec sa côte sauvage.

En 1806, un premier sémaphore sera construit et sera surmonté d'un mât de Depillon. Non pas à la pointe, mais à proximité du château d'eau actuel,  point haut de la commune sur la route de Quirouard.

 

Construit en 1861, le sémaphore actuel est surmonté en 1941 par un pylône en béton recevant un feu dont l'optique provient du cap Gris-Nez. Son activité cesse en 1949, mais en 1954, un feu provisoire réclamé pour la navigation est installé provisoirement sur l'un des anciens blockhaus. Transféré à l'intérieur du bâtiment en 1958, il fonctionne jusqu'en 1986, une radio balise a fonctionné sur le site jusqu'en 1999. Le bâtiment a été agrandi en 2004 quand il est devenu espace muséographique. A l'extérieur a été mis en place un parcours didactique sur le balisage, avec d'anciennes bouées qui fonctionnaient sur accumulateurs : bouée de balisage d'un chenal, verte surmontée d'un cône pour tribord (surnommée par les navigateurs tri-co-vert), rouge surmontée d'un cylindre pour babord (surnommée ba-ci-rouge) ; bouée d'écueil qui signale un danger naturel, ici la « Banche » du nom d'un plateau situé à l'entrée de l'estuaire de la Loire ; bouée d'épave, ici la « Thérésa » qui marquait l'emplacement à quelques miles de l'île du Pilier d'un navire coulé le 17 juin 1940 en même temps que le Lancastria.

 

 

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 10:49

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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 11:28

F.-J. Carou nous raconte, avec vigueur dans son ouvrage « Histoire de Pornic », la dernière bataille du 27 mars 1793.

 

Pour compléter les informations contenues dans ce livre, nous transcrivons ci-après le texte inscrit dans le registre des Délibérations de la municipalité, le lendemain de ce jour, nous apportant de nouvelles précisions sur le nombre de canons engagés, de batailles que Pornic subira durant cette période, et qui rectifieront le nom du tireur posté à la Touche « Olivier Ernaud » et non Renaud tué durant la bataille et  nommant plusieurs autres pornicais aussi tués et non mentionnés dans cet ouvrage.

 

« Le vingt sept mars, mil sept cent quatre

vingt treize a six heures du matin, la

Municipalité à recû l’avis par le citoyen le

Loüerat de La Milassière en la paroisse du

Clion, que l’ennemy s’avanceroit ; et qu’il étoit

déjà au village de La Forestrie distant de

Pornid d’environ une lieüe et demie ; que de

suite la troupe se dispose et [sera] mize en

bataille pendant une heure et demie ; que ne

voyant point l’ennemy paroitre, on crut que

c’étoit une fausse alerte. La Municipalité

ordonna les Etapes et les gardes furent

doublées, autant que la force le permet.

 

A neuf heures du matin il vint dans l’espace

d’un demi quart d’heure deux [vedetes] qui

annoncerent l’ennemy à un quart de lieüe

disposé en quatre colonnes, voyant quatre

pavillons blancs, l’armée fut disposé en

un bataillon carré a la Place de la Liberté,

et on mit le plus le plus (sic) de troupes que l’on

put sur les postes avancés ou étoient les canons,

à onze heures et demie l’ennemy etant a portée

on a tiré le canon du Calvaire, et de suite

les deux autres ont fait le feu le plus suivi,

la fuzillade s’est de suite engagée, le

Bataillon carré a fait la plus vive rezistance

et a soutenu l’espace de quatre heures, quoique

le feu se faisait apercevoir de toutes parts ;

Ne voyant plus d’espoir, voyant le Dezastre

General, le Bataillon quarré a eté obligé de

battre retraite, et a passé au milieu de

mil a douze cent de ces Brigands, plusieurs

patriotes y ont perdu la vie dans cette

malheureuze affaire particulièrement Olivier Ernaud

Gildas Fourneau, Crepin, Beillevaire, Boury,

Bonfils, Padiolleau, et plusieurs autres des

paroisses voizines, et beaucoup de blessés qui

ont fait payer cher a L’armée des Brigands,

La quatrième attaque de la Ville de Pornid.

 

Renvoyons à annoter ceux qui ont bien

merité de la Patrie, dans les Procès verbaux

détaillés et estimatifs du Brigandage qui s’est

commis dans la ville de Pornid et pour la Dépense.

 

Arrêté a Paimboeuf, ou nous avons été obligés

de nous refugier, après quatre heures de combat.

Le Vingt huit mars mil sept cent quatre vingt

treize, Lan 2e De La Republique françaize.

 

Rocheteau, maire  Dosset off. mple (officier municipal)

Le Pape off. mple     Liger  Greffier

Bonfils     Loquin off. mup. »

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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 13:24
Amis de la bonne chère, lisez les préparations culinaires de nos anciens et adaptez-les à votre au goût.

                  PATE CHAUD DE TURBOT

 

Dit « PATE CHAUD DE TURBOT A LA PLAINAISE… »

 

On fait une abaisse*de pâte blanche à l’ordinaire, et

après avoir écaillé et lavé le turbot, on en coupe la tête et la queue,

et on en ôte le foie ;

on met du beurre frais sur l’abaisse, avec sel, poivre, fines herbes et fines épices,

et on place dessus le turbot lardé d’anchois ;

on l’assaisonne comme dessus, on le couvre de bon beurre et ensuite de l’autre abaisse,

on le dresse proprement, on le dore à l’œuf

et on le fait cuire au four : étant cuit, on le découvre, on le dégraisse,

et on jette dedans un ragoût d’écrevisses, champignon et truffes, puis on le sert chaudement.

 

*Abaisse : est un morceau de pâte qu’on étend sur une table bien propre avec un rouleau de bois, et sur laquelle on met les viandes ou autres choses dont un pâté ou autre pièce de pâtisserie est composé. Il y a les abaisses de pâte fine et celles de pâte bise* : les premières s’emploient pour les fines pâtisseries qu’on met en tourtière, les autres sont propres pour les pâtés de venaison, lièvres et canards tels qu’on les fait à

Amiens.

 

*Pâte bise : pour pâté de jambon et grosse venaison : Prenez un boisseau de farine de seigle, mettez-la sur une table bien nette et détrempez avec eau chaude, faites-en une pâte qui soit ferme, mettez-y un quarteron de sel bien menu et une demi libre de beurre : quand la pâte serra bien maniée et bien façonnée, vous jetterez de la farine dessus et dessous et l’étendrez avec le rouleau à l’épaisseur d’un pouce pour former votre pâte.

 

                                                   -=-=-=-=-=-=-

 

                          PATE DE GODIVEAU*

 

Prenez de la rouelle de veau ou de porc frais ou d’autre viande,

hachez-la bien menu avec autant de graisse de bœuf qui soit fraîche et un peu de lard : assaisonnez-la de sel et de poivre ou d’épices que nous avons parlé :

 

quand tout sera bien haché, vous pourrez mettre un œuf cru et bien mêler ensemble ; puis vous dresserez votre pâté de pâte fine, vous lui donnerez la forme ovale et la

hauteur de trois doigts environ :

 

mettez une partie de votre chair dedans et la pressez avec les doigts contre la croûte : lorsque vous aurez accommodé le premier lit de la viande, vous y mettrez des béatilles*, comme ris de veau coupés par morceaux, champignons, morilles, pointes d’asperges, culs d’artichauts, marrons rôtis et du verjus de grain, s’il y en a : râpez un peu de muscade sur vos béatilles et couvrez tout cela du reste de votre chair achée, vous la presserez un peu avec la main sur les béatilles : il faut que le bord du pâté surpasse d’un peu la chair ; on ne le couvre pas, mais on doit renforcer le bord d’une bande de pâte que vous y joindrez par dedans : vous ferez en sorte qu’il déborde un peu sur la chair : il faut découper ce bord de pâte qui touchera sur la chair,

vous pouvez râper un peu de muscade sur la viande, doré le pâté et le mettre au four.

 

Quand il sera presque cuit, vous le tirerez à l’embouchure du four pour y verser un peu de sauce blanche faite avec un jaune d’œuf délayé dans du verjus, puis vous remettrez ce pâté au four environ un demi-quart d’heure, afin que cette sauce s’épaississe.

 

Vous pouvez faire un de ces pâtés en tourtière et faire de la croûte en pâte feuilletée.

 

On estime à Paris les pâtés de perdrix rouges avec hachis de truffes de Périgueux ; ceux de canards et de dindons avec bécasses ou perdrix d’Amiens ; ceux d’alouettes de Péthiviers en Beauce ; ceux de cochons de lait d’Alençon et de Ponteau-de-mer.

 

* Godiveau : Certain pâté composé d’andouillettes, de hachis de veau et de béatilles. (On a servi un excellent godiveau.)

* Béatilles : menues choses délicates et propres à manger, que l’on met dans les pâtés et dans les potages ; comme ris de veau, crêtes de coq, foies gras etc. (Tourte de béatilles. Assiette de béatilles.)

 

                                     -=-=-=-=-

 

 

                       PIGEONS EN COMPOTE

 

Ayant vidé et troussé proprement les pigeons, lardez-les de gros lard et les passez en casserole avec lard fondu ; ayant pris une belle couleur,

 

faite-les cuire avec sel, poivre, muscade, citron vert, clous, champignons, truffes, un verre de vin blanc et bouillon, laissez cuire le tout doucement :

 

étant cuit, liez la sauce avec un coulis blanc ou roux, dressez vos pigeons dans plat et les servez chaudement.

 

                                    -=-=-=-=-=-

 

              PIGEONS A LA SAINTE-MENEHOULT

 

Prenez de gros pigeons, videz-les et les retroussez proprement, coupez-les en deux et les piquez de gros lard et jambon assaisonné, puis  mettez-les à cuire à la braise :

 

étant cuits, tirez-les et les paner proprement, prenant garde qu’ils ne se défassent, faites-les frire ou les mettre sur le gril et leur faites prendre belle couleur :

 

si vous les faites frire, il faut avant de les paner les tremper dans des oeufs  et les faire frire de belle couleur :

 

étant grillés ou frits, servez-les avec une ramolade dessous faite avec anchois, persil, câpres hachées, un peu de ciboule, bon jus de bœuf, le tout bien assaisonné avec un filet de vinaigre et servez chaudement

                                         
                                           -=-=-=-=-
         UNE
RECETTE DE PATISSERIE DE LA NOË

 

                                        DARIOLES

 

Ce gâteau léger apparaît tardivement, au XVe siècle. Villon y fait allusion dans un de ces vers « darioles, tartes entière… »

 

Taillevent écrit dans le Viander : « Soient broyées amandes et non guère passées, et la cresme fort fricte au beurre et largement sucrée dedans ».

 

De nos jours, le mot fait référence à une pâtisserie mais aussi, par extension, à son petit moule de forme cylindrique.

 

Nous pouvons indifféremment réaliser des darioles à partir d’une pâte brisée ou feuilletée. La dariole est garnie d’une crème riche en amandes que vous pouvez parfumer avec une liqueur.

           Pour la crème :

           - 90 g de farine

           - 75 g de sucre

           - 60 g d’amandes en poudre

           -  2 œufs entiers

           -  2 jaunes d’oeufs

            -  3 dl de lait bouilli

            - 90 g de beurre (60+30)

            -  sel

 

Travaillez tous ces ingrédients (sauf la poudre d’amandes), ajoutez peu à peu le lait bouillant.

Faites prendre sur le feu en ne cessant pas de remuer.

Continuez la cuisson deux à trois jusqu’à ce que le mélange épaississe.

Versez la crème dans un plat, ajoutez 30 g de beurre que vous avez réservé, les amandes.

Tournez jusqu’à ce que la préparation refroidisse.

Garnissez les moules beurrés avec la pâte feuilletée ou brisée et cette crème. Enfournez.

Faites cuire à four chaud une demi-heure.

Saupoudrez de sucre à la sortie du four.

 

Cette recette a été adaptée au goût du jour.

Recette tirée de l’ouvrage de Josy Marty-Dufaut « La Gastronomie au Moyen Age ».

 

Ces gâteaux peuvent se fabriquer à la douzaine. Mais aussi,en gâteau de type familiale, pour 4 ou 6 personnes.

 

Les darioles étaient très prisées au XVIIIe siècle. Les plus célèbres étaient celles d’Amiens. Toutes bonnes familles nobles en connaissaient la recette et ces petites pièces de pâtisseries  faisaient les délices d’une  fin de repas. Le Dictionnaire de l’Académie française de 1776 en fait mention.

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2 décembre 2007 7 02 /12 /décembre /2007 16:30

Rennes-Louis-XIV-Etains-020-bis.JPG

En marge de l'exposition actuelle sur le Mobilier d'argent à l'époque de Louis XIV, rares sont les représentations de sa majesté assise sur un tel trône.

Dans un article à paraître en 2008, sur la statuaire équestre au Grand siècle, vous retrouverez un bas-relief dessiné par Jules Hardouin-Mansart et exécuté par Antoine Coysevox, dont nous en sélectionnons un fragment.

Cette partie de sculpture représente Louis XIV accordant une audience ordinaire au duc de Chaulnes, assis sur un trône d'argent, dans la  Grande Galerie des glaces,  vers 1686.

 

 Nous ignorons le nom du maître orfèvre qui réalisa un tel siège. Si vous le connaissez, laissez nous un message.

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 21:14
Source-de-Pr--failles-XIXe.JPG                                                        La source à la fin du XIX e. siècle.
 
Dès le règne de Louis XV, cette source tantôt appelée de la Plaine, de Quirouard, de Préfailles et dont les vertus curatives étaient recherchées par les malades de Noirmoutier, du Poitou et du pays de Retz, qui venaient prendre gîte chez l’habitant pendant les beaux mois de l’année.
 
Depuis quand est-elle reconnue ?
 
Ogée dans son Dictionnaire de Bretagne édité en 1778 écrit au sujet de La Plaine :
 
« On y voit une fontaine d’eau minérale sur le bord de la mer, où Mr. de la Guerche a fait bâtir des maisons pour la commodité de ceux qui vont y prendre les eaux. »
 
Il est bon de rappeler ici, que Mr. de la Guerche n’est autre que Henri de Ruays, ancien capitaine général garde-côtes, seigneur de la paroisse de la Plaine et des juridictions de la Guerche et de Cens, demeurant au château de la Noë.
 
Les villages de Préfailles, Quirouard dépendaient de la seigneurie de la Guerche, qui au 16e siècle, appartenait à René de Bruc, elle fut cédée à Francisque Venier en 1576, puis revint aux de Bruc par le mariage à Pornic de Marie Venier avec Jean de Bruc de Monplaisir. Leurs héritiers, Henry de Bruc abbé de Bellefontaine et François de Bruc de Monplaisir, la vendirent en 1657 à Albert de Ruays de la Noë, ayeul d’Henri de la Guerche.
 
Si nous n’avons pu retrouver trace de ces maisons au moment de la séquestration de leurs biens à l’époque révolutionnaire, néanmoins dans l’aveu rendu au Duc de Retz, Louis Neufville, duc de Villeroy, le 8 mai 1762, par Henry de Ruays, ce dernier déclare :
 
« Au fief de la Guerche, une maison couverte à tuiles avec ses issues et dépendances, proche la fontaine des eaux minérales, consistante dans une grande salle et une autre chambre à cheminée à côté, contenant en emplacement et terrains aux environs en dépendants, une boissellée six seillons demage [environ], bornés au soleil levant et au nord par des vignes à différents particulier, vieux fossés entre deux, au midy par la coste de la mer et au soleil couchant, chemin qui conduit du village de Quirouard au corps de garde et à la rive de la mer. » «  et déclare n’avoir d’autre titre [de possession] que la jouissance paisible de plus de dix années. »
 
Voici donc la première maison thermale mise à la disposition des curistes pour les mettre à l’abri quelque soit la saison lors de la prise des eaux.
 
Ces mêmes maison et terrain nous les retrouvons sur la cadastre de 1826 de la Plaine sous le N° 695
 
Le Bourg de la Plaine, le village de Quirouard, proche de la fontaine, et celui de Préfailles fournissaient aussi les logements nécessaires, sans aucun doute bien avant ces maisons énoncées par Ogée.
 
Lors de son séjour à Nantes, chez Me. Cigogne, apothicaire réputé de cette ville chargé de la conservation du Jardin des plantes, de leurs études et de leurs applications pharmaceutiques, Antoine Monnet[1], chimiste eut l’attention attirée par cette fontaine dont les eaux teintaient d’un bel ocre les roches d’où elle surgissait.
 
Il étudiera cette eau ferrugineuse laissant à son collègue le soin de chercher son application en médecine.
 
De ses études sur l’origine des différentes eaux ferrugineuses de France et étrangères, il sortira un Mémoire qui sera lu à l’Académie royale des sciences de Rouen, le 16 février 1765.
 
Ses conclusions sont les suivantes :
« Je crois pouvoir réduire la question sur l’état du fer dans les Eaux Minérales ferrugineuses non vitrioliques, entre M. Venel et moi. M. Venel [inspecteur des eaux minérales] pense que le fer est soutenu en dissolution dans ces eaux par l’air ; et moi je suis persuadé que ce métal est uni immédiatement à l’eau et indépendamment de l’air. Plusieurs eaux ferrugineuses non aërées, c’est-à-dire non spiritueuses [gazeuses], que j’avois examinées, avoient été d’abord pour moi, un commencement de preuve de mon sentiment : preuve que je rendis ensuite complette, en imitant de pareilles eaux avec du fer et de l’eau ordinaire, ce qui me porta à considérer le fer comme étant soluble dans l’eau à la manière des sels. Quelque revoltante que puisse paroître cette manière de parler, pour quelques-uns qui ne sçauraient s’accoutumer à entendre dire qu’un métal est soluble dans l’eau, il n’en est pas moins vrai que la manière dont le fer s’unit à l’eau, mérite le nom de dissolution. En effet, on peut regarder comme une véritable dissolution d’un corps dans l’eau, toutes les fois que ce corps n’en trouble pas la transparence, et que cette eau paroît parfaitement homogène dans toutes sa masse. Or voilà le cas de nos Eaux Minérales Ferrugineuses et de celles qu’on peut faire artificiellement. »
 
Nous voici donc en présence de la première étude de la source de Quirouard. Il faudra attendre celles de Bobierre et Moride, puis le docteur Guépin du XIXe siècle pour finaliser son utilisation médicalement.
 
Les bienfaits de ces eaux, car au XVIIIe s.  plusieurs sources s’écoulaient vers la mer, sont magnifiés dans ces quelques vers, d’un poème inachevé d’un auteur anonyme, extrait des archives de la Noë qui sans être de grande qualité littéraire permet d’en saisir toute leur qualité.

POEME-SOURCE---Chasseurs-010-bis.JPG                                                                   Le manuscrit du poème.
 
« Célébrons les sources de la Plaine.
   Exaltons leur baume souverain.
   D’un rocher jaillit leur onde saine
   Qui produit leurs vertus en son sein
   Célébrons les sources de la Plaine.
   Exaltons leur baume souverain.
 
   Le soleil préside à la fontaine,
   et accroît de ses eaux la bonté.
   Du rocher il pénètre la veine
   qu’il mûrît et quitte sa crudité.
   Le soleil préside à la fontaine
   et accroît de ses eaux la bonté.
 
   L’eau d’ici, fontaine fabuleuse
   qui abuse de crédules esprits,
   Nous avons une eau ferrugineuse,
   ses effets, nous découvrent ton prix,
   sont d’ici. »
 
Ce poème est vraisemblablement de cette période.
 
Sur la carte originale de « Cassini  de Thury », levée en 1783 par le sieur Luc, deux sources d’eau minérale sont indiquées, celle de Préfailles et celle de Gourmalon au bord  du Havre [nom de la rivière entre la chaussée des moulins et la Noëveillard, 1786] de Pornic, dans l’anse face au château, celles de Malmy et la Bernerie ne sont pas mentionnées.

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                                          Extrait de l’original de la carte de Cassini de Thury – 1783

En 1788, époque où un médecin en villégiature à de la Mossardière fit analyser cette eau et la conseilla à ses patients. Le docteur Lemeignen de Machecoul, parait avoir envoyé de nombreux curistes.
 
Avant la Révolution, la noblesse nantaise et les riches armateurs et négociants fréquentaient les lieux, comme en témoigne la lettre suivante adressée par J. Walsh, futur auteur des Lettres vendéennes, à son ami Albert de Ruays, seigneur de la Guerche, conseiller au Parlement de Bretagne. Peu avant la Révolution, ces deux personnages demeuraient sur l’île Feydeau à Nantes:
 
« Vous n’aurez qu’une demie feuille, mon cher Albert.
Je suis à bout de mon papier, et vous vous en contenterez facilement.
J’avois trop plaisir à vous voir souvent à Nantes pour pouvoir rester si longtemps sans vous dire un mot d’amitié.
Je me fais si vite à la douce habitude d’aimer que je ne puis vous séparer tout à fait de ceux que j’aime ;
et si la distance nous sépare, le souvenir nous rapproche, du moins de mon côté et j’aime à croire un peu du votre ;
la veillée vient, et vous ne venez pas. Voilà ce qui me fâche.
Je voudrois que vous et Philippe.
Notre chaumière est petite, mais assez grande encore pour les vrais amis.
Venez, je vous donnerai une bonne place.
Ne croyez pas que je pense à la Bouillote ou à l’écarté.
Je voudrois rapprocher et jamais écarter.
Le pays de la Plaine me plait non par ses plaisirs, tous les buveurs partent, mais par son aspect sauvage.
Je sais qu’on y voit ni fleurs ni oiseaux ni verdure, mais il abonde en rochers en vagues en tempête et j’aime assez tout cela.
Nous serons les derniers à la Source. Mr. Mautaudouin vient de quitter, Mme. et Mlle. Berthomé y sont encore. Elles nous quitteront dans huit jours et nous seront seuls, il nous restera des livres et des papiers, la promenade et David, cela vaut bien des Messieurs Gauvin.
Et puis les jours passent si vite, la nuit vient si tôt que l’ennui ne puis me griper.
Je vous quitte un instant pour mon thé, je reviendrai tout à l’heure.
Vous prendrez pitié de mon isolement et pendant les moments que nous passions, vous me donnerez quelques mots de souvenir, si vous éprouvez quelque plaisir à voir mon écriture à Nantes.
Jugez (si vous pouvez) de celui que j’aurois à voir de la votre à la Plaine.
Quant à des nouvelles, c’est à moi, a en attendre de vous ici. Ici nous sommes loin des fracas de ce monde, et les guerres qui troublent l’Europe ne font aucun bruit dans ces paisibles contrées.
Cette ignorance totale est-elle un mal, dans cette vie on apprend plus de malheurs que de choses heureuses. Il faudroit donc mieux ne rien savoir.
A la Plaine on se couche de bonne heure, il n’est que neuf heures et Mme. Walsh m’appelle et me prie de vous dire bon soir et adieu.
J’espère après ce régime anglais, l’air que je craignais ne me fait point de mal.
Voyez vous de tems en tems Maman. Vous a-t-elle donné des livres pour Philippe.
Parle-t-on de paix encore.
Quand vous verrez vos dames rappelez nous à elles, je vous en prie Mme. Walsh vous en charge ;
Adieu, pour le coup il faut vous quitter et vous dire que je vous aimerai toujours et vous prier d’en toujours faire autant,
Votre ami, J.W.   1er septembre. »
 
Les troubles de la Révolution passés, la source de Quirouard revit ses curistes. Certes ce ne fut plus les mêmes habitués, la noblesse disparue fut remplacée par la bourgeoisie nantaise, vendéenne, angevine…
 
En 1809, le Conseil Général prendra un arrêté pour  la conservation de la fontaine.
 
En 1816, suivant les archives municipales de La Plaine, pour le seul mois de juillet, on relève 102 curistes.
 
EN 1817, le Conseil général vota 600 fr. pour réparer et entretenir la source d’eau minérale, cette contribution fut portée à 1000 fr. en 1818.
 
EN 1821, le ministre ayant enfin consenti a la demande, on s’occupa de la source, on pratiqua deux escaliers dans la rue, (longtemps les abords furent dangereux, on y descendait qu’en tombant à chaque pas, sur une pente abrupte et difficile) on déblaie les abords des quartiers de rochers qui l’entourent, avant ce travail un amas de sable et de pierres obstruaient ses abords et obligeaient chaque année, les buveurs à se donner la peine d’en dégager la fontaine qui sans ces étrangers aurait bientôt été comblé et enseveli sous le travail incessant du temps et des flots.
 
Dans le même temps on fait couler l’eau par un conduit creusé dans la pierre, avant cette amélioration elle s’épanchait que par le tube fragile d’un roseau, qu’il fallait renouveler chaque jour.
 
En 1829, cette source jaillissait sous un surplomb de rocher à seulement deux pieds au-dessus de la plage.
 
EN 1836, la maison de la source existait encore, mais appartenait désormais à la commune, des travaux d’entretien sont réalisés.
 
Préfailles avec sa côte déchiquetée, ses plages, ses landes, sa chasse, sa source et son bon air attirait bien des étrangers au pays.
 
Les estivants de Pornic venaient s’y promener : le docteur Guilmin évoque vers 1835 « les promenades à cheval soit pour le joli petit port de la Bernerie et le bois de la Jarrie, soit pour les villages des Cormiers et de Préfailles dans la Plaine. J’ai vu des cavalcades composées de vingt amazones et autant de cavaliers parcourir en bon ordre toutes les sinuosités de la côte et se rendre à la pointe de Saint Gildas. »
 
Peu de temps après son arrivée vers 1839, Charles Cibot devant l’essor de l’hydrothérapie à Pornic, songea développer les premiers bains chauds.
 
Le 24 août 1841, en échange d’une portion de terrain dans les communs du Porteau, situé au bas du village de Préfailles, il s’engageait :
 
« à construire au bord de la mer à l’endroit le plus avantageux sur la côte de Préfailles, un bâtiment assez vaste pour recevoir deux cabinets pour des bains d’hommes et deux cabinets destinés à des bains de femmes et l’espace suffisant pour établir les fourneaux qui devront être construits par lui, le tout à ses frais : estimé à 400 fr., le terrain pour 150 fr.
 
Les cédants, à l’exception de Monsieur Cibot, jouiront en commun et en droit égaux de tous les avantages et produits qui pourront résulter de l’établissement desdits bains…
 
Cette construction devra être achevée pour la saison des bains de l’année 1842.
 
Les cédants deviendront propriétaires des constructions faites par Mr. Cibot, du jour de leur achèvement, à la charge d’entretenir en bon état ledit établissement de bains et de payer chaque année tous les impôts qui pourront y être assis.
 
Mr. Cibot se chargera seul des démarches auprès de l’Administration départementale »
 
Les vendeurs sont les 23 co-propriétaires des communs de Préfailles.
 
Quelques années plus tard, le 13 janvier 1844 Mr. Charles Cibot deviendra propriétaire pour une moitié de cet Etablissement de bains de mer chaud, situé sur le bord de la mer, Mrs. Baconnais, Boucard et Bernard possèdant l’autre moitié. « Consistant en maison et matériel, agrès et apparaux, ameublement et accessoires. ». » les acquéreurs ne seront pas tenus de rebâtir l’établissement de bains dans le cas où il viendrait à être détruit par la mer ou le feu du ciel, sans que les vendeurs soit inquiété à cet égard.
Moyennant la somme de 192 Fr. et de payer les dettes qui pourraient (être) dues, lesquelles sont estimées à 1300 fr. »
 
Avec la mise en place de cordes et de piquets, de cabines sur la grande plage, dès 1843, Préfailles peut alors apporter tous les agréments à ses habitués. Pour assurer la sécurité des baigneurs, une loterie sera organisée en 1879 « dont le produit sera exclusivement destiné à doter la station balnéaire de Préfailles d’un bateau insubmersible de sauvetage. »

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                                                                             Les piquets et les cordes en 1860
 
 Mais revenons à la source :
 
En 1842, d’après Chevas, «  la commune de la Plaine a une haute importance en raison de cette source d’eau minérale qui teint les lieux qu’elle baigne d’une couleur de rouille foncée.
 
L’eau en est limpide, son odeur rappelle légèrement le fer et son goût métallique très prononcé répugne à beaucoup de buveur.
 
A peine versée dans un verre elle y laisse une vapeur épaisse et l’oxyde de fer dont elle est chargée se dépose promptement et en abondance.
 
Cette eau salutaire employée comme remède réussie dans un grand nombre de maladie, telle l’hydropisie, la paralysie, les affections bilieuses, les maladies cutanées, les maux d’estomac, les obstructions du foie et la pierre.
 
Elle est pour le pays une source abondante de richesse et mérite tous les soins des habitants qui longtemps n’en firent aucun cas. »
 
En 1850, Mr. Bobierre rendit visite à la source et voici ce qu’il constata :
 
L’eau ferrugineuse s’échappe des fissures du rocher, coule sur un petit canal de 1 centimètre de profondeur pratiqué dans une pierre longue de 31 centimètres et tombe dans un bassin naturel de 50 centimètres de diamètre environ. De ce bassin elle se déverse enfin dans la mer, marquant de son passage par un dépôt d’oxide de fer. »
 
Il fut le premier à déceler des traces d’arsenic dans « l’eau de Kirouars » et dans le dépôt ferrugineux Il releva un débit de 5 litres par minute. La source de la Bernerie débitait un demi litre par minute et de celle de Malmy un litre par minute et demie.
 
De passage à Préfailles, en 1853, Monsieur Chenantais, architecte nantais, qui réalisa notamment l’église Saint-Louis, la gendarmerie et le palais de justice de Nantes et qui présentera plan et devis pour la reconstruction de l’église de la Plaine, préconisa pour son embellissement et pour une plus grande commodité des curistes :
 
- «  Le creusement d’une grotte dans le rocher au droit de la source, de la confection d’un bassin, de bancs etc. »
 
Cette alcôve, récemment enduite d’un mortier, qui cache tout le charme et la beauté de cette réalisation, mutile ainsi la « Demoiselle de Préfailles », avait pour base de chaque côté des pierres d’appareillage en granit surmontées d’une voûte de briques rouges et bloqué par un claveau de pierre blanche de sireuil ou de crazane, qui lui conférait une élégance que l’on peut apprécier sur les nombreuses cartes postales anciennes.
 
En 1856, le docteur Guépin publia dans le Phare de la Loire la note suivante sur la source ferrugineuse de Préfailles :
 
« Il existe dans la baie de Bourgneuf, sur la côte de la presqu’île que forme l’embouchure de la Loire et cette baie, un joli village, favorisé par la nature ; il se nomme Préfailles ; on y arrive en traversant la petite ville de Pornic, le bourg de la Plaine et le village de Kirouard. Ses bains de mer et surtout son eau ferrugineuse lui ont donné quelque célébrité depuis cinquante ans, célébrité qui depuis vingt ans s’est beaucoup accrue.
 
L’eau de Préfailles, assez connue sous le nom d’eau de la Plaine est d’une grande pureté. A part un peu d’acide carbonique et du fer, à part des traces d’arsenic et de l’huile schiste, elle ne contient pas en tout, pour un litre, plus de 113 milligrammes de chlorures de magnésium et de sodium, de sulfate de chaux, de carbonate et sels d’alumines au dire de M. Hectot, qui y a signalé 7 milligrammes d’une substance végétale-minérale dont on se rend compte quand on remarque la source provient de schistes friables et très légèrement bitumeux. C’est donc uniquement à cette huile, à l’acide carbonique, à l’arsenic, en si minime quantité qu’il soit, et au fer, qu’il faut s’adresser pour connaître, les propriétés médicamenteuses de la source de Préfailles. Le dosage de ces substances, le voici à peu près pour un litre d’eau :
 
Acide carbonique ………………..     lit. 0,035
Fer …………………………………    gr.   0,013
Arsenic …………………………….          0,0001
Matières huileuses ……………….            0,007
 
La seule inspection de cette formule nous explique comment ses eaux sont très utiles aux malades qui l’on redoute l’épaississement des muqueuses.
 
 Aux chlorotiques
 Aux anémiques
 Aux hydropiques
   Et chez les fiévreux
 Aux femmes dont la menstruation est pénible ou mauvaises.
Et pourquoi il ne serait pas irrationnel de les administre dans l’albuminerie des jeunes filles ou chez les femmes à la suite des couches et dans une foule d’affections.
 
Cette analyse nous montre aussi que ces eaux, bues sur les lieux, en une contrée où l’on respire à pleins poumons l’air salé de la mer, seraient plus avantageuses encore et supérieures peut-être aux eaux de Spa, du Mont-d’or et à beaucoup d’autres, si elles étaient chargées artificiellement à la source même, d’acide carbonique.
 
MM. Bobierre et Moride ont fait en 1852, une nouvelle analyse des eaux de Préfailles…
 
A côté de ces études chimiques, plaçons maintenant nos observations médicales :
 
Quant on boit à Préfailles, de l’eau de la source, on lui trouve une grande fraîcheur et un arrière goût d’encre assez prononcé. Si on laisse cette eau dans un verre, bientôt flotte à la surface des écailles d’oxyde, intermédiaire verdâtre, tandis qu’il se dépose de l’acide carbonique et une sorte de vapeur sur le pourtour du verre. Cette eau graisse les verres disent avec raison les malades.
 
L’eau de Préfailles, comme toutes les boisson ferrugineuses, produit un peu de constipation, quelques fois une sorte d’étourdissement au début. Ce n’est pas du mal de tête, c’est une sensation anormale dans l’encéphale. C’est la seule eau dont on boit sur les lieux mêmes, aux repas, parce que, en dehors de toutes considération médicale, c’est la meilleure.
 
La manière de prendre cette eau influe sur le traitement.
 
Aucun médecin, que je sache, n’a encore écrit sur le régime qu’il convient de suivre quand on prend les eaux de Préfailles. Je crois donc utile de m’en occuper.
 
La saison des eaux commence avec les beaux jours de mai ou de juin et finit en septembre.
 
Une fois installé, levez-vous matin et couchez-vous de bonne heure.
 
Autant que possible, disposez ainsi votre journée :
 
A six heures et demie, mettez-vous en route pour la source. Une fois arrivé, buvez deux à quatre verres en mettant cinq minutes à un quart d’heure de distance entre chaque verre, selon l’état de votre estomac.
 
Si les bains, si surtout les coups de la vague vous sont utiles, baignez-vous en revenant ou après avoir pris quelque chose chez vous.
 
Vers dix heures, dix heures et demie au plus tard, déjeunez. Mangez peu de féculents, ils donnent au sang beaucoup de sucre, beaucoup d’éléments de combustion, peu d’éléments réparateurs. Le lait, si vous le digérez bien, les œufs, le fromage, le poisson, la volaille et la viande, voilà au contraire, les éléments dans lesquels votre estomac puisera une albuminose réparatrice.
 
De midi à trois heures, dans les grandes chaleurs, vivez comme aux pays chauds, faites la sieste, surtout si, ce que nous saurions trop conseiller, vous faites du repas du matin, le repas principal.
 
Après la sieste, allez au bain ; ne redoutez pas le choc de la mer. Le retour à la maison et le temps de s’habiller, conduisent à l’heure du dîner.- A dîner comme à déjeuner, suivez le même régime alimentaire et buvez de l’eau de la source (gazéifiée si possible).- Après le dîner, faites un pèlerinage à la source, pareil à celui du matin. Tout vous y convie : rien n’est plus agréable à cette heure comme la vue de cette réunion de buveurs éparpillés sur les rochers, au bord de la mer, à la source et sur la colline qui la domine.
Au retour, livrez-vous aux occupations qui peuvent vous écarter de vos pensers usuels. Que les jeunes filles chantent et dansent, que les autres fassent de la musique ou charment la conversation, chacun selon sa spécialité. Avant de vous mettre au lit, vous pouvez prendre quelques aliments en très-petite quantité pour recommencer le lendemain.- Quelques jours de dette existence sont un grand repos et un repos plein de charme et d’espérance de santé.
 
Les bains de Préfailles se prennent face du village. Ily a des plages plus sableuses, plus agréables plus unies, mais nulle part il n’est plus facile de recevoir des douches excellentes que donnent les vagues ; et puis, à toute heure, quelle que soit la marée, l’on peut se baigner. Ceci est très important. »
 
A l’avenir, la municipalité de La Plaine cherchera à tirer profit de cette eau bienfaisante.
 
Au fil des ans, elle l’affermera à divers exploitants, mais qui devront toujours laisser son accès aux curistes.
 
En 1865, Mr. Monnier, pharmacien de Pornic exploitera la source pendant une vingtaine d’années, en commercialisant son eau en bouteilles après l’avoir gazéifiée.
 
En 1873, elle se révèle être sur le domaine maritime. Mais continuera à être considérée comme appartenant à la commune.
 
En 1878, Mr. A. Bobierre, se livra à de nouvelles analyses, relevant à nouveau un débit de 300 litres/heure. De ses conclusions nous pouvons retenir :
 
« Ce que la chimie conduit à reconnaître, c’est que l’eau de Préfailles est riche en bicarbonate de protoxyde de fer, et qu’elle renferme de l’arsenic. Ce que l’observation clinique a permis de constater, c’est que cette eau agit avec d’autant plus d’activité que les malades soumis à son action éprouvent en même temps les excellents effets des brises tempérées de la baie de Bourgneuf ; il y a là, en un mot, un ensemble de circonstances particulières dont l’heureuse influence ne peut être l’objet d’un doute et sur laquelle, dans l’intérêt des malades comme dans celui de Préfailles, il est bon d’attirer l’attention.
 
Telles sont les vérités qu’il faut se borner à établir ; Aller plus loin, tenter d’assigner une place exacte à l’eau de Préfailles, dans une échelle de proportionalité où figureraient d’autres sources ferrugineuses, ce serait méconnaître cette vérité proclamé par Chaptal : qu’en analysant une eau on ne fait que disséquer son cadavre. Certes, dans beaucoup de circonstances, le mode d’action d’une source peut être considéré comme vraisemblable à la suite de son analyse, mais on s’illusionnait grandement si on croyait pouvoir donner la mesure précise d’une action thérapeutique, parce qu’on a obtenu tel ou tel résultat à l’aide de réactifs et de la balance. Au point de vue médical, les eaux de Spa, d’Orezza, de Forges, de Cransac, de Bussang, de Passy, ne différent pas seulement par la proportion d’oxyde de fer : Chacune d’elles possède, on peut le dire, une action propre résultant non seulement de ces principes constituants, mais du groupement de mêmes principes.
 
Quoiqu’il en soit de ces considérations, il est un fait désormais bien établi, c’est qu’il n’est point nécessaire d’aller dans les froides montagnes de Spa, ou dans les solitudes lointaines d’Orezza, pour trouver une eau ferrugineuses d’une incontestable efficacité. »
 
Quoi de plus élogieux pour ce que fut cette source aujourd’hui tarie.
 
Laissons quelques instants la source et faisons place à un article paru dans la presse dans les années 1880 pour découvrir les charmes de Préfailles.
 
« Qui ne connaît aujourd’hui Préfailles ; ce lieu de bains de mer si fréquentés par les malades qui y trouvent la santé, par les artistes et les touristes qui y trouvent les aspects grandioses et merveilleux de la mer, dont les longues lames se brisent avec force sur les plus beaux rochers que l’on puisse voir, unis à la vie la plus paisible, la plus originale, la plus agréable que l’on puisse imaginer.
 
Pour tout ce qui à trait aux cures extraordinaires dues aux actions combinées de l’air, des bains de la source ferrugineuse de Préfailles, nous renvoyons le lecteur à la deuxième partie de ce petit et modeste travail, aux extraits des rapports de M. le docteur Guépin, et de M. Bobierre, directeur de l’Ecole des sciences de Nantes.
 
Tant qu’à l’agrément des voyageurs, aux plaisirs que Préfailles réserve à ses visiteurs, malades ou en bonne santé, quelques mots ici ne seront pas superflus.
 
Préfailles est, dit M. Guépin, « un joli village situé à l’entrée de la baie de Bourgneuf. » Joli n’est pas trop dire, car, bien que les grands arbres y soient rares et la verdure peu abondante, les gens de goût ont toujours la collection coquette de ces maisons et de ces chalets groupés dans un petit vallon, dont l’horizon est l’Océan sans limite, et dont la délimitation géographique est tracée par des grottes les plus nombreuses, les rochers les plus pittoresques et les plus accidentés.
 
On arrive à Préfailles, avec une extrême facilité, par le chemin de fer de Nantes jusqu’à Pornic et par la voiture de correspondance spéciale du chemin de fer de cette station à Préfailles. – Il y a par jour trois départs de Nantes et trois départs pour Préfailles . - On peut aussi gagner Paimboeuf ou St-Brevin par le bateau qui descend la Loire et prendre ensuite une voiture pour arriver à destination. Paimboeuf est à sept lieues de Préfailles, et St-Brévin à 4 lieues. Un bureau de poste et de télégraphe vient d’y être créé.
 
Sous le rapport du confortable, Préfailles répond à toutes les exigences des plus grandes stations d’eaux ; dès l’arrivée de la voiture, on peut être rassuré en apercevant l’hôtel de la localité, situé à gauche sur la route, et qui, par sa bonne apparence, ses tonnelles, sa terrasse couverte de baigneurs riant et causant, nous donne tout de suite la mesure de ce qu’on peut trouver dans le pays.
 
Le baigneurs ont de nombreuses occasions de se réunir, et de passe agréablement la vie à Préfailles, - tous les matins et tous les soirs, d’abord, il y rendez-vous général à la source, - rien de plus charmant et de plus « unique » que cette réunion de 6 ou 700 baigneurs assis ou groupés sur les rochers baignés par la mer. On cause, on boit de l’eau, la jeunesse danse des rondes, chacun semble heureux de vivre tant l’air est pur et tant l’harmonie du superbe panorama qui se déroule devant les yeux semble influencer joyeusement le caractère et l’humeur.
Le soir, au retour, on entend sur la route les accords du piano mêlés parfois au sons des instruments à cordes ou de la voix, ce sont quelques musiciens bien inspirés qui sont réunis dans le salon de l’hôtel, et qui laissant portes et fenêtres ouvertes, semblent inviter les promeneurs à se joindre à eux, pour former, sans prétention, de charmants concerts improvisés.
 
Et dans la journée, que de moyens divers pour se distraire et s’amuser !
 
Tout d’abord le fameux coursier Montmorency vous offre sa coopération pour vous porter à St-Gildas, au Cormier, à Pornic, etc., etc., ces excursions à ânes sont amusantes quand elles sont faites en caravanes et que les montures sont exités par les piétons malicieux et les petits cris de frayeur factice poussés par les amazones et par les enfants.
 
Et la pêche ! pêche à la seine au Cormier, pêche à la chevrette sur toute la côte, pêche à la lubine, au bar, pour les amateurs qui aiment suivre en silence les évolutions de la ligne en mer.
 
Enfin les bains… Matin et soir on peut se baigner, la plage de Préfailles a ceci de précieux, qu’elle est accessible à marée haute et à marée basse ; elle est garnie de très nombreuses et très élégantes cabines et possède un établissement hydrothérapique complet.
 
Quelques détracteurs qui ont jamais, en tout cas, trouvé mieux à dire, se plaignent de ne pas assez trouver d’ombre à Préfailles, s’ils ne l’ont pas trouvée, c’est qu’ils ne l’ont pas cherchée, car où rencontrer moins de soleil et plus de fraîcheur que sous ses grottes magnifiques qui abondent à Préfailles, et dans lesquels les baigneurs viennent tous les jours, en groupe, faire la sieste, causer, et passer les moments les plus chauds de la journée ?
 
Quel régime doit-on suivre à Préfailles, médicalement parlant ? C’est ce qui nous reste à examiner ; pour traiter cette question, laissons la paroles aux experts, et tout d’abord, sur le point spécial de la vie à Préfailles, au docteur Guépin.
 
N.-B.- M. le docteur Bocandé résidant à Pornic, vient chaque matin, à l’hôtel Ste-Marie, où l’on peut le consulter. Parmi les baigneurs, se trouvent toujours aussi plusieurs médecins. »
 
En 1885, la commune passe un bail de 9 ans avec l’état (1885-1893) moyennant 100 frs. par an.

Le 10 juin 1886, elle afferme la source à Mr. Bourrasseau de Saumur.
 
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                                                                La cabane et le rocher objet du litige.

 Dès le 9 août 1886, une pétition adressée au préfet qui a recueilli environ 90 signataires, proteste sur l’état des lieux et l’utilisation de la source sans tenir compte du cahier des charges.
 
 « Le robinet existant sera maintenu tel qu’il existe actuellement.
 
 Le bassin intérieur a été ouvert et un tuyau d’aspiration y a été adapté. L’eau ne séjournant plus dans un bassin essentiellement ferrugineux a perdu considérablement de ses propriétés et est devenue souvent trouble.
 
Il est évident que l’esprit du cahier des charges prévoyait un industriel devant exploiter la source comme eaux minérales, mais non un cafetier devant établir un estaminet, jeux et bals d’enfants.
 
Les bancs autour de la source ont été supprimés et remplacés à la source même par un restaurant buvette.
 
Nous ne parlons pas d’un superbe rocher qui, sous prétexte de menacer la sécurité a été enlevé uniquement parce qu’il gênait l’établissement de la baraque servant de buvette »

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                                                                               Profil de la source en 1886
 
 Ils reprochent au maire d’avoir outre passé ses droits en louant ou en abandonnant au concessionnaire une cabane appartenant à la commune et destinée à abriter les buveurs surpris par la pluie…
 
« Cette cabane sert aujourd’hui de salle de jeux (dont nous demandons la suppression et la fermeture) et de tentative de bals pour les enfants. »
 
Les pétitionnaires réclame la restitution de la cabane, l’enlèvement des hangars qui leur supprime leurs sièges et qui ont « rendu si disgracieux l’aspect de notre source autrefois si pittoresque et qui faisait la fortune du pays… et dans l’intérêt des 3 ou 4000 baigneurs attirés chaque année à Préfailles. »

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                                                                Plan d’ensemble - septembre 1886
                               
 Monsieur Bourrasseau exploitera la source et commercialisera son eau jusqu’à sa faillite en 1890. Son bail est annulé.
 
Mr. Etienne Robert lui succèdera pour 4 saisons mais il résiliera son bail en 1892.

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                                                                          Affiche de 1894
 
En 1901, Mr. Durand-Gasselin achètera la source aux domaines et créa un escalier depuis la rampe pour descendre à la plage. 

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                                                                 Affiche de la mise en vente de la source

La même année, le 11 août, il louera  la source pour 50 années à la commune de la Plaine moyennant 5 frs. par an.
 
« La commune prend la source dans l’état où elle se trouve : tout changement quelconque ne pourrait être fait que d’accord entre les deux parties.
Monsieur Durand-Gasselin n’est responsable ni de la qualité, ni de la quantité de l’eau qui pourrait varier pendant la durer du bail etc.  »
 
Suite à des divergences entre le village de Préfailles et la municipalité de la Plaine, Préfailles deviendra commune le 13 février 1908.
 
Monsieur Durand-Gasselin reconduira son contrat avec la nouvelle commune.
 
En 1912, la commune passe un bail de 90 ans à MM. Reverdy et Caillard pour exploiter et gazéifier l’eau ferrugineuse.

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1925, verra la fin de son exploitation.
 
En 1935, suite à un legs, la source devient communale.
 
Le souvenir de cette source restera gravé dans la mémoire des Préfaillais.
 
M. LEGAULT                                octobre 2007
 
 
 


[1]Antoine-Grimald Monnet ( 1734-1817). autodidacte, passionné par la chimie et la pharmacie. Il analysa en même temps les eaux de la mer de Préfailles. Publia le « Traité des eaux minérales – 1768 » et celui de la « vitriolisation – 1769 », un « Atlas minéralogique de la France – 1780 »
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5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 12:09
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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 17:00
      PORNIC ET SON PORT        
 
                                                 1844
 
 
 Nous portons à votre connaissance le brouillon de Mr. Chevas  sur l'histoire de Pornic inachevée et donc non publiée à ce jour, mais d'un grand intérêt pour les "amoureux"de Pornic.
 
                             "Le chateau et les bains au milieu du XIXe siècle"
 
«                     SITUATION ET ASPECT
 
    … La petite ville de Pornic est bâtie en amphithéâtre sur un coteau élevé à plus de 25 mètres au-dessus du niveau de la mer ; la ville basse, appelée aussi les Sables ou le port, est au pied de ce monticule
.
   Pornic compte à peu près vingt rues qui ne sont encore désignées que par des appellations souvent arbitraires et par cela même incertaines ; bien généralement on soit d’accord sur les noms suivants : Grande-rue, de Tartifume, de Saint-André, du Calvaire, de L’Eglise, des sables et de Sainte-Anne.
 
   Les rues sont généralement étroites et mal pavées ; cependant grâce à leur pente, elles ne retiennent points les eaux pluviales ; elles sont moins boueuses que leur situation matérielle pourrait le faire supposer.
 
   Il y a deux places à Pornic, celle de l’Eglise et celle du Marché ou du Marchix.
 
   Pornic possède une promenade, appelée la Terrasse ; elle est au devant de l’entrée du château ; de ce point l’œil découvre sans peine une partie de la baie de Bourgneuf et le bois de la Blanche dans l’île de Noirmoutier.
 
   Si l’on traverse le port et que l’on se place sur une des pointes de rochers, qui se trouvent dans le S. de la ville, on a sous les yeux un délicieux panorama ; à droite, dans l’horizon, se montre une vaste plaine, dénuée d’arbres ; si l’on reporte sa vue sur la gauche, c’est la ville est ses maisons qui semblent superposées ; la blancheur des murailles relève l’éclatante couleur de la tuile ou fait mieux ressortir le sombre aspect des couvertures en ardoises ; un toit apparaît à peine au niveau des plus hautes maisons ; du milieu de ce toit s’élève l’aiguille du clocher, signe non équivoque de la destination du bâtiment, qui sans elle, vu de ce point, aurait l’apparence d’une vaste grange. A la suite des quais ou du quartier des Sables, on aperçoit auprès de la plage où les baigneurs prennent leurs joyeux ébats, la salle des bains thermaux, assise sur un rocher, et dominée par une des vieilles tours du château, sur le sommet de laquelle a été édifiée une habitation moderne ; plus loin sur la droite de cette construction, l’horizon est dominé par le calvaire entouré d’arbres, qui, sans dérober à la vue, ce signe révéré du catholicisme, semble par un temps couvert, former autour de lui comme un nuage orageux.
 
   De l’autre côté de la plage apparaît l’élégante maison de la Malouine, avec son toit à l’italienne ; comme la salle des bains, elle semble surmontée par une tour de l’ancien château, et sa blancheur éclatante forme un charmant contraste avec la verdure des promenades, le tout le ton sombre des rochers sur lesquels elle s’avance dans la mer.
 
  Le point culminant sur lequel est placé le calvaire, est encore un de ces lieux d’observation où les amateurs d’immenses perspectives plutôt les artistes vont chercher des émotions.
 
   Dans la ville tout est récent et annonce l’aisance ; les maisons composées, pour la plupart, d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage sont annuellement blanchies au lait de chaux, et on un air de propreté que l’intérieur vient rarement démentir.
 
   Le port est de ceux que l’on nomme à marée, c’est-à-dire, restant à sec après le reflux ; il est profondément encaissé entre deux coteaux hérissés de rochers ; celui du nord sur lequel la ville est assise et à l’opposite celui de Gourmalon.
 
   La mer brise fortement à l’entrée de ce port ; située dans la partie nord de la baie de Bourgneuf, entre la point de Gourmalon et celle de la Noë-Vieillard, son ouverture à 2450 mètres de largeur, et, de cette entrée à son extrémité Est sa longueur est de 1200 mètres ; là il est terminé par une chaussée à écluse retenant les eaux du canal ou de la rivière de Haute-Perche ; jadis la chute d’eau de ce canal faisait mouvoir un moulin à farine ; ce moulin existe encore mais ne fonctionne plus depuis quelques années.
 
   Dans les petites marées, le port reçoit à son entrée quatre mètres d’eau, il en reçoit six dans les syzygies ; au fond ou à l’extrémité cette quantité est beaucoup moindre.
 
   Les quais sont mal construits et mal alignés, ils se ressentent de l’époque reculée à laquelle ils ont été édifiés.
 
   En mer, à trois kilomètres à l’entrée du port, sont les rochers nommés Basse-Notre-Dame, et du Caillou ; ces écueils bien connus des marins, restant à sec après chaque marée, deviennent un point où la pêche est facile et habituellement abondante.
 
 
                                  GEOLOGIE
     Le Schiste et le Micaschiste sont les roches dominantes : quelque peu de grès ferrifère se rencontre près la route de Paimboeuf, à la sortie nord de la ville.
 
                              AEOROGRAPHIE
   L’air de Pornic est vif et sain ; les habitants du port ou de la basse ville n’éprouvent jamais les incommodités que l’on ressent du voisinage de lieux humides ou marécageux ; l’on doit attribuer la cause de cette salubrité exceptionnelle au fond sablonneux du port, continuellement baigné par le flux et le reflux de l’océan.
 
   Les vents de N., N.-E., E. et S.-E., règnent habituellement pendant le printemps et l’été. Les opposés dominent dans les autres saisons ; cependant il n’est pas rare de voir dans les mois de mai, juin, juillet et août les vents souffler le matin dans la partie de l’Est et passer le soir à l’Ouest.
 
   Rarement des épidémies meurtrières viennent désoler le pays. Le choléra asiatique y a fait peu de victimes et le nombre des naissances l’emporte constamment sur celui des décès.
 
   Comme exemple de longévité, il est peu de famille qui ne puisse présenter son patriarche octogénaire.
 
   « Les maladies qui règnent le plus communément, dit M. Guilmin[1] et que l’on doit attribuer à la force de l’air, à la fréquence des variations atmosphériques, au voisinage de la mer et à l’action continuelle des vents, consistent dans les inflammations des organes pulmonaires, dans las affections rhumatismales et les lésions muqueuses. Le scrofule y est presque inconnu, et rarement on rencontre des cas de phtisie, de carreau mésentrique et de fièvres intermittentes dites essentielles. La température de l’air quoique variable est assez modérée. Les chaleurs ne sont pas excessives, ni le froid très rigoureux. Il est bien rare que le thermomètre s’élève à plus de 28 degrés Réaumur, de même qu’on ne le voit pas descendre à 8 degrés au-dessous de zéro. Sa hauteur moyenne est de 12 à 15 degrés. Le baromètre ne monte presque jamais au-dessus de 77 centimètres, et à quelques exceptions près, il ne descend pas au-dessous de 74. Bien qu’il ne se manifeste de brouillards qu’à de très longs intervalles, il arrive quelquefois qu’on ressente dans la même journée le froid de l’hiver et la chaleur de l’été. Aussi donnerai-je le conseil d’apporter, aux eaux de Pornic des vêtements de toute saison. »
 
 
                             HYDROGRAPHIE
 
   Les seuls cours d’eau de Pornic sont d’abord le ruisseau venant de Sainte-Marie, lequel[2] traverse et fertilise le jardin de Retz, situé au bas de la Terrasse ; sa longueur est de 370 mètres.
 
 Ensuite, sur une longueur de 380 mètres la partie E. ou N.-E. est baignée par les eaux du canal de Haute-Perche.
 
   La source ferrugineuse de Malmy ou de Gourmalon, faisant partie autrefois de la commune du Clion, aujourd’hui de celle de Pornic, a été, sans doute, soumise plusieurs fois à l’analyse chimique ; celle faite en 1827 par M. Hectot a donné les résultats suivants :…
 «  Analyse, dit le docteur Priou, prouvant que les eaux de Gourmalon sont douées de qualités curatives incontestables. »
 
   La source est distante de Pornic d’environ un kilomètre, dans la direction du Sud ; elle se trouve placée au fond d’une large crevasse de rocher formant une espèce de grotte, vis-a-vis de laquelle, on remarque d’énormes bloc de Schiste quartzeux, où plus d’un buveur sentimental a gravé des initiales de lui sel comprises. L’eau minérale coule par les fentes du rocher dont l’élévation est de 12 à 14 mètres. Plusieurs filets se réunissent dans un petit bassin creusé au pied du roc et de là se rendent à la mer. M. Priou, auquel nous empruntons ces détails, estime qu’ils fournissent à peine un demi-litre d’eau par minute. Les parois de la grotte sont enduites d’une matière jaunâtre ocracée qui décèle la présence du fer. Cette source est située à Malmy, près de la pointe de Gourmalon. On y descend par un escalier commode construit en pierre de taille.
 
   Dans l’intérêt des malades, il est un inconvénient fort grave à signaler à l’administration départementale ; la source est loin de toute habitation ; pas une chambre, pas un arbre pour se mettre à couvert. Ne serait-il pas urgent qu’une maisonnette semblable à celle de la commune de la Plaine, fût bâtie sur le sommet du rocher ? Les buveurs ne seraient plus exposés aux injures atmosphériques. Cette mesure est réclamée généralement et avec instances : elle entre dans le domaine de la salubrité publique.
 
   On objecte que cette dépense doit incomber à la commune ; cette objection perdra peut-être de son importance si l’on considère que le concours des voyageurs qui se rendent à la source est favorable, non seulement à la commune où cette source est située, mais encore aux communes limitrophes. Les étrangers appelés chaque année à Pornic ne s’arrêtent-ils donc pas plus ou moins longtemps à Paimboeuf et surtout à Nantes ? Si cela est incontestable, sera-ce une erreur de regarder à la dépense dont il s’agit, comme ayant une sorte de caractère d’utilité départementale ?... Nous ne saurions le penser.
 
   Les fontaines et puits particuliers creusés dans le roc sont en assez grand nombre et fournissent suffisamment à la consommation quotidienne une eau excellente, fors ceux du quartier des Sables, dont les eaux contiennent des sels en suspension.
 
   La plus utile de ces fontaines est celle de Tourte, autrefois de la commune de Sainte-Marie ; elle est situé dans le Nord-Est de la ville, autour sont rangées quelques auges ou baquets en pierre de granit appelés « timbres » , dans lesquels se font les lessives ; c’est le rendez-vous général des commères, c’est là que se fait la chronique journalière et quelquefois scandaleuse du pays.
 
 
                                  BOTANIQUE
 
   Pornic est tellement exploré chaque année par l’artiste et le savant, que l’on se trouve à même d’indiquer plusieurs de ces plantes particulières que cette commune fournit à la flore départementale.
 
La statice à fleurs de paquerettes.- Le thésion couché.- La soude ligneuses aux qualités apéritives et diurétiques, plantes s’élevant de 288 à 576 millimètres.- L’arroche couchée.- Le warech plié, aux couleurs variables, le même pied offrant quelquefois les teintes blanchâtre, jaune et rouge.- L’ulve intestinale.- La doradille marine, croissant dans l’anfractuosité des rochers.- L’agrostis maritime aux feuilles dures, piquantes et courbées en goutières.- Le paturon maritime, aux fleurs de trois millimètres de longueur.- La rotbolle couchée.- Le froment, fausse rotbolle croisant sur les murs.- Le pavôt à massue, aux capsules presque cylindriques.- La sabline marginée, aux grandes fleurs et aux graines plates.- Le tamaris pentandrique, joli arbrisseau aux fleurs blanches ou purpurines, aimant les lieux frais.- Le rosier pimprenelle, arbrisseaux à rameaux courts droits et nombreux, remarquables par les aiguillons grèles, droits et inégaux dont il est abondamment pourvu.- Le mélilot à petites fleurs.- Le treffle raide et celui de boccone.
 
   A plus d’un kilomètre de la mer, la végétation languit ; on ne rencontre point d’ombrage ; l’œil n’aperçoit que des plantes étiolées et des arbres nains et rabougris.
 
 
                               POPULATION
 
……
 
                 MŒURS, USAGES, COSTUMES
  
   La population aime la propreté ; dans la plus chétive demeure, chaque chose révèle à cet égard le goût et les tendances de ceux qui l’habitent.
 
  Les hommes adonnés, pour la plupart, à la navigation, portent le costume des marins.
 
   Les femmes se font remarquer par la finesse et la régularité de leurs traits, par une aisance de manières qui semble toujours naturelle.
 
   Leur mise élégante et coquette est encore relevée par leur coiffure légèrement arrondie à son extrémité ; cette haute pyramide est soutenue par un carton recouvert d’un papier bleu qui fait avantageusement ressorti la blancheur des dentelles ; derrière la tête, le cheveux sont relevés en chignon, tandis que de chaque côté deux boucles s’échappent capricieusement et viennent donner une nouvelle animation à la physionomie.
 
   En général et quoi qu’on dise, d’une santé robuste, d’une gaîté continuelle, fruit de l’air pur et de l’aisance dont ils jouissent, les habitants sont polis, affables et bienveillants envers les étrangers, répondent avec empressement et politesse aux questions qu’on leur adresse et mettent une grande complaisance à rendre tous les petits services à chaque instant réclamés.
 
   Il y a moins d’un demi siècle la Terrasse était le rendez-vous général de la population, et là mêlés et confondus, sans distinction de rang et de fortune, tous se tenant par la main et ne formant qu’un rond, dansaient jusqu’à ce que l’heure ou la fatigue les invitât au repos.
 
   Quelques années plus tard, des sociétés particulières se formèrent, on se « tria » ; dans ces réunions on joua, mais sans oublier la danse et l’on vit plus d’une fois le curé de la paroisse, M. Jagorel, quitter le piquet ou le jeu de loto pour prendre le violon, aux accords duquel il se complaisait à faire danser ses jeunes paroissiennes, pendant que leur musicienne ordinaire, prenait un instant de repos autour du tapis vert.
 
   L’avènement de la Restauration apporta quelques modifications, les sociétés se « trièrent » encore davantage, une certaine réserve, un peu de dévotion devinrent à la mode et probablement on s’amusa moins.
 
   Parmi les vieux usages on remarque celui du « Gui-l’an neuf » ; la fabrique paroissiale qui ne recule pas devant cette pratique toute payenne, fait aux approches du nouvel an, quêter ses marguilliers ; armés d’une longue perche ornée de verdure, ceux-ci se présentent à chaque porte, l’un dépose dans un sac ce que l’on a donné pour l’église.
 
   Les quêteurs formulent leur demande dans une chanson dont le refrain est « Nau, Nau pour le bon Dieu ».
 
   Cette vieille prose rimée est-elle toujours la même ? on n’oserait l’affirmer. Il y a trente ans, on en chantait une dont le couplet est resté dans nos souvenir.
 
                   Si vous ne voulez rien donner,
                   Donnez-nous la chambrière :
                   Nous la mènerons au pailler,
                   Et lui ferons bonne chère.
                            Nau, Nau pour le bon Dieu.
 
 
Les dons faits en nature se vendent au jour indiqué par la fabrique, dont ils ne sont pas les moindres ressources.
 
                             ADMINISTRATION
 
   Pornic, avant la Révolution était, sous le rapport ecclésiastique, l’une des cinquante paroisses du climat et doyenné de Retz, l’une des trente-trois cures du même doyenné et dépendante de l’abbaye de Sainte-Marie. Sous le rapport judiciaire c’étaient l’une des trente-neuf paroisses de la menée de Retz ; enfin, sous le rapport administratif l’une des onze de la subdélégation de Paimboeuf.
 
   Pornic était encore une capitainerie des milices garde-côtes de l’inspec tion de Bretagne. Cette capitainerie était composée de dix compagnies ayant chacune son capitaine et son lieutenant, savoir : deux compagnies de Paulx, deux de Machecoul, deux de Bourgneuf, une de Cheméré, une de Saint-Hilaire de Chaléons, une de St.-Père-en-Retz et enfin celle de Pornic.
 
    Aujourd’hui, sous le rapport religieux, Pornic est une cure de canton.
 
   Sous le rapport judiciaire , c’est le siège d’une justice de paix, ayant dans son ressort, outre Pornic, les communes d’Arthon, le Clion, Ste-Marie, St-Michel et la Plaine ; et enfin sous le rapport administratif, Pornic à
a un maire, un adjoint ; son conseil municipal est composé de douze membres à la nominations de cent seize électeurs.
 
   Une brigade de gendarmerie à pied réside à Pornic.
 
   Cette ville est encore la résidence d’un commissaire des classes de la marine et d’un capitaine de port ; son quartier maritime se compose de tout le littoral, depuis Bourgneuf jusqu’à St-Michel compris ; la population de ce quartier est de cinq à six cents marins, dont quatre cents valides sont susceptibles de pouvoir faire le service ou les voyages de longs-cours ; le surplus s’occupe de la pêche et des travaux du port.
 
   Un receveur des douanes, subordonné à celui de Paimboeuf est fixé à Pornic, ainsi qu’un capitaine de la même administration, ce chef du service actifa sous ses ordres les huit brigades de la Sennetère, la Bernerie, Pornic, le Porteau, Préfaille, la Rue, les Cormiers et St-Michel.
 
   Le percepteur des impôts directs dont le bureau est à Pornic, reçoit en outre les contribution du Clion, de Ste-Marie et de la Plaine.
 
Résident également à Pornic : un receveur de l’enregistrement, un receveur des contributions indirectes et deux notaires.
 
                                     FINANCES
 
….
 
                                  INSTRUCTION
 
   L’ école communale des garçons reçoit dans une maison tenue à loyer, cinquante et quelques élèves, par mois ; sur lequel vingt sont admis gratuitement ; la rétribution fixée à 2 fr. 50 c. donne un éventuel de 700 fr. environ ; le traitement fixe est de 200 fr.
  
   L’école communale de filles, de son côté reçoit cinquante élèves en été, quarante-six en hiver ; le taux de la rétribution fixé à 2 fr.50c. produit un annuel de 900 fr. ; le traitement fixe est de 50 fr. seulement. Cette dernière école, placé dans une position agréable, à plusieurs pensionnaires.
 
   Une petite école privée, à la modique rétribution de 50c. par mois, à dix à 12 élèves.
 
                                        HOSPICE
 
Pornic possède un hôpital dont le revenu est d’environ 2000 fr. ; on y trouve dix lits pour les malades. Situé sur un coteau élevé il est dans une position tout-à-fait appropriée à sa destination ; ses dépendances consistent dans une vaste prairie et de beaux jardins qui entourent ses bâtiments.
 
   Cinq communes Pornic, Chauvé, Sainte-Marie, le Clion et Saint Michel, ont seules droit à placer des malades dans cet établissement.
 
                                   AGRICULTURE
 
   Sous le rapport agricole, Pornic ne peur être compté pour quelque chose, le jardinage seul y est florissant et depuis quelques années à fait de notables progrès, grâce au concours habituel des voyageurs, qui, dans cette commune plus qu’ailleurs, ont augmenté les besoins de production
 
                        COMMERCE ET INDUSTRIE
 
   Sous le point de vue commercial Pornic ne manque pas d’une certaine importance. Journellement il sort ou il entre dans son port un nombre considérable de barques qui exportent les blés, les bois de chauffage et les briques ou tuiles provenant des communes voisines. Noirmoutier, le Pilier, l’Ile-Dieu, et le Croisic y envoient des engrais de toutes les espèces, mais principalement ceux appelés « cendres », produit des varechs et fiente d’animaux qui se brûlent dans les îles et sur le littoral de l’océan. Ce commerce d’engrais occupe depuis le mois d’avril jusqu’à la fin septembre une trentaine de petits navires. De Pornic, ces engrais se transportent, par le canal de Haute-Perche, ou par des charrettes à boeufs, dans les communes environnantes, toutes riches et bien cultivées.
 
 
   Le déchargement des cendres occupe une partie infime de la population et particulièrement les femmes, qui traitent à la batelée et reçoivent environ un franc par tonneau de jauge du navire.
 
   Les barques de Pornic, au nombre de quarante-deux, construites sous forme de lougre ou de chasse-marée, du port de dix à quarante tonneaux, font de la navigation appelée du grand et petit cabotage, sur les côtes de Bretagne, du Poitou et de la Saintonge.
 
   Bien que l’on compte à Pornic dix ou douze capitaines au long-cours, cette navigation n’a point exclusivement lieu par des navires appartenant à son port, qui reçoit tous les ans des navires venant du dehors et apportant de Nantes, de Bordeaux ou autres lieux, de l’épicerie, des bois et matériaux propres à la construction.
 
   Année commune il sort de Pornic pour Bordeaux, Rouen, Marseille, Bayonne et autres lieux, deux mille tonneaux de blé, principalement du froment.
   On construit à Pornic des barques de quatorze à quinze tonneaux, et avec grande économie on y fait les réparations et radoubs.
 
   Pendant la saison des bains, une douzaine de petites barques partent le matin pour Noirmoutier et reviennent le soir ; souvent la traversée dure qu’une heure et demie.
 
   La ville est convenablement pourvue des choses nécessaires et offre toutes les ressources désirables aux étrangers, en étoffe, chapellerie, coutellerie, quincaillerie et tous autres objets d’un usage journalier.
 
   Il y a deux marchés par semaine à Pornic ; le plus considérable, celui du mardi, se tient sous la halle et celui du dimanche sur la place du Marchix, à l’issue de la première messe. On y trouve du poisson et de la volaille à un prix fort raisonnable ; des fruits et légumes et du beurre de première qualité, seulement il est peut être un peu trop salé pour le goût parisien.
 
   Plusieurs bouchers tuent deux fois la semaine et vendent du mouton d’un goût délicat qui ne le cède en rien à celui des Ardennes.
 
   Il y a quelques pêcheurs à Pornic, mais généralement la ville est approvisionnée par ceux de Bourgneuf et de la Bernerie.
 
   Pornic à quatre foires, les 15 juin, 2 septembre, 15 octobre et 1er décembre. Celle de septembre, dite de la St-Gilles, est ordinairement plus considérable ; on y trouve des étoffes, de la mercerie et de la bimblotterie étalées sous la halle ; sur la Terrasse se pressent de cent à cent cinquante bœufs, deux ou trois cents vaches, pareil nombre de porcs, une cinquantaine de chevaux et un nombre à peu près égal de « bourriquets », monture habituelle des femmes du pays.
 
   Mais la véritable richesse de Pornic, c’est la visite annuelle et le séjour des étrangers que leur santé, la mode ou le besoin de distraction conduisent dans ce pays.
 
   Au commencement de ce siècle, les eaux de Gourmalon étaient connues, mais elles n’entraient pas aussi souvent dans les prescriptions des hommes de la science médicale ; quelques personnes de Nantes ou de Paimboeuf venaient mettre pied à terre chez leurs amis ou leurs connaissances, car alors il n’y avait que deux tristes auberges et il eut été difficile de trouver de trouver un gîte.
 
   On allait à la fontaine boire un verre d’eau. Se trouvait-on un certain nombre ? Le garde des signaux laissait cuire, dans sa chambre, les provisions, certain qu’il était d’avoir sa part du repas improvisé.
   Un musicien était-il des convives ? la danse ne tardait pas à s’organiser et les buveurs y venaient s’y réunir.
 
   Cette partie de plaisir se renouvelait pendant huit à quinze jours, les étrangers s’en retournaient pour ne pas abuser de l’hospitalité,et les eaux de Pornic, non moins salutaires qu’aujourd’hui, ne rapportaient au pays qu’une insensible augmentation dans les prix des poissons de choix ; quant aux fruits et aux légumes les seuls jardins de Retz et de l’hôpital pourvoyaient largement à la consommation.
 
   La science et la mode n’avaient pas encore dit leur « mot » des bains de mer. Mais lorsque M. Lebreton eût acquis et réparé le château, qu’il eût formé une société par actions pour la construction d’une maison propre à recevoir les étrangers, que M. Luminais fût devenu propriétaire de la Malouine, dont son prédécesseur, M. Desbrosses-Dessalines, avait un lieu plus original qu’élégant ; alors les bains de mer et la source minérale se virent prôner par quelques curieux enthousiastes de l’agréable et de l’utile, et la vogue fut à bon droit acquise à Pornic.
 
   MM. Lebreton et Luminais sont donc les bienfaiteurs du pays.
 
   Bientôt l’Etablissement et l’hôtel Dupont ne purent recevoir tous les visiteurs ; il fallut louer un abri sous le toit des habitants, qui promptement comprirent quels avantages pourrait leur donner un tel état de choses.
 
   Les maisons s’agrandirent, des étages se superposèrent et les Pornicais, mettant du luxe dans leur propreté naturelle, firent de leurs pays la ville de France la plus remarquable par cette vertu[3].
 
   Maintenant les deux tiers des habitants ont une ou plusieurs chambre à louer, et non seulement on y trouve le coucher, mais encore tous les objets nécessaires au service culinaire ; de sorte que, si par goût ou par une sage économie, on fuit le luxe de l’Etablissement ou le confortable de l’hôtel, on peut gager une cuisinière et trouver le nécessaire à son service, dans la réserve du locateur ; on peut encore user du restaurant qui sert à domicile.
 
   Les distractions sont nombreuses à Pornic : le jeu, la musique, les promenades, les courses à cheval ou sur l’âne pacifique, la danse, la lecture, tout se trouve sous la main et le malade qui a promené son douloureux ennui pendant une saison, manque rarement de venir en bonne santé voir les lieux qui lui ont procuré d’agréables distractions, lui ont laissé quelques doux souvenirs. 
 
 
                          COMMUNICATIONS
 
….. le projet de Brie-Serrant/Galipeau….
 
   Un autre projet est resté en portefeuille, par modestie trop grande de son auteur, a été dressé par M. Michon, commissaire des classes de Pornic, avec un plan dessiné par M. Hoiry, capitaine du port de la même ville ; cette œuvre, qu’il est à désirer de voir imprimer, nous semble préférable au projet de Brie-Serrant.
 
   Au lieu d’arriver, par l’Acheneau, comme dans le projet de 1789, le canal de M. Michon arriverait directement à Nantes.
 
(Il semble que ni Chevas, ni Michon n’ont eu connaissance de la totalité du projet de Brie-Serrant.)
 
« Les navires qui vont à Nantes, dit l’auteur, à partir du Pilier, aurait bien moins de chemin à parcourir, s’il existait un canal à Pornic, et en outre ils seraient bien plus promptement à l’abri du danger, considération d’une haute importance, puisqu’elle tient à la vie des hommes et à la fortune des armateurs.
 
                              
                  MONUMENTS, ANTIQUITES
 
…………
   Le château de Pornic, pris dans son ensemble et vu de la rive opposée, offre un bizarre assemblage de vieux donjons et constructions nouvelles.
 
   A sa base, sur le rocher où il est assis, on remarque une croix en pierre, inclinée, dont le nom rappelle avec le souvenir du Christ, les guerres sanglantes, dont sa religion a été le prétexte, c’est la croix des huguenots[4].
 
   Autrefois dans la cour du château il y avait un vaste bâtiment au centre duquel était une chapelle voûtée ;[5]tout a été démoli, l’antique construction est aujourd’hui remplacée par une petite terrasse sur laquelle une maison de peu d’importance, adossée à la tour sud, a été édifiée.
 
   Au pied de la tour nord se trouvait l’ancienne prison seigneuriale, il n’en reste aucune trace ; une nouvelle maison de maître et quelques bâtiments de servitude occupent maintenant la place des noirs cachots.
 
   Il ne reste que les bases de la tour de l’est et celle de l’ouest, lesquelles sont au niveau de la cour, aujourd’hui transformée en jardin anglais ; de ce point couvert de frais ombrages, la vue s’étend sur les campagnes environnantes, sur la ville, le port et la baie de Bourgneuf.
 
   Quand on considère de monument d’un autre âge, dont les murs ont trois mètres d’épaisseur à la base et deux mètres dans leur partie supérieure et qui néanmoins a pu résister aux efforts du temps, on se prend involontairement à réfléchir sur la destinée de nos constructions modernes.
 
  
 
 
 
 
 


[1] M. Guilmin, ancien chirurgien des armées et hôpitaux militaires, membre de la société académique de Nantes, médecin demeurant à Pornic…
[2] Le Cracaud.
[3]« on assure que depuis dix à quinze ans, il a été dépensé à Pornic en constructions nouvelles, augmentation ou réparations, achat de mobilier, etc., une somme que l’on peut hardiment porter à près de un million.
   On assure également que chaque saison, l’étranger verse à Pornic une somme de cent à cent vingt mille francs.»
[4] « La tradition attribue l’édification de cette croix à quelques protestants convertis à l’époque de la révocation de l’édit de Nantes. »
[5] « C’est dans ce bâtiment que le serrurier Chauvet surnommé Misère, se prétendant créancier du Duc de Villeroy, s’était, à l’époque révolutionnaire, préparé un asyle : M. Lebreton devenu acquéreur eut la plus grande peine à vaincre l’obstination du serrurier, qui avait la prétention de garder son logement à titre d’indemnité d’une créance réelle ou fictive. »
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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 22:56

Pour cette malheureuse journée de la bataille des Cardinaux, nous faisons appel ici à un témoignage de l'époque pour nous décrire ce combat. Pour le témoignage du Maréchal de Conflans, vous pourrez en prendre connaissance dans l'ouvrage collectif " La défense des côtes atlantiques de Vauban à la Révolution : l'exemple du comté nantais." de J-F Caraës, P. Pipaud, M. Legault et S. Perréon, publié par Pornic histoire. En vente à l'Espace culturel Leclerc de Pornic.

En seconde partie de cet article nous annexons un extrait d'un commentaire sur cette funeste bataille, par un auteur non identifié, daté de 1759, analysant les causes du désastre, et une lettre de Hawke datée du 24 novembre 1759.


                                              "La bataille du 20 novembre 1759"

« RELATION DU COMBAT NAVAL

Du 20 novembre 1759

L’escadre du roi sortit de la rade de Brest le 14 novembre.
à deux heures nous fûmes à la pointe de Saint Matthieu ; et
peu de tems après nous apperçûmes par notre tribord une fré-
gate angloise, elle etoit mouillée en station, et avoit sans doute
communication avec l’escadre de la même nation mouillée de-
puis trois jours sous Ouessant.

Le 15, sur les neuf heures du matin nous vîmes par notre
bas-bord une autre fregate, à qui l’Hebé donna la chasse inu-
tilement jusqu'à midi. A trois heures, nos vigies signalèrent dix-
huit bâtimens sur deux lignes courant au nord. C’étoient ceux
qui avoient passé l’été dans la rade de Quiberon ; ils alloient
joindre les premiers.

Le 16, on apperçut pendant tout le jour une fregate à notre
arrière. L’Hebé fit signal d’incommodité et de relâche ; elle
avoit son mât de hune à bas, par un abordage qu’elle avoit
essuyé par un de nos vaisseaux.

Le 17, nous fîmes amener à bord du Soleil Royal un bâtiment
Anglois ; il venoit du Quebec et remenoit des françois.

Le 18, trois ou quatre batimens nous longerent ; on les aîla.
Ils se dirent Suédois et Danois.

Le 19, l’Eveillé ayant mis pavillon anglois, surprit et fit
amariner un petit grenezai, dont l’equipage étoit de soixante
hommes.

Jusqu'à ce jour nous eûmes des vents contraires et des calmes
plats, ce qui empêcha Mr. Le Maréchal de donner dans Quibe-
ron, lieu de sa destination. Entre dix et onze heures du soir,
le vent fraichit dans l’ouest. Nous jugeames alors à vingt
lieues ou environ de Belleisle. La route que tenoit M. le Maré-
chal nous indiqua que son projet etoit de se rendre à l’embou-
chure du Morbian.

COMBAT DES CARDINAUX

Le 20, à la pointe du jour nous decouvrîmes à l’avant de
nous plusieurs bâtimens. Leur nombre n’a pas été unanime-
ment reconnu ; les uns ont dit qu’ils étoient dix, les autres ont
cru en voir jusqu'à dix huit gros ou petits. Sur les sept heures,
le Général fit signal de chasse au premier paré, ce qui désor-
donna l’escadre. A dix heures, M. le Marechal fit signal de lever
la chasse, celui de ralliement, et de se former sur une seule file.
Alors nos vigies avoient apperçu loin de nous à notre arriere
un grand nombre de vaisseaux qui, suivant l’estime générale
et suivant des états, se trouvèrent trente de lignes, dont quatre
à trois ponts et six fregates.

Le tems étoit fort gros, et le vent avoit été très violent la
nuit ; ce qui joint à la chasse du matin avoit empêché la prompte
exécution des ordres : cependant les deux premieres divisions
etoient formées, lorsqu’à deux heures et demie commença le
combat, cet ordre étoit tel qu’on peut, par supposition, lui
donner la forme d’une ancre. Le Soleil Royal en étoit l’organo,
et l’Orient l’autre bout ; la plupart des vaisseaux de la seconde
et premiere division la tige, la troisième division les bras. Le
Magnifique étant par son rang le Siamant étoit séparé de la
tige pour donner de la place à ceux de troisième division de
prendre leur rang, ce qu’ils cherchoient à faire. Le chef, Le For-
midable, étoit encore à notre bas bord, formant une des pattes
de l’ancre, et le Bizarre l’autre à tri-bord.

L’ordre en file avoit paru nécessaire pour passer par les cardi-
naux.

Nous vîmes les Anglois pendant trois heures arriver en très
bon ordre ; ils nous parurent sur deux ou trois lignes : mais
lorsqu’ils furent sous Belle-isle, leur ordre se rompit. Les meil-
leurs voiliers gagnèrent au vent ; on ne vit plus qu’une forte
tête, un très gros corps, des ailes épaisses, et une queue fort
allongée.

La seconde et première division étoient déjà dans la baye de
Quiberon, ayant le cap à l’est sud est ; et les vents ayant chan-
gé, ils furent contraires à notre arrière garde, et favorables aux
ennemis qui en profitèrent pour attaquer le Magnifique ; il se
defendit courageusement contre trois ou quatre.

Le Heros fut à son secours, mais ayant affaire à huit ou dix
vaisseaux, il fut bientôt démâté de son petit mât de hune, qui
tombant, cassa sa vergue de misaine et emporta son grand
perroquet. Malgré ces inconvéniens, il échappa après avoir
combattu plus de deux heures.

Dans ces entrefaites le Formidable voulant soutenir l’arrière-
garde enveloppée, se laissa culer jusqu’à ce qu’il fut le dernier
des nôtres et au point qu’il se trouva bientôt au centre des
ennemis, sa défense fut opiniâtre, ses feux de mousqueterie et
d’artillerie furent vifs et continuels ; il ne se rendit qu’à cinq
heures du soir.

Les autres vaisseaux de l’arrière-garde furent canonés et
canonèrent longtems ; l’un d’eux le Superbe fut engagé par les
sabords de sa première batterie, et on le vit couler bas, après
une heure de combat. Ses grenadiers tiroient encore de dessus
la dunette, quoique son second pont fût à l’eau.

Pendant ces différentes actions, l’Orient devenu serre-file,
ayant parallèlement à son tri-bord le Bizarre, fit feu de son
arrière, de même que le Bizarre, et leurs canons, servis par les
Maître et les Officiers, protégèrent tellement l’arrière-garde,
que pas un vaisseau anglois ne les a dépassés. L’Amiral anglois
se trouvant incommodé de cette manœuvre, vin prendre l’O-
rient par sa tranche de tri-bord, celui-ci lui prêta le côté ; il y
eut de part et d’autre tout le feu qu’on peut attendre de leur
batterie énorme.

M. le Maréchal voyant la queue de sa file attaquée et son ar-
rière garde en danger, prit le parti de virer vent devant, en
faisant signal à l’escadre d’en faire autant. Ce fut dans cette
manœuvre que périt le Thésé, qui sans doute avoit ses sabords
de la première batterie ouverts. Il n’y a guère de vaisseau qui ne
courût ce danger, soit en combattant, soit en virant : des grains
et un très grand vent grossissoient les vagues, qui ne sont jamais
petites dans cette mer, communément nommée la mer Sauvage.
L’Orient eût péri sans la force et l’adresse des grenadiers
Royaux qui dégagèrent ses sabords. Le Soleil Royal, le Ton-
nant, l’Intrépide arrivèrent à la hauteur du vaisseau l’Orient ;
il y eut dans ce moment entr’eux plusieurs abordages, inévi-
table d’ailleurs par la crainte des rochers des cardinaux : cela
n’empêcha pas que les trois Généraux réunis et suivis des au-
tres, ne firent tête quelque tems au Général anglois, qui avoit
à l’avant et à l’arrière ses matelots, et plusieurs autres gros vais-
seaux ; mais notre feu terrible fit taire celui des Ennemis, et
l’Amiral, ainsi que les siens, cessèrent de tirer, et culèrent
trois quarts d’heures avant la fin du jour. Cette manœuvre de
M. le Maréchal avoit dérobé aux Ennemis la facilité que leur
donnoit leur supériorité en nombre, de foudroyer plusieurs des
nôtres qui ne furent jamais attaqués par un seul vaisseau.

Le combat finit à cinq heures et quart ; nous étions à une
lieue un quart de l’isle du Met.

Le Soleil Royal ne fit pas paroître les feux de poupes accou-
tumés ; il étoit trop engagé dans les cardinaux pour y attirer
l’escadre entière, qui eût toute périe comme ceux qui se
trouvèrent trop engagés dans la baie de Quiberon.

Chacun suivit son opinion, les Officiers, Pilotes côtiers
furent consultés. Sept vaisseaux, dont aucun Capitaine ne
seroit vû, prirent le sage parti de se rendre le lendemain à la
rade de l’île d’Aix ; le Tonnant y arriva le dernier. Le len-
demain l’Intrépide, qui avoit mouillé au lieu du combat la nuit
du 20, s’y rendit aussi le 22. Le Soleil Royal et le Héros furent
s’échouer au petit port du Croisic, et le Juste périt à l’entrée de
la rivière de Nantes.

Les sept autres, ainsi que les quatre frégates, entrèrent dans
la Vilaine. »

Source A.N.

"Mr. le Mal. de Conflans ayant été consulté le15 
août sur les moyens quy lui paroitroient les plus 
convenables pour faciliter et assurer la sortie de la flotte
qui se rassembloit alors au Morbihan, et sa navigation
jusqu'au lieu de sa destination, et ayant pris l'avis a ce
sujet de deux principaux officiers de la Marine
appellés chez lui à cet effet, decida que le meilleur
parti a prendre pour le succesde cette operation êtoit,
dès que les batimens de transport du Morbihan y
seroient prets a mettre à la voile et les troupes
embarquées, de faire sortir de la Rade de Brest
au premier vent de N.O les 21 vaisseaux, d'en 
detacher six qui se porteroient par le Ras directement 
a la Baye de Quiberon, ou ils prendroient sous leur
escorte la flotte du Morbihan, pour a conduire à sa 
destination, tirant d'abord au Sud pour s'éloigner des
parages ou les anglois avoient etabli leur croisière
pendant que les 15 V.aux se feroient voir dans L'iroise
et les environs d'Ouessant sans se commettre, ny 
s'engager, uniquement pour attirer l'attention des
ennemis sur eux pendant deux ou trois jours, et
donner le temps a la flotte de se decaper. Mr. le Mal
manda luy même son avis a ce sujet au Ministre,
et envoya a la cour Mr. de Morogues qui devoit
avoir le commandement des six vaisseaux d'escorte...

Les anglois ont perdu trois v.aux dont deux ont été
brulés le lendemain sur une une roche près du Croisic
ou ils avoient été abandonnés après avoir été totalement
désemparés, et trois hors de combat par le feu du 
héros, ainsi l'avantage qu'ils retirent de cette
journée n'est pas considérable, et ils est bien prouvé
qu'ils auroient été battûs [les anglais] malgré la supériorité 
qu'ils avoient de deux vaisseaux si tous les
nôtres avoient voulû combattre comme le héros
et le formidable qui ont tenu tête pendant toute 
l'action, au moins a sept bateaux ennemis et
quelques fois à dix, et si le Mr. de Conflans eut
manoeuvré.
      Il n'est pas exusable 1° d'avoir pris le large
des Saints au lieu de passer par le Ras, comme
il l'avoient d'abord projetté. S'il eut pris cette route, il eut 
surpris dans la Baye de Quiberon six vaisseaux
anglois qui n'en partirent que le 18, sur la nouvelle 
qu'ils eurent de sa sortie de Brest, et renforcèrent 
d'autant l'Escadre de l'Amiral Hawke.
      2° de n'avoir pas fait virer de bord a son
armée, et tenir le large lorsqu'il apperçut les
ennemis, afin de pouvoir se deployer et manoeuvrer
au lieu de se jetter dans les Roches, ou tous ses
vaisseaux s'abordèrent et ne purent virer. Les
anglois disent que s'il eut fait cette manoeuvre,
lorsqu'il longèrent le pointe de Belleisle, ils
etoient perdût sans ressource.
     3° de s'etre jetté dans la Baye du Croisic 
au lieu de sélever au large comme les vaisseaux qui se 
sont refugiés a Rochefort, qu'il pouvoit suivre très
aisément.
      4° d'avoir echoué et brulé son vaisseau sans
être attaqué ny poursuivi, et sans avoir tiré un coup de
canon. il eû toujours le temps de prendre le parti
de desespoir, et il auroit bien fait du mal auparavant
aux ennemis vû la bonté de son vaisseau, et la
supériorité de son artillerie, ayant du 24 a sa
seconde batterie.
       Les capitaines des sept vaisseaux qui se sont
refugiés dans la Vilaine sans avoir voulû combattre,
et ceux qui se sont enfuis a Rochefort sans avoir 
eû part a l'action, meriteroient une punition
exemplaire. Enfin toutes les circonstances de cette
journée sont a la honte de notre marine, et ne
prouvent que trop qu'elle a peu d'officiers qui ayent
de la volonté, du courage et du talent, et qu'il est
impossible de s'en servir a moins de la refondre 
entièrement et de luy donner des chefs capables de 
la conduire ./.

Source : A.N.

 

Lettre de l’amiral Hawke à M. Cleveland, commissaire de l’Amirauté anglaise, datée du 24 novembre 1759, à bord du vaisseau le Royal Georges, traduite de l’anglais.

 

        «   Monsieur, le vous priais dans la lettre du 17 de ce mois de dire à leurs Excellences que je venais d’être informé qu’on avait découvert, à vingt-quatre lieues environ au nord-ouest de Belle-Isle, dix-huit vaisseaux de ligne et trois frégates de l’escadre de Brest, faisant route vers l’est ; cependant, selon le rapport unanime de tous les prisonniers français qui sont entre nos mains, , le jour que nous donnâmes la chasse à leur escadre, elle consistait, suivant leur liste ci-jointe, en quatre vaisseaux de 80 pièces de canons, six de 74, trois de 70,  huit de 64, une frégate de 36, une de 34 et une autre de 16, outre un petit bâtiment pour la découverte. Cette escadre était sortie de Brest le 14 du courant, le même jour que je fis voile de Torbay. Comme je jugeai que son premier rendez-vous serait Quiberon dès que j’eus avis de son départ, je fis route toutes voiles de ce côté-là. Nous eûmes d’abord les vents du sud et sud-est assez frais, qui nous firent dériver considérablement à l’ouest ; mais, le 18 et 19, les vents, quoique variables, nous furent favorables. Sur ces entrefaites, les frégates le Maidstone et le Coventry m’ayant joint, j’ordonnai à leurs capitaines de devancer l’escadre, l’une à tribord et l’autre à bâbord.

 

           Le 20, à huit heures et demie du matin, nous trouvant, suivant notre estime, au nord-est quart de nord de Belle-Isle, la frégate le Maidstone nous fit signal qu’elle apercevait une flotte. Sur quoi  je fis moi-même un signal pour former une ligne de front et attirer près de moi tous les vaisseaux de mon escadre. J’avais détaché en avant le Magnanime pour découvrir la terre. A neuf heures trois quarts, il fit signal qu’il était en vue de l’ennemie. Comme en apercevant l’escadre française, je remarquai qu’elle se retirait, je fis signal à sept de nos vaisseaux les plus à sa portée de lui donner la chasse, et de former une ligne en me devançant, afin de tâcher d’amuser l’ennemi jusqu’à ce que mes autres vaisseaux pussent joindre. Ceux-ci devaient aussi se mettre en ligne en donnant la chasse afin de ne point perdre de temps dans la poursuite. Les frégates le Rochester, le Chatam, le Portland, le Falkland, la Minerve, la Vangeance et le Vénus, furent chassées dans la matinée par l’ennemi et me joignirent toutes vers les onze heures. Le Saphir arriva aussi le soir de la baie de Quiberon. Tout ce jour-là nous eûmes des vents de nord-ouest et  d’ouest-nord-ouest avec de fortes rafales. Monsieur de Conflans continuait de s’éloigner avec toutes les voiles que son escadre pouvait porter sans se séparer, et nous le poursuivions avec toutes celles que nous pouvions aussi porter.

 

        A deux heures et demie de l’après-midi, au moment où les vaisseaux de notre avant-garde commencèrent à faire feu, je donnai le signal du combat. Nous étions alors au sud de Belle-Isle ; l’amiral français devançant son escadre, doubla les Cardinaux, tandis que son arrière-garde était en action. Vers les quatre heures, le Formidable baissa pavillon et peu après le Thésée et le Superbe coulèrent à fond. Environ sur les cinq heures, le Héros amena aussi son pavillon et jeta l’encre ; mais le vent était si violent que nous ne pûmes envoyer à son bord aucune de nos chaloupes. Il faisait nuit, nous trouvions sans pilote parmi des îles et des bas-fonds dont nous n’avions la moindre connaissance, et près d’une côte où le vent poussait avec force ; tout celà considérer je fis signal de jeter l’ancre, et nous mouillâmes à quinze brasse d’eau, ayant l’île Dumet au nord-est, à deux ou trois lieues de nous, les Cardinaux à l’ouest-sud-ouest et les clochers du Croisic au sud-est, ainsi que nous le remarquâmes le lendemain matin.

 

      Pendant la nuit nous entendîmes tirer plusieurs coups de canon en signe de détresse, mais la violence de la tempête, le défaut de connaissance de cette côte, et l’incertitude où nous étions si ces coups de canon étaient tirés par des vaisseaux amis ou ennemis, nous interdirent tout moyen de donner du secours.

 

     Le 21 à la pointe du jour nous aperçûmes un de nos vaisseaux qui était démâté et échoué au Four, de même que le Héros, vaisseau français. Le Soleil-Royal, autre vaisseau ennemi, qui, à la faveur de la nuit, avait jeté l’ancre près de nous, coupa ses câbles et alla s’échouer à l’ouest du Croisic. Au mouvement de ce dernier vaisseau, je fis signal à l’Essex de le poursuivre, mais donna malheureusement sur le Four, et se perdit sans ressource, ainsi que la Résolution, malgré tout ce que le temps nous permit de faire pour les secourir. Environ quatre-vingts hommes de l’équipage de la Résolution firent, malgré les plus fortes remontrances de leur captaine, divers radeaux, et se mirent dessus avec plusieurs prisonniers français du vaisseau le Formidable ; mais j’ai tout lieu de craindre qu’ils aient été entraînés en pleine mer. On à retirer de l’Essex le plus munition qu’il a été possible, et l’on en a sauvé tout l’équipage, à la réserve d’un lieutenant et de quelques matelots qui s’étant jetés dans une chaloupe, ont été poussés sur la côte de France, et desquels je n’ai plus ouï parler. On a mis le feu aux débris de ces deux vaisseaux.

 

       Nous sûmes le 21 au matin que le Dorsthire, la Revenge et la Défiance avaient mis en mer pendant la nuit, comme j’espère que le Swiftsure aura fait, car ce vaisseau manque encore. Le Dorsetshire et la Défiance sont revenus le 21, et le dernier a vu la Revenge. Ainsi toute la perte que nous avons faite a été causée par le mauvais temps et non par l’ennemi, dont sept à huit vaisseaux de ligne gagnèrent la mer, comme je crois, pendant l’action.

 

        Le 21 au matin, j’en vis sept ou huit (à) l’ancre entre la pointe de Penris et la rivière de Vilaine, sur quoi je fis signal d’appareiller dans le dessein de les attaquer. Mais il faisait un vent de nord-ouest si violent, qu’au lieu d’oser démarrer, je fus obligé de faire amener les perroquets. La plupart des vaisseaux dont je viens de parler, paraissaient toucher dans la morte-marée ; mais à l’aide du flux qui les souleva, et du vent qui les poussait, ils entrèrent tous cette nuit dans la rivière de Vilaine, à l’exception de deux.

 

     Le vent s’étant un peu apaisé le 22, je détachai le Portland, le Chatam et la Vengeance pour détruire le Soleil-Royal et le Héros. A l’approche de nos vaisseaux, les Français mirent le feu au premier, et peu après, nos gens brûlèrent aussi l’autre. En même temps je fis route vers la Pointe de Penris, tant à cause de la sûreté de sa rade, que parce que je voulais détruire, s’il était possible, les deux vaisseaux ennemis qui restaient à l’embouchure de la Vilaine ; mais avant que je détachai pour cet effet pussent en approcher, ils se trouvèrent entièrement allégés et entrèrent avec le flux dans la rivière.

 

       Nous employâmes toute la journée du 23 à reconnaître l’entrée de cette rivière qui est fort étroite et qui n’a que douze pieds d’eau à la barre, dans la morte-marée. Nous aperçûmes, à un demi-mille environ, huit vaisseaux de ligne, ou du moins sept, tout à fait allégés, et deux grosses frégates amarrées en travers pour défendre cette embouchure. Il n’y avait que ces frégates qui parussent avoir du canon. Je me proposait le soir de les brûler, et pour cet effet j’avais préparé en guise de brûlots, douze barques longues qui devaient avancer sous la protection des frégates le Saphir et le Conventry ; mais le mauvais temps et les vents contraires m’ont obligé de différer l’exécution de mon projet jusqu’à ce qu’au moins le vent devint plus favorable. S’il y a moyen de les détruire, on n’y manquera pas.

 

         Comme nous avions affaire à un ennemi qui fuyait, il était impossible, dans le court espace d’un jour d’hiver, que tous nos vaisseaux eussent part à l’action ou que l’on y engageât tous ceux de l’ennemi. Les capitaines et les équipages de ceux qui furent le 20 aux prises avec l’escadre française, se sont comportés avec une extrême valeur et ont donnés les preuves les plus marquées de cet esprit qui caractérise leur nation. A l’égard de ceux qui n’ont pu donner soit pour avoir eu des vaisseaux qui ne sont pas de bons voiliers, soit pour s’être trouvés le matin trop éloignés, je suis persuadé que sans cela ils auraient agi de même. La perte qui nous été causée par l’ennemi n’est pas considérable ; car dans les vaisseaux qui sont actuellement auprès de moi, je ne trouve qu’un lieutenant et trente-neuf hommes tués et environ deux cents blessés. Quand je considère la saison de l’année, les fortes bourrasques qu’il a fait le jour de l’action, la fuite de l’ennemi, le court espace de la journée, et la côte où nous sommes, je puis hardiment assurer que l’on a fait en cette occasion tout ce qu’il était possible de faire. Quant à la perte que nous avons essuyée, on doit la mettre sur le compte de la nécessité où j’étais de courir tous les risques pour rompre cette formidable force des ennemis. Si nous avions eu deux heures de jour de plus, toute leur flotte était entièrement détruite ou prise ; car nous avions presque atteint leur avant-garde quand la nuit nous surprit.

 

       La frégate la Pallas, la chaloupe la Fortune et le brûlot la Proserpine, sont venus mouiller hier ici. J’avais dépêché le 16, la Fortune à Quiberon pour avertir le capitaine Duff de bien se tenir sur ses gardes. Elle rencontra sur sa route la frégate française l’Hébé, de 40 canons, et se battit contre elle pendant quelques heures. M. Stuart second lieutenant du Ramillies, à qui j’avais donné le commandement de cette chaloupe, eut le malheur d’être tué durant le combat. Les officiers qui restaient ayant tenu conseil entre eux, résolurent de s’éloigner de la frégate ennemie qui était trop forte pour leur chaloupe. J’ai envoyé le capitaine Young avec cinq vaisseaux vers la baie de Quiberon, et je vais former une escadre volante pour nettoyer la côte jusqu’à l’île d’Aix et attaquer, s’il est possible, les vaisseaux ennemis qui se trouveront dans ces parages. Je suis, etc.

                                                                                                          Edouard Hawke. »

 

(Extrait de la Gazette de Hollande du mardi 11 décembre 1759) Source Google.

  

LE JUSTE

Le vaisseau "Le Juste" percé de toutes parts tenta de regagner Saint-Nazaire. Ce bateau équipé de 70 canons et de 630 hommes sous les ordres du capitaine François de Saint Allouarn sans compter les 140 garde-côtes de Quimper et de Pont-Croix commandés par Jobelot, capitaine et Le Gat, lieutenant, "s'échoua et coula bas sur le banc de sable le Verd à l'entrée de la Loire, le 21 novembre. Le Sieur Le Gat, lieutenant commendant le détachement  s'est sauvé à la nage ainsi que 11 ou 12 de ses garde-côtes, dont cinq ou six marchèrent vers Nantes et rejoindront vraisemblalement leur bataillon, l'officier et six de ces soldats sont venus à Vannes où ils ont eu une route pour se rendre chez eux. Ce qui manque de surplus aux 140 hommes a été tué ou noyé. Le capitaine malade n'auroit point embarqué."


Quelques corps vinrent s'échouer sur la côte de La Plaine, vers Saint-Gildas, le Cormier, et à Saint-Michel. Voici ce qu'il est possible de relever sur les registres paroissiaux, avec les commentaires du curé de la Plaine, Claude Barbier:

" Le vingtdeusieme novembre 1759 ont été inhumés au cimetière deux marins qui la veille se sauvèrent de sur des radeaux du vaisseau du Roy le Juste péri le meme jour sur le Ver prés Pierre percée. On ignore le nom de ces marins, l'un avait les cheveux courts et chatain, la barbe un peu rouge et paroissoit agé d'environ trente ans, taille d'environ cinq pieds, l'autre agé d'environ vingt cinq ans aussi les cheveux courts et noirs, taille d'environ cinq pieds, les deux d'une complexion forte et robuste. Trois autres de ces marins du meme vaisseau qui se sont sauvés sur une cage à poulets étant abordés au Cormier, nous ont dits qu'ils croyoient que les susdits étoient des matelots sur le pont, nous les avons enterrés enterrés (sic) en terre sainte sur le bon temoignage de Mr. le chevalier de Farci quatrieme officier qui a survécu a quelques qui se sont sauvés et ce petit nombre, par comparaison avec ceux de la surveille périrent dans le combat pres de Belle ile et qui la veille ont périt dans le naufrage cy dessus. L'equipage étoit de 794 hommes a peine en a-t-il échappé cent (croit-on) tant en cette paroisse que les voisinnes. Present aux surdits enterrements Claude Chaigneau et Louis Mariot qui ne signent..."  Durant le mois de décembre sept autres cadavres arrivèrent à la côte.

Source : SHAT, R.P. La Plaine et St. Michel

 

 

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