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31 juillet 2006 1 31 /07 /juillet /2006 12:01

« LE BOISSEAU-MARCHAND
DE MACHECOUL. »

Dix ans après le contrôle des boisseaux mesure marchande de Machecoul effectué en octobre mil sept cent trente-sept, la population se plaignit à nouveau auprès de François de Réal, sieur des Perrières, avocat et procureur fiscal du duché de Retz, que des disproportions se rencontraient parmi les boisseaux dont on se servait dans le commerce.

Le trente août mil sept cent quarante-sept, au parquet et auditoire se tenant au château de Machecoul, il en fit sa remontrance. Au cours de cette séance il fut ordonné « à tous marchands meuniers et autres qui ont des boisseaux de les aporter et représenter dans ledit auditoire les vingt et un, vingt deux et vingt trois septembre » pour y être mesurés et confrontés, en présence des juges et de la sienne, avec la mesure matrice de cette seigneurie.

Ce boisseau-marchand , mesure de capacité, servait aux transactions pour les matières sèches : blé froment de marais, de champ, méture, seigle, métaillon, fèves, jarosse, pois, mil, avoine, trique, orge, jarosse, gesses, gobreau.

Les boisseaux trop grands seront réduits à la juste mesure et marqués au frais des propriétaires, ceux trop petits seront confisqués, et devront être refaits si bon leur semble et être marqués de la nouvelle marque et quand à ceux qui seraient justes ils seront simplement remarqués. Les boisseaux de l’ancienne marque seront interdits à l’avenir.

L’ordonnance rendue « seroit lue, publiée et affichée où besoin seroit et particulièrement au bruit du tambour à la halle de ce lieu par trois marchés consécutifs, à ce que personne n’en prétendre de cause d’ignorance…, aux prosnes des grandes messes des paroisses de la Trinité et Sainte Croix…, affichée à deux endroits de la halle de ce lieu les plus éminents. »
Le vingt et un septembre, sur les huit heures du matin, en présence de Nicolas Guilbaud, sieur du Parc alloué et lieutenant-général du duché de Retz à Machecoul, de Joseph Fialde ? commis greffier et d’Anthoine Druel huissier-audencier, le procureur fiscal fit procéder .

François de Réal, avait fait apporter pour ce faire :

- « le boisseau matrice en fonte mesure rase de Machecoul,
- une petite mesure en cuivre formant le seizième dudit boisseau, lesquels formaient ensemble le boisseau marchand de Machecoul.
- une trémie et du mil pour faire le mesurage et
- un fut de boisseau en bois faisant le boisseau mesure marchande de Machecoul et ajusté suivant le procès verbal de comparaison de mesure du quatorze octobre mil sept cent trente sept et
- un autre fut faisant et servant pour l’ajustage des demy boisseau dite mesure marchande de Machecoul, laquelle espèce de demy boisseau est la seule en usage dans le commerce par rapport à la comodité, le boisseau entier étant trop lourd. »
- la nouvelle marque, « laquelle est double à deux faces carrés des armes de cette seigneurie , l’une pour marquer les boisseaux dans le fond et l’autre dans le tour et fait de façon que les deux marques peuvent se faire par la mesme opération ».


Jacques Bourdon, boisselier de la ville, fut chargé, le serment pris la main levée, de vaquer aux « visite, confrontation et ajustage des boisseaux qui seront aportés et à la marque d’iceux ».

Il commença par vérifier le boisseau de bois mesure marchand de Machecoul présenté par le procureur fiscal.
« Il a mis du mil dans la tremye, de laquelle il en a fait tomber et remply, premierement le boisseau matrice mezure raze de Machecoul et le seiziesme de la mesme mezure, la trémye vidée, il a versé lesdits boisseau et seiziesme de boisseau dans laditte trémye et de laditte tremye les a fait tomber dans le fut de boisseau de bois ajusté pour faire le boisseau marchand dudit Machecoul .. . et (nous) avons remarqué que ledit boisseau de bois contient, comme lors du procès verbal du quatorze octobre mil sept cent trente sept, justement le boisseau mesure marchande. Il a versé dudit boisseau… le mil dans laditte tremye et à fait tomber dans le fut de boisseau que le procureur fiscal nous a dit estre la moitié dudit boisseau marchand de Machecoul et ayant remply ledit boisseau par deux fois, la trémïe s’est trouvée entierement vide de façon que ledit fut fait justement le demy boisseau mesure marchande de Machecoul et peut servir pour l’ajustage des demis boisseaux qui seront aportés. »

Cette vérification sera répétée chaque fois devant les différents marchands qui se présenteront avant de procéder à l’ajustage et au marquage de leurs fûts.

Michel Legrand, de la paroisse Sainte-Croix, marchand, fermier des droits de minage à la halle, présenta quatre fûts non marqués qu’il a dit avoir fait faire pour lui servir de demi boisseau-marchand pour faire son commerce et « quatre petits fûts aussi non marqués pour lui servir dans la recette du droit de minage qui consiste dans un trente-deuxième du boisseau marchand. par chaque boisseau exposé à la halle de Machecoul ».

A défaut de présentation et d’utilisation de boisseaux non contrôlés, les contrevenants « quelques qualités et conditions qu’ils soient, (doivent) s’abstenir, passé ledit temps, de se servir de boisseaux autres que ceux qui seroient marqués de laditte nouvelle marque, avec déffence expresse de les border, à peinne contre ceux qui se serviroient de boisseaux bordés et marqués de l’ancienne marque, de confiscation desdits boisseaux, de cinquante livres d’amende contre chaque contrevenans, applicable moitié au Bureau des pauvres de ce lieu et l’autre moitié au profit de cette seigneurie et de plus grande peinne s’il y echoit et mesme d’estre poursuivy extraordinairement contr’eux en cas de récidive. »

Le mercredi premier février mil sept cent quarante et un, le Sr. Praud de la Nicollière présenta : « un fût de demi boisseau, à trois pieds de fer, lié du bas en haut par dehors de trois bandes de cuivre jaune et bordé par le haut de même cuivre, sur le fond duquel par dehors sont gravées les lettres M.P.Mau. et sur les costés d’iceluy en dehors il y a deux empraintes a feu, des armes de cette seigneurie, qu’il a dit avoir, cedit jour, saisi sur un particulier à lui inconnu, audit marché, environ les unze heures, en présence de Pierre Poirier Md. de cette ville et de son valet, pour avoir vû et entendu un autre particulier à luy inconnu se plaindre à la femme Lusteau fermier du minage que ledit fût demi boisseau étoit de trop petite mezure et que ledit boisseau apartenoit audit Lusteau minageur,et que ledit demi boisseau il a déposé au Greffe après avoir signé une bande de papier attachée au fond d’iceluy par dehors avec un scellé du sceau de cette seigneurie pour valoir ce que de raison.» et l’après-midi du même jour le greffier note le complément de déclaration du sieur Praud relatif à l’inconnu : « Il a apris que ledit homme se nome Charles Baril, auquel le nomé Grossin, farinier de Bois de Céné l’avoit donné. »

Durant le XVIIIe. nous verrons périodiquement différentes plaintes être constatées concernant le prix, le poids et la distribution du pain… 

Source : ADLA
 

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28 juillet 2006 5 28 /07 /juillet /2006 15:46


Que savons-nous de ce Bois Gautier ?

« Dans sa « Bretagne ancienne et moderne » Pitre-Chevalier affirme que Paimboeuf remonte à Hoël, comte de Vannes, compagnon d’Arthur, chevalier de la Table Ronde. Cette opinion est aujourd’hui abandonnée. Il aurait fondé, en se rendant à Nantes, une forteresse de Pen-Ochen ou Pen-Boos à peu près a l’emplacement de la ferme actuelle du Bois-Gaultier. Cette opinion est partagée par Pierre Le Baud, l’abbé Gallet, Dom Morice, Albert Le Grand etc… D’autres auteurs célèbres d’histoires de Nantes, anciens et modernes ont avancé le même fait, reconnu faux depuis. C’est faire remonter notre Paimboeuf à l’an 548, époque de la fondation de Guérande. Il y a entre ces deux villes, une telle différence, à tous points de vue, qu’il suffit de penser à un tel rapprochement pour que le doute naisse dans l’esprit. Un fait certain, c’est que la métairie du Bois-Gaultier a toujours dépendu directement du domaine ducal et, plus tard du domaine royal. Cette particularité appuie d’une force singulière les érudits qui nous enseignent que le château de Pen-Ochen ou Pen-Boss, bâti sur cette place, fut une résidence des anciens comtes bretons de Nantes, qui précédèrent les ducs issus d’eux, lesquels réunirent les comtés en un seul duché………… . »

« Il y avait en ce lieu qu’un château fort appelé Pen Ochen (tête de bœuf), dont on a fait Pen bœuf en ne francisant que la dernière partie du mot. Les historiens de Bretagne ne disent pas s’il y a identité entre cet ancien château et les ruines que l’on voit derrière la ville, dans une métairie appelée le Bois-Gautier ; une chaussée conduisait à l’habitation dont ces ruines révèlent l’existence, et que l’on dit avoir été une maison de plaisance d’Hoël, comte de Nantes. Quoi qu’il en soit, on ne voyait encore à Paimboeuf, à l’époque de laquelle date son importance maritime, que quelques maisons de pêcheurs autour de la Chapelle-Notre-Dame fondée, en 1052, par Glevian, prince de Becon . »

Peut-on associer à ce « Bois-Gautier », à la mémoire de Gautier Huet auquel le duc Jean IV dans son premier mandement, daté du 14 novembre 1366, donne à ce capitaine anglais une rente de 400 livres de rente annuelle et perpétuelle « assise » sur le revenu de la vicomté Loyaux. Cette rente qui deviendra viagère et sera « assise » sur les « terres et conquestz du Pellerin et de Pilon et de Saint Pere en Rais. » ?

Lors du prisage, l’une de ces rentes est située :
« a demaine en la vallee de Corsset douze homees de pré, dont est rabatu le sepme de quatre homees que le vaier y prant, si demeure onze homees et demee, pris’ chacune homee dez soulz de rante, somme cent et dez soulz. »

Lors de la confirmation de cette donation datée du 15 juin 1368, Gautier Huet sera mentionné sous le nom de « Monsieur Gautier. »

Pour payer cette rente « le vaier » planta-t-il un bois de « futaye et de revenu » ?

Si nous ne connaissons pas le nom du propriétaire de cette époque, par contre les archives nous les précisent pour les siècles suivants.

« En la paroisse de Sainte-Opportune-en-Raiz, la maison noble et le domaine du Bois-Gautier, possédés par Yvon Le Ralle (1426), Jean L. fils d’Yvon, écuyer, et Jeanne de la Bonnetière, son épouse (1428), Math. Goheau et Math. des Bouschaux, son épouse (1540), Cl. Ripault et Anne Goheau, seigneur et dame de la Louinais (1557), René, fils de Pierre Goheau, écuyer (1629). »

Toutes ces familles rendent aveux soit au duc de Bretagne soit au roi, suivant la période de leur possession. Pour mémoire, la Bretagne fut rattachée à la France en 1532.

Le Bois-Gautier à partir de 1655 appartient au duc et à la duchesse de Rais, Pierre et Catherine de Gondy. Ils l’avaient acquis de Pierre de Chauvigny , sieur de L’Herbregement et Damoiselle Olimpe Goheau sa compagne, le 22 juin de la même année.

A la mort de Pierre et Catherine de Gondy il devint la propriété de leur fille, la duchesse de Lesdiguière et de Rais.

Le Bois-Gautier ne faisait pas partie du duché de Rais, mais du domaine et comté de Nantes, relevant directement du roi.

« De plus ladite dame duchesse de Lesdiguière et de Rais recognois détenir aussy à foy hommage et rachapt de sa majesté soubs son domaine et compté de Nantes, outre sondit Duché sy devant d’escribé.

Une maison noble nommé le Bois gautier sise et sittuées en la paroisse de Sainte Opportune en rais, ladicte maison couverte d’ardoize aveq sa fuye et mestairie et leurs rues et issues, cours, portail fermé, jardin dudict lieu, bois de haute futays et de revenu avec deux petites piesses de terre près ledicte maison, contenant letout ensemble sept boissellées ou environ.

Item le Bois ancien dudict lieu aveq les garennes, contenant par fond dix boissellées de terre ou environ, avec deux pieces de terre contenant dix huit boissellées ou environ.
Lesquelles choses sont près et joignants les unes des autres et borné du cotté du nord à la rivière de Loire, chemin entre deux et de l’autre coté les marais de Saint d’un bout vers aval, la pré de Corcept et d’autre bout les terres de la métairie du Petit Paimboeuf.
Item sept hommées de prés ou environ sittués en une piesse de préz joignant le marais Nocys, le commun de St Viau en ladite pice et marais de Nocys, la pré de corcept et l’herbregement et maison de [en blanc dans le texte]
D’une et d’autres parties.
Item le droict qui appartient à maditte dame Duchesse de Lesdiguières et de Rais, de prendre et lepvé les deux partz de la dixme ausdits herittages cy dessus.

Laquelle maison du Bois Gautier et herittages cy devant espécisfié et mentionnés en dependant, sont escheuz et adveneus a laditte Dame Duchesse de lesdiguières et de rais, par le décès desdits feus Seigneur et dame Duc et duchesse de Rais, ses père et mère par contract d’acquisition qu’ils en ont fait de leurs vivant d’ecuyer Pierre de Chauvigny, sieur de L’herbregement et Damoiselle Olimpe Goheau sa compagne, par contract du 22 juin mil six cens cinquante cinq, au rapport de Reliquet, vivant, demeurant a Machecoul, lequelles maisons, terres et dixmes sont ainsi que dit est tenu a foy hommage et rachapt et obéissance pour toutes charges et debvoirs . »

Les ruines, que les auteurs ci-dessus mentionnent, sont donc celles de cette maison noble qui avait déjà disparue au XVIIIe siècle.

A cette époque, la métairie du « Bois Gautier » seule subsistait avec les terres qui la joignaient, ont été vendues par François Louis de Neuville duc de Villeroy et de Retz aux Grou armateurs nantais, qui les lotirent . Ce sont actuellement, les rue du Bois Gautier et rue Neuve de la ville de Paimboeuf.

Seule la maison de la métairie existe encore de nos jours.

Sources :

M. PITRE-CHEVALIER "La Bretagne ancienne et moderne"

ADLA.

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27 juillet 2006 4 27 /07 /juillet /2006 21:43

Le « DEMEAU »
mesure de Saint-Père-en-Retz,
Sainte-Opportune et autres paroisses.
et « LAIRE NANTOISE »

             --=-=-=-=-=-
A toutes les époques de la féodalité, le paiement des rentes en grains dues au seigneur a toujours été une source de conflits avec les fermiers généraux chargés de les collecter. Comme pour les monnaies, elles n’étaient pas toujours de bon aloi.

Les mesures étaient différentes : plus grandes pour la collecte et plus petites pour la vente. Cela faisait parti du profit du fermier et du collecteur, indépendamment du « denier de faveur » prélevé lors des baux de fermage.

Lorsque le litige devenait trop fréquent, il était porté devant la juridiction compétente ici en l’occurrence, Saint-Père-en Retz dépendant du domaine royal avec la vicomté de Loyaux, au Présidial de Nantes.

En 1701, bien qu’un jugement de 1620 y fut rendu, les habitants durent faire appel une nouvelle fois pour obtenir gain de cause.

Des recherches durent être effectuées aux greffes pour en retrouver la teneur.

Nous vous en donnons ci-après le texte et les conclusions.

« 2 MAI 1620 »

« Les gens tenans le siège présidial a Nantes, scavoir faisons que veu par nous la requeste des habitans de la ville de St. Pere en Rays, Ste Opportune et autres paroisses circonvoisines au dit Pays de Rays,
Remontrant par icelle que de tout temps immemorial y à eu audit St. Pere en Rays un demy boisseau raisonnable fidellement marqué sur lequel et au desir d’icelluy les demeaux des habitants dudit lieu et autres paroisses circonvoisinnes doivent estre mesurez marquez et ettelonnez, en quoy se commettent journellement infinis abus pour les mesures a blé fromant seigle avoinne et autres grains par les fermiers des seigneurs et autres vendants et achetans au marché, scavoir pour ceux qui tiennent les dites fermes lorsque se font payer les rentes d’icelles ont des grands boisseaux extraordinaires et lorsque vendent ou prestent desdits grains ont des petits boisseaux tellement que chacun y est trompé et ny a aucune mesure assurée et requeroint qu’il y fut pourveu pour le soullagement du Publicq, L’acte judiciel contenant la remontrance du procureur du Roy sur ce sujet et ordonnance portant permission de informer d’office de l’ancienne mesure, ledit acte du vingt sept septembre mil six cent quartorze et l’enqueste et informations de ce, faites par le senechal dudit Nantes commissaire le sept novembre audit an extrait des registres de la chambre des comptes de ce pays concernant les mesures de Loyaux et St Pere en Rays signé Le breton et Macé. et en marge Miron, datté du vingt trois janvier mil six cent quinze, acte du sept juin mil six cent dix neuf contenant la réduction des boisseaux et demeaux de l’ancienne mesure a la mesure nantoise faite par Dargenton etelonneur juré en cette ville le requerant le dit procureur du Roy, ses conclusions au pied dudit acte, le tout meuremant veu et consideré l’avons par notre sentence et jugement, ordonné et ordonnons que suivant l’extrait de la Chambre des comptes de ce pays des mesures de Saint Pere en Rays et du Pellerin,

les trois boisseaux raz dudit St. Pere en Rays et le Pellerin feront les saize boisseaux Ras du septier nantois
et en consequence chaque boisseau raz dudit St. Pere en Rays tiendra cinq boisseaux un tiers nantois et
le demy boisseau autremant demeau dudit St Père en Rays tiendra deux boisseaux et demy et un sixiesme nantois,
et pour le regard de la mesure d’avoinne que quatre boisseaux mesure de St . Pere en Rays feront laire d’avoinne nantoise,
chaque boisseau de ladite mezure tiendra quatre boisseaux d’avoinne mesure nantoise
et le demy boisseaux de Rays autrement demeau deux boisseaux d’avoinne nantois

et pour corriger les mesures deffectueuses icelles reduire a l’ancienne mesure sera descendu sur les lieux et mis en certaine maison dudit St. Pere en Rays des ettelons marquéz et adjustés et mesme en aura ledit Dargenton en cette ville, avec deffense luy soit faittes a touttes personnes et quelque qualité et de condition quils soint de vendre et acheter prendre et recueillir les grains deubs par espèce pour rentes seigneurieuses et foncières, avoir et tenir en leurs maisons et ausditz marchéz autres mezures que celle cy dessus sur peine de cent livres d’amande et confiscation des marchandises pour la première foys et trois cent livres d’amande pour la seconde et de punition exemplaire pour la troisiesme et sera a la dilligence du procureur du Roy informé de la contravention faite au present jugement, lequel sera exécuté nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans prejudice d’icelle, sera bany et proclamé aux issues des grandes messes parrochiales et prochainnes marchéz a ce que aucuns n’en pretendent cause d’ignorance. Fait et aresyé en la Chambre du conseil le deux jour de may mil six cent vingt. Signé : R. Charrette, R. Menardeau, Bourgogne, Du Pas, Gilles Bonamy et Despinose Conseillers.
Interligne laire approuvé

Le problème fut ainsi à nouveau règlé.

EN CONCLUSION :,

MESURE DE BLE FROMENT :

Sachant que le boisseau nantais équivaut à
8 litres 812,
nous pouvons en déduire que :

- le boisseau ras, mesure de St.-Père-en-Retz valant 5 boisseaux 1/3 nantais égale : 47 litres.
- Que le septier nantais de 16 Boisseaux nantais équivaut à 3 boisseaux ras de St-Père-en-Retz soit : 141 litres.
- et le ½ boisseau ou demeau de St. Père-en-Retz valant 2 boisseaux et demi et 1/6 nantais vaut : 23 litres ½.

MESURE D’AVOINE :

- L’aire d’avoine nantais valant 4 boisseaux mesure de St.-Père-en-Retz soit : 188 litres.
- le boisseau d’avoine mesure de St.-Père-en-Retz valant 4 boisseaux d’avoine mesure nantaise soit : 35 litres 248.
- le ½ boisseau ou demeau d’avoine de St.-Père-en-Retz vaut. 17 litres 624.

Ces mesures de types seigneuriales et foncières sont à rapprocher des mesures « Boisseaux-froment » et « Truellées d’avoine » servant à payer les rentes en grains aux seigneurs durant la féodalité. 

Source : ADLA

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21 juin 2006 3 21 /06 /juin /2006 05:33

                             Un prieuré du XIIe 

A la suite de la donation de Garsire 1er, sire de Rais, de son frère Gosselin et de son fils Haroid à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron, le prieuré de Sept-Faux, situé sur la route de Saint-Père-en-Retz à Nantes, à proximité de Frossay, vit le jour.Cette donation fut confirmée vers 1145. Au XVIIe siècle, il passa à la congrégation de Saint-Maur. La chapelle était placée sous le vocable de Saint-Blaise.

Voici le texte de confirmation en latin tiré du Cartulaire de Tiron et la traduction effectuée en juillet 2006 par Mr. Emile Boutin.

Confirmation de la donation, à l'abbaye de Tiron, du lieu de Sept-Faux
(vers 1145)

« Notum sid quod dominus Garsirius atque frater suus Goscelinus et
filius suus Harroid locum illum qui dicitur Septem-Fagos, sicuti Philip-
pus de Mecent atque Escummardus de Veud Giraudo Normanno demons-
traverunt, ita libere et pacifice in terris et silvis et aquis, cum Fulcoio de
Daonia et Grafione de Pornez atque Guillelmo ipsius Grafionis filio, qui
partem ipius loci Septem-Fagos sibi vendicabat, monachis de Tiron de-
derunt ac concesserunt. Testibus : Brientio de Chemicherio et Otone de
Sancto-Philiberto, Mauritioque Raginaudi filio, Radulfo de Corsort,
Guillelmo Pilato, Ivoneque Cornilio, Petro Pilato. Et Gaudinus, Attonis
de Chamaire filius, qui in illis terris dominium exercebat hoc concessit.
Testibus : Fulcoio de Daonia, Contantio, Girardo de Sancto-Stephano,
Guillelmo Tornamina, Guasirio Hamonis filio. »

(Cart. de Tiron, f° 82 r)

En voici la traduction :

" Qu'il soit bien connu que le seigneur Garsire et son frère Gosselin et
son fils Haroid ont donné et concédé aux moines de Tiron cet endroit qu'on
appelle Sept Faux, ainsi qu'ils l'ont montré à Philippe de Messant, à Ecomard
de Vue, Giraud Normand, pour en jouir librement et pacifiquement des terres
et forêts et des eaux, avec Foulque de Daonia et Grafion de Pornic et Guillaume
fils qui avaient vendu une partie de l'endroit de Sept Faux. Témoins : Brient de
Chemeré et Oton de Saint-Philbert, Maurit Raginaud fils, Radulf de Corcept,
Guillaume Pilat, Ivon Cornili, Pierre Pilat. Et Gaudin, Atton de Chemeré fils
celle-ci est comprise dans les terresconcédées où nous sommes seigneur.
Témoins : Foulque de Daonia, Constant, Girard de Saint-Etienne,
Guillaume Tournemine, Garsire Hamon fils."
 
 

En 1460, le frère Pierre Trélan en rendit aveu au baron de Retz et en 1560 Missire Charles Le Mignen. Au XVIIe, Henry de Bruc abbé de Bellefontaire en était le prieur puis Maurice Gaubert le devint. Suite au mauvais entretien de ce lieu il déposa plainte au Présidial  de Nantes le 14 juillet 1691 et obtint qu'un état des lieux soit effectué.

 "La chapelle Saint-Blaise et ses dépendances"

« Lan Mil six cens quatre vingt douze, Le Trante

uniesme et dernier jour d'aoust, Veu par nous Pierre Dureau et Jan

Forget bourgeois experts jurés en titre d'office de la ville et compté

de Nantes, ayant avec nous Me Aubin Goheau commis greffier des

bastimans et de lescritoire, Le jugemen randu en l'audiance du présidial de

Nantes le quatorziesme juillet mil six cens quatre vingtz unze Entre

Mr le procureur du Roy dudit présidial proceddant de son office, Et

Messire Charles François de Bruc, Chevalier, marquis de Monplaisir,

heritier de deffunct Messire Henry de Bruc, vivant seigneur abbé

de Bellefontaine, soubz benefice d'inventaire dudit feu abbé de Bellefontaine,

quy prieur estoit du prieuré de Sept Faux, deffendeur, et Jullien

Joyé, fermier des domainnes et despandances dudit prieuré de Sept Faux,

aussi deffendeur, par lequel il est ordonné quil sera descendu en presence dudit

sieur procureur du roy pour faire estat et proces verbal des degradations 

et reparations a restablir et necessaire a faire aux dommaines, maisons,

Chapelle, circonstances et despandances dudit prieuré de Sept Faux et

faulte aux parties donner, voullu, convenir dexpert ordinaire 

quil en sera nommé doffice et prier jour pour descendre sur les

lieux ledit jugemant signifié apres,  a la poursuilte dudit sieur procureur du roy

par Lelou huissier le dix neuff dudit meme mois, Lacte judiciel faict

en consequence devant monsieur le senechal de Nantes, le vingt neuff dudit

present mois, Entre Messire Maurice Gaubert, a present prieur dudit

prieuré de Sept Faux, demandeur. Ledit seigneur marquis de la Guerche et de

Monplaisir, deffendeur/./Et ledit sieur procureur du roy portant nostre nommination doffice pour vroir et faire estat et proces verbal desdites maisons

et dommaines dudit prieuré de Sept Faux et assignation pour dessandre

sur les lieux. A ce jour, en execution de tout quoy, nous sommes de

compagnies de Mr le lieutenant civil et criminel de Nantes, dudit sieur

procureur du roy, de Mre Pierre Bregeon procureur dudit seigneur de Bruc et de Mre

Jan Baptiste Babin faisant pour ledit Sieur Gaubert, montés a cheval et

dessandu au bourgc et paroisse de Frossay, distant de la ville de Nantes

de sept lieux, et le lendemain lundi premier jour de septembre

environ les sept heures du matin, nous nous sommes transportés

de compagnie desdits Sieurs lieutenant civil et criminel de Nantes et procureur du roy

et desdits Bregeon et Babin, aux maisons et logemants despandants dudit

prieuré de Sept Faux, sittué en la parroisse d'Arton, ou estans,

et estant entrer dans la Chapelle dudit prieuré, avons remarqué

que l autel est descouvert et nud, quy reste que la pierre beniste, deux

gradins ou marchettes au dessus desquels est un petit crucifix

et un tableau ou sont le nom et armes dudit feu sieur de Bruc

et deux figures dans leurs niches, un representant St Jan Baptiste

et l'autre Ste Anne, et ayant mesuré ladite chapelle, sest trouvé

avoir de longueur vingt sept pieds de dedans en dedans dont

il y en a unze de carlées de vieux carreaux, la plus part pouris

et le surplus est sans carreaux ny marque dy en avoir eu

depuis long temps, et que ladite chapelle estoit separer en deux par

un balustre de bois, duquel il en restoit environ de neuf

pieds de longueur sans attache et de peu de valleur, que la porte

d'entrée qui est a deux battans est fort vieille et neanmoins en estat

de servir, a laquelle il ny a quand a present aulcunne serurre ny

verrouil et ne ferme quavec un petit lien de chesne, que la cherpante

est en bon estat et que la couverture d'ardoise a esté

relevee a neuf de lattes depuis quelques annés et ny manque a presant

qu environ un millier d'ardoise et du clou a proportion, que les murs de ladite

Chapelle sont bons, et quaux deux costés de lautel sont deux

petis vitrage a verre dormant, dans lunne desquelles il y manque

trois lozange, et en haut du pignon sur ladite porte est un petit clocher

sans cloche.

Et estant sorti de ladite Chapelle, ledit Bregeon nous a fait remarquer

proche la porte d entrée dicelle, une petite cloche montée sur deux bois

de bout avec une petite chesne de fer pour la branler, sur laquelle

cloche nous avons veu le nom et armes dudit feu sieur de Bruc, gravés.

Laquelle cloche a dit estre celle qui estoit au clocher de ladite

Chapelle/

Au dessoubs de la chapelle, vers occidant est une longere de logemant

bastie sur mur, consistant en une petite chambre basse sans cheminée,

couverte en apantif sans porte de bois et avons veu du costé de louverture

de ladite porte, une vieille porte de bois tombée par terre, laquelle estans

placée et rejointe poura servir a ladite entrée /

Une autre chambre avec cheminée, dans laquelle on entre par une

porte qui ouvre sur la rue ou issue, ladite porte fermante a cleff

avec une serrure a bosse, et avon veu que dans la muraille de ladite

chambre du costé du jardin, il y avait autrefois une porte cachée

Laquelle est a present massonnée a pierre froide et est necessaire de mettre une

porte de bois pour la servitude de ladite chambre du costé du jardin/

Un autre parembas sans cheminée ouvrant sur ladite issue sans porte

de bois fors quil en reste un[pan] et  trois barres et deux planches y attachées

Une autre chambre servant de boullangerie avecq cheminée, de laquelle

il ne reste que le manteau de bois et dans ladite cheminée est lembouchure

d un four qui est au bout,lequel nous a paru estre en bon estat/ Et

avons remarqué que la porte qui fermoit ladite chambre est hors

de sa place et tombée a terre, laquelle poura servir estant replacée

et renforcée de barres/

Et apres avoir considerer la couverture de thuille desdits logements

cy dessus, avons veu quil y manque quelques thuilles et festaux

et que pour la reparer il faut environ un millier et deux de

thuilles et un cent d archelet de deux pieds de long et que touttes

Lesdites chambres sont separées par des murs de reffante/ et a costé

est une petite souc a cochons, a present couverte de boure, construite

a massonne sans porte de bois et est necessaire dy en mettre une/

Une autre longere de logemant, a costé de ladite issue vers occidant,

consistant en deux parembas separés d'un mur de reffante, la couverture

desquelles a thuilles, a nous veu estre de nul valleur, pour larchelet[1]

estre vieil, caduc et poury mesme les festages et quil est necessaire de

changer les deux tirans sur lesquels la cherpante est apuyée, estant

de nul valleur et suportés par des bois de bout, sans quoy ils

seroient tombés, et que pour reparer ladite couverture, nous

estimons quil fault environ neuf cens darchelet de deux pieds

de longueur, et environ de deux milliers de thuille, se servant de

celle en ce qui se trouvera de bonne, et quil fault deux poutres de bois

aux deux ouvertures de portes desdites chambres ny en ayans aulcunne,

estimons que le mauvais estat ou sont lesdits logemans provient du deffault

d avoir esté entretenu des menues reparations /

Et nous a ledit Babin fait remarquer, au dessoubs de ladite chapelle, un reste

de vieille muraille de closture qui separe l enclos surdit,  ladite chapelle

d avecq les issues desdits logemans, de laquelle muraille, il ny en reste

qu environ deux toises, que le surplus de ladite muraille qui ferme ledit

enclos d avecq lesdites issues est tombée depuis un long temps, 

Et ayant mezuré la longueur quavoit ladite muraille, sest trouvé

contenir cens cinq pieds et par-dessus dicelle muraille est a present

une haye morte servant de closture, et le requerant ledit Bregeon

nous estans transporté dans deux bouquetz de bois quy sont au

dessus dedites chapelle et logemans, vers oriant, avons veu que ledit bois

sont eslevés sur vieilles souches et quil peut avoir environ trante

ans et ledit Bregeon declare avoir fait faire ladite remarque que pour faire cognoistre

que ledit feu sieur de Bruc précedant prieur a fait eslever ledit bois pour

laugmentation et utilitté dudit benefice/

De tout quoy nous avons fait et redigé de present nostre proces verbal

pour valloir et servir ce que de raison et retirer audit Nantes ou avons

arivés le mardi deuxiesme jour dudit mois d?aoust mil six cens quatre

vingtz douze

signé  Jan Forget                       Dureau                    Goheau

ADLA Nantes


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Archelet : Lattis fait de planchettes de bois de 65 cm. de long environ et qui reposent sur les chevrons et reçoit les tuiles..

 

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12 juin 2006 1 12 /06 /juin /2006 00:28

par Mr. PHELYPEAUX

« Lettre du 12 juin écrite de Port-Louis, de Jérôme de Phélypeaux, lequel deviendra secrétaire d’Etat à la marine (1699-1715), à son père Louis Phélypeaux de Ponchartrain, Comte de Pontchartain, Secrétaire d’Etat à la marine (1690), Garde des sceaux (1699) » 

                    Jérôme Phélypeaux, comte de Pontchartrain         

                                 Louis Phélipeaux, père.

« Une des principales choses, Monsieur, qui m’ont
paru meriter attention à Nantes sont les
différents commerces et les différents navigateurs
de cette ville et des pays qui l’environnent.

Les vins, les eaux de vie et le sel composent le
fonds principal de ce commerce et il se fait
par différentes voyes.

Les vaisseaux anglais, hollandais et danois
et les autres nations du nord viennent chercher
ces sortes de marchandises, scavoir les vins
et eaux de vie à Paimboeuf et le sel de
Bourgneuf et au Croisic, mais ce commerce
est tombé depuis que la guerre empesche
la plus part de ces navires de venir en France.

Les ennemis ne pouvant le faire que par le
moyen de quelques passeports, et les alliez
étant pris par les autres quand ils sortent
des ports de France. On en voit toujours
venir quelques uns. Mais en temps de
Guerre, cela n’est pas sans inconvénients
par ce que les ennemis sont informés par

ce moyen de la marche de toutes les flottes
marchandes qui sortent de France et pendant
la paix quoy qu’il vienne un nombre considérable
de batimens qui emportent beaucoup de sel, de
vin et d’eau de vie. Il y a cependant à remarquer
que pour le prix de ces marchandises ils en
aportent beaucoup dont on ne pourroit se passer
en France, comme sont les goudrons et le braz
du fer, et le charbon de terre dont on ne
manque point dans le Royaume qui pourroit
mesme en fournir ailleurs. Il ne reste que
quelques marchandises comme les Cuivres,
l’étain, et le plomb qu’il est avantageux de
tirer d’eux par ce qu’il n’y en a point dans le
Royaume, et l’on peult aussi en recevoir
les planches et les mats, Les forests de France
ayant bezoin d’estre conservées.

On doit remarquer pareillement qu’il
seroit à souhaiter que les marchandises
de Nantes, au lieu de s’attendre aux
estrangers eussent assez de génie et d’etendue
dans leur commerce pour porter eux mesmes
par leurs propres vaisseaux, leur denrée dans
le Nort par les moyens des liaisons et des
correspondans qu’il y pouroient avoir et
c’est a quoy il faudroit ce me semble les porter
pour avoir lieu de faire subsister les matelots
pendant la Paix, s’atirer le produit du fort
que les hollandois ont comme usurpé sur
toutes les autres nations et Celuy qu ils
font dans les pays ou ils naviguent sur les
Marchandises d’entrée et de sortir les
ayant de la premiere Main,

Peut estre ne seroit il pas mesme la dessus,
hors de propos de tenter de faire des traittéz
avec les Roys de Suède et de Dannemark,
par lesquels on s’oblige de fournir, pour
autant de vin, de sels et d’eaux de vie, qu’on
auroit besoin en France de bled et des autres
marchandises du Nort, et surtout des Cuivre,
on en pourroit en faire de nouvelles monnoyes qui
pourroient faute d’argent un nouveau
sécours dans le commerce, ainsy on partegeroit
le Commerce du Nort avec les hollandois et
leur navigation en demeureroit d’autant que celle
de France augmentera soit qu’il se fit par les
vaisseaux du Roy ou par des vaisseaux
marchands.

Outre le Commerce des Etrangers, la ville
de Nantes tire des Isle françoises de
l’amerique un secours considerable pour la
débite de ses vins, de son sel et de ses eaux
de vie et ce commerce est incomparable
plus utile a la France que le premier en ce que
Non seulement il descharge le pays de ces
Marchandises, mais encore il donne lieu
a un debit considérable de farine, Biscuit,
viandes salées, toilles, Etoffes etc. De plus
comme il se fait par les vaisseaux françois,
il forme des matelots, sert à la subsistance
de leurs familles, soutient les Colonnies
françoise, les decharge de leurs sucres bruts
qui se raffinent à Nantes, aporte de
l’indigo, du Cacao, de la Cochenille, des tabacs,
du bois pour la Teinture et beaucoup d’autres
Marchandises qui sont necessaires pour le
Royaume et qu’on peut mesme porter chez
les Etrangers.
C’est par cette raison, qu il est très important
de soutenir ce commerce, preferablement
à tous les autres. Il s’y trouve
un obstacle très considérable par la
Difficulté qu’il y a de le concilier avec les
armemens quand le Roy est obligé de
mettre tous ses vaisseaux en mer. Cela
vient que les habitans des isles ne
peuvent faire leur sucre que depuis le
le mois de feuvrier jusqu’au mois d’aoust
et que les marchands sont obligéz
de les attendre pour les chareger à mezure
qu’ils se font, de sorte que ne pouvant achever
leurs Cargaisons que dans les mois de may
et de juin, on ne peut point compter, pour la
Campagne, sur les matelots dont ils se
servent.

C’est ce qui fait dans ces dernières années
Le Roy n’a donné permission d’y aller qu’a la
moitié des vaisseaux qu il faudroit pour
soutenir les Isles, encore les a-t-il obligés
d’en partir au mois de Mars pour estre
de retour dans la fin d’avril ou dans le
commancement du mois de may, de sorte
que plusieurs marchands sont revenus à vuide
Ce qui fait un grand tort au Commerce et à
la Colonnie, qui periroit Infailliblement
si cela restoit de cette manière.

Comme il ne seroit pas moins dangereux
cependant de se priver d’un nombre
considerable de bons matelots dans le
temps que le Roy en a le plus besoin, Le seul
et unique Remède, c’est de chercher des
moyens de Concilier ce Commerce avec le
Service, affin de la y pourvoir ainsy donner sans
risque toute son etendue.

Cela peut s’établir en deux ou trois années,
en obligeant les marchands de Nantes
et ceux des autres qui negocient dans les
Isles d’avancer une fois le fond d’une
année de leurs cargaison, d’y tenir des
magazins et des Correspondances pour les
débitter et de s’en payer a mezure par les
sucres qui se feroient pendant l’année en les
retirant dans leurs magazins pour avoir
ainsy de quoy charger leurs vaisseaux
l’année d’après, dès qu ils arriveroient.
De cette maniere les vaisseaux marchands
pourroient partir de France dans les mois
d’octobre et Novembre. Le Roy leur pouroit
accorder tant de matelots qu’ils voudroient de
ceux mesme qui auroient servy sur l’armée
navale et ces matelots bien loin de se
fatiguer par un voyage de cette nature se
remettroient au contraire des fatigues de la
campagne de cette navigation etant la plus
douce et la plus lucrative qu’ils puissent se faire
Trouvant ainsy leurs Cargaisons toutes
prestes, Ils chargeroient dès le mois de
Janvier et Feuvrier ainsy tous seroient
seurement de retour dans les mois de Mars
et d’Avril.

Le Roy ayant fait connoistre une fois
aux marchands, ses intentions La dessus
pourroit ensuite donner par preferance
des matelots a ceux qui revenant des
Isles feroient voir par des Certifficats
du Gouverneur et de l’Intendant, qu’il
se fait pour eux un amas de Sucres et
qu’ils seront en estat de charger au premier
voyage dès qu’ils arriveront.

La difficulté qu’il y aura d’abord, c’est qu’ils
n’ont point de chaloupes presentement pour
faire le transport de leurs Sucres, ny des
magazins établis pour le Recevoir, ny de
Correspondans affidéz pour les retirer en debitant
leurs marchandises. Tout cela mesme
paroist d’abord leur causer des frais auxquels
ils ne sont point sujets presentement, mais
desquels le Roy voudra bien donner pour chaque
vaisseau marchand un matelot ou deux, ce que
sa Majesté peut leur accorder sans peine en
faveur de cet etablissement. Ils feroient passer
facilement aux Isles des chaloupes en
paquets pour faire le transport de leurs
sucres pendant l’année. Cette difficulté etant
levée, toutes les autres ne meritent point d’estre
considérées, par ce que sy cela leur fait
d’abord quelque peine et quelques depenses ils
gagneront le Double dès l’année d’après
par ce qu’ils auront beaucoup moins de déchet
a souffrir sur leurs sucres et espargneront
la solde et la nourriture de leurs Equipages
pour plus de deux mois de séjour qu’ils font
au moins presentement de plus qu’ils ne
feroient alors et l’établissement de leurs
magazins seroit dans la suite la seureté
de leurs marchandises. Le Salut de
chaque habitant en particulier, et par
consequent de toute La Colonnie en general
par ce que les habitans Trouveroient à y
acheter dans tous les temps de quoy faire
vivre leurs familles a proportion de leur
Travail et cela les obligeroit de si attaché
au lieu qu’a présent Les Marchands etant
obligéz la pluspart du temps de leur laisser
leurs marchandises à Crédit, par ce que les
vaisseaux ne peuvent au retour contenir
en sucres la valeur des marchandises qu’ils
aportent, les laissent aux habitants, qui
se trouvant payés d’avance, tombent dans un
Luxe extraordinaire, negligent ensuite de
Travailler et demeurant toujours obérez,
ils n’ont jamais le moyen d’augmenter leur
Capital pour se soutenir. Ils font a la fin
Banqueroute. Le Marchand qui d’abord
croit gaigner beaucoup dans ce commerce,
a la fin y perd son fonds et de cette manière,
Les habitans de la Colonie, au lieu de
fleurir et s’augmenter, vivant ainsy d’un
jour à l’autre, ne font que languir et sont
toujours à la veille de périr.

Les pesches donnent aussy un grand
mouvement au Commerce de Nantes et
contribuent beaucoup à la subsistance
des matelots et à l’augmentation des Classes
de ce département
.

Il s’en fait de trois sortes en mer, sans
compter celle du saumon, de l’aloze et
poissons de rivière, qui ne laissent pas
d’occuper et de nourrir bien des matelots.

La Pesche à la morüe verte qui se fait
sur le grand Banc de terre neuve est la
plus considérable, elle se fait jusqu’à trois fois
de l’année, scavoir en feuvrier, en juin et en
septembre. Mais il est rare qu’un mesme
batiment puisse faire trois voyages.
Cependant dès qu’ils en peuvent faire deux
et que la pesche est bonne, ils s’y fait un fort
grand profit et il n’y a point de commerce
qui convienne mieux à la Situation de
la ville de Nantes. Il est à remarquér
que les vaisseaux qui sont propres pour
cette pesche, après avoir déchargé leurs
poissons à Nantes, ne restent guère dans la
Rivière et s’en vont aux Sables d’Olonne,
dont presque tous les batiments appartiennent
aux Nantois.

Ce qui fait que ce commerce leur convient,
par ce qu’ils ne sont pas plustost dehors,
qu’ils sont pour ainsy dire sur le grand banc,
et qu’ils ont chez eux les Sels, au lieu que
ceux de St. Malo, de grandville, de honfleur,
Du havre et de Dieppe, qui se sont adonnes
cy devant à cette pesche, ne peuvent pas faire
un voyage contre les autres deux, surtout
en temps de guerre, ayant à traverser la
manche et étant obligé ensuite de venir
faire un séjour à Bourgneuf ou dans les
Rades de la Rochelle pour prendre les
sels dont ils ont besoin.

C’est par cette raison, que les Nantois
de mesme que les Olonois et les Rochelois
doivent estre soutenus par préferance à tous
les autres pour cette pesche et s’il y a des
Matelots à donner par grace en temps de guerre
c’est à eux qu’ils doivent estre accordés par
ce que leurs voyages doivent leur valoir
plus qu’aux autres, qu’ils courent beaucoup
moins de risque et qu’ils sont a portée
de faire remonter leurs poissons jusqu’à
Paris et à Lion et de le distribuer dans
tous ces pays qui sont aux environs de
La Loire.

Les quartiers de Bourgneuf et du Croizic
qui sont aux embouchures de la loire ont
pareillement la pêche de la sardine qui ne
se fait qu’avec de petits Batimens, ce qui
est tout a fait propre a former de nouveaux
matelots par ce qu’elle se fait depuis May
jusqu’en septembre qui est le temps que
les bons matelots sont en mer et comme
la navigation qu’il faut faire pour cette
pêche n’est pas perilleux toutes sortes de

gens y sont employéz. Il y a cependant
la dessus une choze à observer qui
est d’engager les patrons à prendre autant
qu’il leur sera possible des jeunes gens
qui soient en estat de prendre ensuite le
Party de la mer au lieu de se servir d’artisans
comme ils font quand ils n’en ont pas
d’autres par ce que ces gens la, reprenant
leur métier on pert en eux le fruit de cette
pêche par rapport a l’augmentation des
classes, sans compter que ces gens la
se tirent par ce moyen du courant de leur
metier.

La Pesche des Solles, des Turbaux
et autres poissons de mer entretient aussy
un assez grand nombre de petits batiments
sur les costes, dans les quartiers de
Bourgneuf et du Croizic. C’est ce qui
forment les nouveaux matelots et les
patrons, et ces batiments doivent estre
ménager par cette Raison, autrement
ce seroit tarir la source des gens de
mer.

Les Nantois vont aussy à la morüe
séche, mais comme elle leur est moins
propre que celle de la morüe verte et que
c’est particulièrement le Partage des
Malouins. Cet article doit estre remis
à St. Malo.

Il passe de Nantes quelques batiments
en Portugal avec du papier, des chapeaux,
des Rubans, de la Toile, de dentelles
d’or et d’argent, des serges, des étoffes de
soye et de ces marchandises à des prises dont
La consommation n’en est pas permise en
France et l’on raporte des oranges
des citrons, des figues, des Raisins,
des sucres, des Tabacs du Brezil,
du bois pour tinture et quantité d’autres
marchandises estrangères qui y sont
portées en entrepost par les ennemis
comme le plomb, poudre, couperoze, etc.
Mais ce commerce est fort petit et se
borne à trois ou quatre vaisseaux tout
au plus en une année, encore il y a-t-il
plus de Tartanes provençalles qui y
sont employées que d’autres navires.


Enfin on commerce le long des Costes
du Royaume jusqu’à Bayonne en
portant les denrées et munitions qui
abondent, n’y chargeant en retour celles
qui y manquent et c’est par le commerce
de Bayonne que les fers et les laines
d’Espagne viennent à Nantes.

signé : Phelypeaux »

A.N. Marine

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12 juin 2006 1 12 /06 /juin /2006 00:03

par Mr. PHELYPEAUX

(Lettre du 7 août 1694, écrite de Valognes, de Jérôme Phélypeaux, lequel deviendra Secrétaire d’Etat à la marine (1699-1715), à son père Louis Phélypeaux de Pontchartrain, Comte de Pontchartrain, Secrétaire d’Etat à la marine (1690), Garde des Sceaux (1699).)- Pour les astériques, voir notes en fin de texte.

                         Le port de Brest au début du XVIIIe

« Je vous dois Monsieur une lettre particuliére sur les
vuivres comme l’affaire de toute la Marine, la plus
étenduë et la plus importante et pour en connoitre
le fonds, J’ay eu la dessus plusieurs entretiens avec le
Sr. de Beauregard* commissaire qui en est chargé et avec
les munitionnaires anciens et nouveaux.

J’ay premierement examiné avec eux la nature des vuivres
les qualitez qu’elles doivent avoir et leur prix, je me suis
ensuite beaucoup attaché à connoitre les abus qui s’y
commettent.

A commencer par la nature et par la qualité des
vuivres, je vous diray en premier lieu que les meilleurs
Bleds a ce que j’ay appris qu’on puisse emploier pour
la munition sont ceux d’Auray, de Vannes et de
Nantes et c’est aussy d’où l’on en tire la plus grande
quantité.

On en peut tirer aussy de l’Evêché de Cornouailles de
celuy qu’on apelle Bled scandille qui est rougeâtre et
de moyenne grosseur, mais on doit êviter de prendre
de tous les autres parce qu’ils sont trop gras, celuy de
L’Evêché de Leon a le même defaut cependant il y
a moins d’inconveniens a s’en servir estant un peu
meilleur ; quand a celui de St. Brieuc il est bon
et propre a faire du Biscuit, mais il faut prendre garde
a bien le choisir et a ne le pas laisser long tems sur mer.
Outre le soin qu’on doit avoir de bien choisir les Bleds,
ceux de Bretagne en general demandent une precaution
particulière pour les bien nettoyer parce qu’ils sont
ordinairement fort sales et pierreux et c’est en partie
ce qui fait que tout le pain que l’on mange communément
en Bretagne croque sous la dent
. C’est pour cela qu’il
est d’une extreme consequence que les munitionnaires
ayent des harpes* dans leurs magasins pour cribler
leur bled, l’usage en est commun dans toutte la France,
mais il ne l’est pas en Bretagne et on ne s’en sert que
depuis trois ou quatre ans que l’on obligea pour lors le
munitionnaire d’en faire venir.

Outre que la poussierre du Bled rend le pain graveleux.
Il y a une autre raison tres forte en Bretagne qui luy
donne cette mauvaise qualité et a laquelle il est tres
important de remedier, c’est que toutes les meules dont
on se sert dans la province sont composées d’un très
grand nombre de pieces d’une pierre assez tendre et
jointes ensemble avec du plastre cela fait que la poussierre
qui en sort se joint a la farine, et le pain fait d’une
farine ainsi meslée de pierre de plastre doit estre
aussi mauvaix que desagreable.
-------
Les meuniers n’ont aucun empressement pour s’en deffaire
parce qu’ils y gagnent et personne ne s’est mis en peine
d’y remedier. Le Roy a un tres grand interest d’obliger
les munitionnaires a faire venir des meules de Rouën
et de Bordeaux pour ses moulins dont il se sert
ordinairement, chaque meule à la verité luy coûtera
jusqua 300 ou 400£ rendue sur les lieux, mais il
peut s’accommoder la dessus avec les seigneurs et
les meuniers et l’on pourroit même dans la suitte
engager le munitionnaire a faire bâtir des moulins a vent
au dessus de Brest sur une hauteur qui est entre
la Riviere de Pinfeld et la Crique des Bois et
le munitionnaire a déjà basty une partie de ses fours.

L’on remediroit même par ce moyen a un abus
qui est assez considerable dans la munition et que
le munitionnaire a interest de soûtenir, c’est de faire
moudre a moulin tranchant au lieu de faire moudre
a moulin plat, le premier brise entierement le son
et le reduit presque en farine, cela fait qu’il en passe
une bonne partie au bluteau* avec la farine, au lieu
que l’autre ne faisant qu’écorcher le Bled les parties
du son en son plus grosses et se separent beaucoup
mieux de la farine, ce qui fait que le munitionnaire
n’y trouve pas tant d’avantage outre qu’il y reste toujours
-------
un peu de farine dans le son, ce qui fait qu’on est obligé
de le passer deux fois au bluteau.

J’ay fait moy même cette experience ayant eu la curiosité
de faire bluter devant moy et j’ay de plus remarqué deux
choses a cet egard l’une qu’il seroit absolument necessaire
de fixer une fois les échantillons de la toille dont on doit se
servir dans tous les ports pour les bluteaux et l’autre de
fixer aussy la quantité de petits grils de reprain* que
l’on doit employer dans le Biscuit, comme il n’y a eu jusqu'à
présent aucune regle sur la toille des bluteaux, le meunier
a esté le maitre de faire la farine telle qu’il luy a plû et
cela joint avec la moulange* a moulin tranchant et a la
liberté qu’il s’est donné luy même d’employer tout le
petit gril il se trouve qu’il reste peu de son et qu’il élude
par ce moyen l’ordonnance qui deffend que l’on en mette dans
le Biscuit.

Pour mieux faire connoitre comment cela se fait, il
faut dire que l’on distingue ordinairement trois sortes de farines
dans le Bluteau, celle d’en haut qui est la plus fine et
qui ne devroit estre que fine fleur et celle du milieu qui
l’est moins et celle d’en bas qui est toujours fort grosse
et remply de son, a proportion que la toille est plus grosse
et que le moulin a esté plus tranchant.

On prend cependant toujours ces trois sortes de
farines pour faire le Biscuit et de plus on y met encore
la moitié ou les deux tiers du Bluteau quand on y a repassé
-------
le son, le munitionnaire prétend qu’il n’y a rien en cela qui soit
contraire a son traitté, parce qu’il est dit simplement que
le Pain doit estre épuré de son et qu’il doit aussy luy
estre permis de retirer toutte la farine qui pourroit y estre
restée la premierre fois ; cela seroit bon s’il n’ avoit point
d’abus ny au moulange ny au Bluteau et qu’on prit soin
de rebluter le son tout d’abord, mais jusqu'à ce qu’on ait
autrement reglé la manierre de moudre et de Bluter,
on pretend que pour faire de bon biscuit tout le petit gril
c'est-à-dire la plus grossière des trois parties du Bluteau
devroit estre ostée et que l’on ne devroit point y mettre
aussi la farine qui est sortie du son quand il a esté
passé dans le Bluteau parce qu’il aigrit ordinairement
surtout en esté lorsque le son n’est pas passé quatre
ou cinq jours apres pour le plus tard, l’on pretend
que cela feroit une difference au prejudice du munitionnaire
d’un quinziesme parce que le tonneau de Bled ne rendroit de
cette manierre que treize a quatorze quintaux de Biscuit
au lieu qu’il en retire quinze quintaux.

Le Pain frais de Même que le Biscuit devroit estre épuré
de son par le moyen du moulange et du Blutage,
on fait si bien en sorte que le tonneau de Bled ne rend
pas plus de trois quintaux de son, tout le reste passe
au Bluteau et l’on remarque aussy que cette année
le pain a esté plus bis qu’a l’ordinaire.
--------
Cela provient aussi de ce que pour faire du pain on a
osté la plus fine farine pour les officiers, pour les
malades et pour le Biscuit et que l’on y a mis a la
place de gros grils que l’on a tirez des farines dont
le Biscuit a esté fait, outre que l’on a fait aussy beaucoup
de pain frais, moitié froment et moitié seigle ;

Le Seigle a esté permis a cause de la cherté des Bleds,
mais c’est une mauvaise introduction, le munitionnaire
dit qu’il n’y trouve pas son compte, mais l’Equipage le
trouve encore moins par ce que le Seigle ne nourrit pas
tant que le froment et si l’on vouloit s’en servir a
l’avenir il faudroit de necessité augmenter le poids du Pain.

Il faut dire aussy en faveur des malades que cy devant
on avoit toujours observé de ne se servir pour leur faire
du Pain que d’une espece de farine qui vient de la Rochelle
qu’on apelle minot de Bagnos et qui est la meilleure

que l’on puisse emploier au lieu que depuis deux ans
le munitionnaire n’employe que de la farine qui est fort ordinaire,
en sorte que leur pain n’en est ny si bon ny si blanc
et qu’il a même ordinairement une senteur.

Quand au vin tout le monde convient que celuy de
Bordeaux est le meilleur et que de tous ceux de
Bordeaux le gros vin rouge de palu est le plus propre
pour les équipage, au dessus de ce vin qui avoit
entierrement manqué il y a deux ans, on s’estoit
-------
servi du vin de Languedoc dont s’estoit assez bien trouvé
mais outre qu’il coute beaucoup au munitionnaire a cause du
transport.
Il faut croire que ce vin est sujet a s’aigrir
parce qu’il a toujours esté deffendu dans tous les traittez,
on s’est aussy servy l’année dernierre du vin de Caillac
qui est un gros vin Rouge qui se prend au dessus de
Bordeaux qui est fort et de bonne qualité, que l’on a
meslé avec du vin de grave qui est un vin plus délicat
et cela a fait un assez bon effet, mais ces sortes de
vins coupez ne rendissent jamais si bien et coutent
cependant beaucoup au munitionnaire en sorte que cela ne
se doit faire que par necessité, on doit encore moins
se servir de vin Blanc et quand on le fait c’est une
necessité de le souffrir comme on le fait pour les
hollandais.

On s’est servi quelque fois de vin de Xaintonge, mais
on en est entierrement desabusé. Il s’aigrit des qu’il
a esté deux mois a la mer et l’on ne doit s’en servir

que pour les Rades.

Il seroit d’une tres grande consequence qu’il y eut
toujours à Brest une tres grande provision de vin et
qu’ils puissent servir d’une année a l’autre, on iroit au
devant par ce moyen des mauvaisers recoltes et l’on
ne seroit sujet comme on a esté cette année
attendre six semaines de suitte que la provision fut
---------
venue pour mettre a la voille, mais il faut pour cela de
grans magasins, rien n’est plus important que cet article.

A L’Egard des viandes il est aussi d’une tres grande
necessité d’avoir des lieux pour les faire touttes a Brest,
elles en seront incomparablement meilleures parce
qu’elles seront ainsi sous la veue de ceux qui en
doivent avoir l’inspection et il n’y a rien dans la
munition qui doive estre plus observé.

Faute de Lieux on a esté obligé de les faire jusqu'à
présent au Port Launay* et ce sont les meilleures par ce
qu’au moins elles sont proche de Brest, les salaisons
qui se sont faite a Nantes n’ont p as êté bonnes, celles
de St Malo ont valu un peu mieux, celles de Vennes*
ont toujours êté bonnes parce qu’on se servoit du
nommé Brunet qui a un talent et une manierre
particuliere pour cela, on s’est pareillement bien
trouve de celles du Port Louis parce qu’il y a des officiers
qui y prennent garde : Il est a remarquer cependant
qu’on n’a pas êté assez soigneux en ces endroits d’oster
des jambes la moëlle des os, on s’est aussi servy a
Brest des salaisons faites a Rochefort qui se sont
trouvées bonnes, ce qui fait toujours voir que dans les
lieux ou ily a des officiers, elles se font avec beaucoup
plus de soin, mais le cochon y est un peu trop gras.
Ceux de Bretagne sont un peu meilleurs,
et comme
-------
ce ne sera pas une difficulté d’en faire venir a Brest tout
autant qu’il en faudra, on doit par toutes ces sortes de
raisons se mettre en estat en faisant des magasins
de faire toutes ces salaisons a Brest. En tout cas quand
on ne pourra pas y parvenir, il seroit mieux
les faire venir de Rochefort que des autres endroits ny
même du Port Louis parce qu’aussi bien on ne pourroit y
emploier que les mêmes cochons qui viendroient a Brest.

On pretend que pour mille ecus on se pourroit faire
une tuerie et un magasin au bas des murs de recouvrance,
du costé du munitionnaire il gagneroit cette dépense en une
année, du costé du Magasin ou du costé de Cramart
au Moulin a poudre. Il n’y auroit pas plus de difficulté
a Brest pour le Bœuf que pour le cochon, qu’il s’en
trouveroit toutte la quantité necessaire pour fournir
aux Salaisons, outre ce qu’il en faut pour la viande
fraiche qui se donne en rade.

La Moluë* est une des meilleures nourritures que
l’on puisse donner aux Equipages et l’on peut toujours
l’avoir tres bonne en Ponant parce que le munitionnaire peut
prendre ses mesures pour avoir de la plus fraiche.


Il en est de même des poids, des féves, des fayots et
des arricots et il en reste encore actuellement de
l’année passée au munitionnaire, mais il faudra qu’il
s’en defasse, celles de la nouvelle recolte estant toujours
--------
la meilleure.
Il seroit bon de plus de la regler de
manierre qu’il y en eut de toutes les façons et d’engager
le munitionnaire d’en donner autant qu’il se pourra egalement
de chacune, autrement quand il n’y en a que deux
sortes il s’en degoute.

Le fromage est une nourriture qui convient parfaitement
mais il faut quil soit de Gruierres et bien choisy, celui
de l’année passée vint trop tard et c’est a quoy il seroit
necessairre que le munitionnaire songea de bonne heure, Il
doit pour cela faire ses marchez en Suisse et y avoir
ses marchands asseuréz parce qu’autrement on les enlève
du costé de Milan.
Quand on aura une bonne provision
de ces fromages on pourra s’en servir au lieu de la
moluë quand il n’y en aura pas, ou pour les dejeunez
a la place des sardines que l’on prend ordinairement
dans la Baye de d’ouarnenez, mais qui ne se conserve
pas toujours autant qu’il seroit necessaire.


Voila ce qu’il y a de plus important pour les vuivres.

Il faut a present faire voir suivant ce quelles coûtent,
ce que peut valoir la ration.
Le tonneau de Bled pése 2400£ et coûte ………...155£
Il en faut diminuer tant pour le dechet du
criblage que pour celuy de farine qui s’évapore
dans la Bluterie et pour ce que l’on donne aux
meuniers qu cause de leur moulures 226£.
Il s’y doit trouver trois quintaux de son et 149£
de petit gris qui font en tout 449£ qui doivent estre
estimez ensemble……………………………….. 9£ 15s.
De sorte qu’il ne reste du tonneau en farine epuré
que ……………………….. 1725£
Lesquels diminuent de……… 225£
Partant le tonneau de Bled ne rend
en Biscuit que……………… 1500£
Qui reviennent sur le pied cy dessus déduction
faite du prix du son et du petit gris a ……………. 145£ 5s
Ce qui revient a 9# 13s le quintal a quoy ajoutant 1£ 5s
pour la façon du Biscuit ce sont 10£ 18s et 8d. pour chaque
quintal.

Pour le Pain frais, le tonneau pesant......    2400£
Rend de son ……………                       300£ )
Les dechets et la moulure montent a 167£ ( 467£
                                                           _____
Reste de farine ………………...............          1933£ qui doivent
produire 22 quintaux 19£ de pain frais qui reviennent
déduction faite du prix de la façon a 16d. la livre.

On ne sçait précisement combien le munitionnaire a achepté
le vin cette année, mais suivant les marchands
de Brest l’ont vendu, il ne doit pas luy revenir a plus
de 17 écus la Barrique, les fermiers generaux luy
en ont vendu 4127 Bariques qui ne reviennent l’une
portant l’autre qu’a 35£ 11s. la Barrique, ce qui ne fait
que 3s. la pinte et dans les tems ordinaires elle ne doit revenir
qu’a 1s. 9d.
--------
Le Nouveau Munitionnaire a pris de l’ancien 3292 quintaux
de lard qui luy ont coûté 16£ 10s. le quintal. Il s’en est fait
400 quintaux au Port Launay dont il y a environ
150 quintaux et 14£ ce qui peut faire le tout environ..

                                                     .......... 13£ 10s.
Le Dechet a six pour cent revient a ………………        10s
Le Sel a ……………………………………….................         15s
Le Prix du Baril ………………………………..............         15s
Les autres menus frais …………………………........         15s
                                                                _______ 
                                                                 16£   5s.
Mais d’il y a une bonne année, il doit revenir a son
prix ordinaire qui est de 12£ le quintal, ce qui fait environ
2s. 5d. la livre.

Quand au Bœuf le munitionnaire en a fourny cette année
depuis le 1er Janvier 2200 quintaux de frais a 11£ 5s. le
quintal, ce qui fait 2s et 3d. la livre. Il a coûté jusqu'à
15£ 9s. 6d. le quintal, mais il doit diminuer dans la suitte.

La Moluë ne doit coûter ordinairement que 9£ a 11£
le quintal, mais la derniere année elle en a coûté 17 et 18£
jusqu'à 20£.

A l’Egard des Légumes on ne ma sceu dire ce
que le munitionnaire avoit payé de celles qu’il auroit fait
venir, mais l’Ancien luy a donné 3059 quintaux de fayots
a 4L 2s.et 3d. et 691 quintaux de feves a 3£ 1s. 1d.
Il faudra se défaire d’une partie des poids et des
feves parce qu’il y en aura de trop cette année et qu’il
en faut avoir d’une nouvelle recolte .
Le munitionnaire n’a point achepté de ris, mais son
-------
Prédecesseur luy en a laissé 1840 quintaux a 6£ 2s. 11d.
Le fromage qu’il a presentement luy vient aussy de
L’ancien munitionnaire parce qu’il est arrivé trop tard, Il
a coûté 13£ 3s. 6d.

Les Sardines coûtent ordinairement 80£ le tonneau.
L’huile d’olive que le nouveau munitionnaire a pris de l’ancien
luy revient a 25£ le quintal et le vinaigre a 18£ la barique.

Je ne fait point sur tout cela le Calcul de la valeur de
la ration parce que ces prix ne sont point fixes, que
l’année est trop chere et que de plus pour faire un
Calcul juste qui fut de quelqu’utilité la dessus, il
y auroit des circonstances de menus frais a y ajouter dont
les discutions seroient trop longues.

Il ne me reste plus Monsieur qu’a vous parler des Abus
qui se commettent sur les vaisseaux au sujet des vivres
et la peine qu’a le munitionnaire de retirer les decharges
quoique par l’ordonnance il soit enjoint au Commissaire de faire
signer au Capitaine et a l’Ecrivain du Roy de chaque
vaisseau, 3 états de l’Embarquement des vivres, la
plus part des Capitaines et écrivains refusent de les signer
et partent sans donner des decharges au munitionnaire ce qui
retardent ordinairement l’arresté de ses Comptes et
aux desarmemens, Ils refusent pareillement d’arrester
et de Certiffier les Consommations des rations qui
sont faites pendant la Campagne.
-------
Un des abus qui se commet encore au desarmement
des vaisseaux et que les Capitaines ont coutume de raporter
des Certifficats des Commis des vivres qu’ils leur font donner
par force comme il leur est deub les rations non seulement
de leurs valets mais encore de plusieurs gens de l’equipage
qu’ils supposent avoir nourry des vivres de leur table. Ils
vont même jusqu'à demander 20 et 30 rations par jour
quoi qu’il ne leur soit passé que six valets et obligent
le munitionnaire de les leur payer en argent ce qui est le
sujet du chagrin du Capitaine contre luy lors qu’il
leur conteste les rations et c’est ce qui fait aussy
qu’il refusent de luy donner les decharges et lors
qu’ils montent la Campagne suivante, ils ne
manquent jamais par un esprit de vengeance de
rendre difficiles a l’embarquement des vivres et ne
sont pas plutost en mer qu’ils en font jetter une partie
supposant qu’elle est gâtée.

Outre cela les Capitaines prennent dans le fond
de calle le vin et autres denrées dont ils ont besoin
et ordonnent aux Commis du munitionnaire d’en donner par
extraordinaire aux gardes marine aux Maîtres du vaisseau
Canonniers et autres gens de l’Equipage matelots et soldats
suivants les differentes occasions, ce qui cause des
malversations continuelles pour retrouver les denres
qu’ils delivrent, Les Capitaines luy permettent de
-------
mettre de l’eau dans le vin que l’on distribue au Reste de
l’equipage et tres souvent il se sert de cette occasion pour
y en mettre le double et lors qu’il ne peut trouver son compte
par l’eau qu’il y met, les Capitaines luy donnent les
mains pour dresser des proces verbaux comme le vin
est coulé dans le fond des calles qu’ils signent et certiffient
et prennent le pretexte de mauvais tems qui fait créver
les futailles, Il dressent aussi des proces verbaux pour
les autres vivres et refraichissemens comme ils se sont
gâtez pendant la Campagne.

Quand l’armée est en Campagne et que l’Intendant ou
Commissaire general ordonnent aux Commis generaux du munitre.
d’acheter des rafraichissemens qui sont ordinairement portez
a l’admiral, Ils sont presque toujours distribuez aux
Capitaines ou officiers sans la participation du
Commis de fond de Calle et sont Consommez la
plus part du tems sans qu’il en ait connoissance.

Il arrive aussi que les Capitaines des Compagnies
franches font subsister un bon nombre de soldats de
leur Compagnies tour a tour au plat des malades
supposant qu’ils sont indisposez, cela fait consommer
malapropos les refraichissemens embarquez et en
fait manquer tres souvent a Ceux qui sont veritable
ment malades.

Il est aussi arrivé que le Capitaine d’armes et le maitre d’hotel
du Capitaine du vaisseau se sont associez ensemble pour
vendre du vin a l’Equipage pendant la Campagne
nonobstant l’ordonnance qui a esté faite sur cela.

La plus part du tems les officiers subalternes et les
Ecrivains du Roy viennent au Magasin pour prendre
les vivres necessaires tant pour leurs journée que pour
leur armement sans en donner avis au Commis de fond
de Calle et obligent les Commis du munitionnaire etablis
dans les magasins de leur livrer les vivres alleguant
que le Commis du fond de Calle n’a pas le tems d’y venir
et en donnent les receus, ce qui cause des abus, car une
partie de ces vivres n’est point menée a Bord et sont
emploiée a tout autre usage qu’a la Subsistance des
Equipages./.

Phelypeaux
--------------------------------------------

Notes:

- Munitionnaire: Homme qui est chargé des approvisionnements nécessaires à la subsistance des troupes. - Munition : Provision des choses utiles dans une armée ou dans une place de guerre. (Munition de guerre ou de bouche) - Pain de munition : le pain qu'on distribue chaque jour au soldat.

- de Beauregard, commissaire de la marine à Brest.

- Harpe : Grille fine métallique placé en biais sur un portant, servant à cribler le blé. Permet d'éliminer les grosses impuretés.

- Bluteau ou blutoir : Espèce de sas fait d'étamine ou de crin et qui sert à passer la farine, sépare la farine du son.

- Reprain ou reprin : son mêlé de farine.

- Moulange : Mouture, action de réduire les grains en farine entre deux meules.


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5 juin 2006 1 05 /06 /juin /2006 18:30

A LA POURSUITE DU CARDINAL DE RETZ

"Prise de possession du château de Machecoul"

Guerre de la Fronde.

Trois lettres inédites.

Après son arrestation et son incarcération à Vincennes, le 19 décembre 1652, puis son transfert au château de Nantes, il est mis à la garde du maréchal de la Meilleraie. Il trompa sa vigilance et s'en évada le 8 août 1654. Le maréchal trop âgé et malade envoya à sa poursuite son fils le marquis de la Meilleraie. Ce dernier le pensait réfugié au château de Machecoul.

Lettre adressée par le marquis de La Meilleraye, depuis Machecoul, à son père le maréchal de la Meilleraie, gouverneur du château de Nantes , le 18 août 1654 :

« A Machecoul, dans une chambre du chasteau neuf, a 6 heures du soir. Je viens d’ariver tout presentement avec la troupe que vous m’avez donée et entrautres Mr. Levesque de St Brieu, lequel ayant pris les devants ainsi que vous l’aviez ordonné, m’est venu assurer que je pouvais venir a l’heure mesme. Jay marché et ay rencontré Mr. de Retz au bout de la rabine lequel a reçu fort civilement tous les complimens que je luy ay fais tant de vostre part que de la mienne, en suitte j’ay marché avec luy jusque a la porte du chasteau ou le commandant m’est venu remettre les clés que j’ay reçues en lasseurant Mr. de Retz que cestait pour satisfaire aux ordres du roy et dans le sentiment de luy rendre par vos ordres et par mon inclination particulière et toute sorte de respect et dobeissance, et puisque Mr. de la Salle était dans son agrément et dans son approbation que je luy remettois les dites clefs entre les mains pour en repondre au roy. Apres estre entré, jay esté saluer Mme. de Retz qui ma receu avec beaucoup de froideur, si bien que les civilités extraordinaires que je luy est faicte et la conversation que jay eu avecq elle est assez embarassante. Jay pris le temps de venir vous escrire pour vous rendre conte de tout cecy et cepandant jay entré Beaulieu et vos gardes dans le donjon. Nous en sommes presentement sur les complimens, je voulois aller coucher a la ville avec ces messieurs en cas que l’infanterie fust desja arrivée. Mais ces Mrs. ayants tous jours voulu demeurer avec moi, nous avons resolu Mr. de St Brieu et moy de coucher dans le chasteau avec les principaux de ces messieurs. Nous envoirons demain le mot a Mr. de Retz par civilité, en cas quil refuse je le donneroy. Nous serons fort alerte la nuit et apres avoir fait beaucoup de civilités a Mr. de Retz, je m’en vais souper en ville et reviendroy aussitost et sy comme vous estes plus esclairé que qui que ce soit au monde ne le peux.  Faictes nous l’honneur de nous envoyer vos ordres et ils seront ponctuellement suivis.

Le Marquis de lameilleraie.

Au dos de cette lettre : Pour Monsieur Le Mareschal » 

-----------------------------

 Lettre adressée par le Maréchal de la Meilleraie à …?

« A Nantes 18 Aout 1654 »

« Evasion du Cardinal de Retz et prise de possession du château de Machecou au nom du Roi »

 

« Monsieur,

 Depuis ma dernière jai eü advis certain ; que le Cardinal de Retz s’est embarqué samedy au matin a un petit port nommé le port de la Roche qui est situé entre l’isle de Bouin et Bourgneuf. Sortant de ce petit port il y a deux canaux, l’un va passer devant bourgneuf et pornic pour aller vers l’embouchure de la rivière de Loire, l’autre laisse l’isle de Bouin a main droite et va vers l’isle de noirmoutier. Il y avait trois chaloupes avec luy un autre batteau qu’ils appellent une charte (sic), laquel on chargea d’infanterie. Il pouvait avoir quelques soixante dix hommes. Ce bateau a été trouvé entre l’embouchure de Loire et Belle Isle. Ces trois chaloupes n’y ont point esté veües. Le duc de Retz a été veüe proche de l’isle Rhuis, allant par terre avec six chevaux pour s’embarquer a portnavalo et gagner Belle Isle, sont ce que dessus me faict conjecturer que le Card[in]al, le Duc de Brissac, seniguy et joly se sont retirer a noirmoutier. Je m’en enquerray avec soin. Cependant ce matin, Monsr. de Retz, le père m’a envoyé l’Abbé de Beaumont bastard de sa maison avecq la lettre que vous aver copie cy. J’ay demandé la créance a  cet abbé qui m’a dit positivement que cestoit de rendre toute obeissance au Roy et luy remettre la place de Machecoud. Nous avons convenu de tous les points qui sont que Madame de Retz en sortira laissant ses meubles sans que l’on y fasse un sort. Quil sera faict inventaire des canons et munitions. Ces premiers sont bien au nombre de soixante et que le tout sera gardé par celuy qui commandera dans la place. Que le bonhomme M. de Retz est blessé et incommodé pourra demeurer dans le bas fort pour s’y faire traiter. Que la Sale battelar, ordinaire du Roy et qui est leur voisin commendera dans la dite place jusques a ce qui laye pleü au Roy d’en ordonner. Quil ne sera fait aucun sort aux habitans de la ville et du pays de Retz et que moyennant cela le chasteau et le donjon seront mis des ce soir entre les mains de mon fils qui y est allé pour cet effect. Il a mené deux cens chevaux et soixante hommes à pied. Mr. l’Evesque de st. Brieu est allé avec luy pour advis sur toutes ces choses s’il y avait contestation. J’attends d’heure a autre des nouvelles de l’execution. Si elle ne se faict je marche demain avec bien douze cens chevaux et quatre cens hommes de pied, resolu de faire une tentative pour mettre cette place a l’obéissance. Je meine quatre pièces de canon et espère avec l’ayde de dieu un bon sucés. Si la place se prend, je pousseray ma poincte et avecq vaisseaux marchands, quelques brigandine et chaloupes. Je suis resolu d’attaquer l’isle de noirmoutier, estimant par toutes les aparences que le Cardinal de Retz et le duc de brissac y sont. Tout y a que je n’oublieray rien pour advancer le service du Roy et reparer le malheur que j’ay eü qui n’eüst pas arrivé sans mon extreme maladie. Jay encore la fiebvre toutes les nuict. Mais dieu me conservera asser de forces pour confondre mes ennemis, estant persuadé, que vous me faictes cette justice de ne  doubter pas de la pureté de mon cœur qui sera toujours porté. Je vous proteste à vous honorer et a vous temoigner par toutes mes actions que je suis, Monsieur, votre tres humble et tres affectionné serviteur.

 

 La Meilleraie. »

-----------------------------------------

 Autre lettre du Maréchal au même interlocuteur.

 «  Le Maréchal de la Meilleray du 18 août 1654 »

 « A minuit et demy 18 venant au 19.

 Je ne puis mieux vous exprimer ce qui s’est passé a la prise de possession du Chasteau de Machecoul qu’en vous envoyant la lettre que mon fils m’escrit. Vous verrez par icelle comme le Roy est maistre de la place. Je vous supplie qu’on m’envoye un exempt ou telle autre personne qu’il plaira au Roy pour  auquel je la feray consigné. A l’heure même je m’en vais travailler suite a ce qui reste de cette affaire, laquelle je porteray tout aussi advantageusement qu’il me sera possible pour le service de sa majesté. Je n’en escris point a son E : car j’estime que dans ces rencontres il fault plustot des effects que des paroles de compliments..

 La Meilleraie »

 SHAT Vincennes 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 avril 2006 3 19 /04 /avril /2006 15:54

 La baronnie de Retz est l’une des neuf baronnies d’ancienneté du duché de Bretagne. Au fil des successions, de nombreux héritiers se prétendirent détenteurs du titre de baron,  multipliant ainsi d’interminables procédures.

 On sait qu’à la date du 15 octobre 1539, la baronnie appartenait à deux seigneurs  :

- Jacques du Croisil, chevalier, baron de Rais, seigneur d’Ardenne, du Plessis-Guérif et de Saint Mars. Jacques du Croisil avait épousé Jeanne Sauvage, sœur de Tanguy Sauvage, sieur du Plessis-Guerry, descendants tous deux de leur aïeul Guillaume Sauvage vivant en 1388. Ce dernier avait épousé Marie de Laval (fille de Foulque de Laval et de Jeanne Chabot dite La Folle). De ce fait il possédait certain droit à la baronnie de Rais.   

- Claude d’Annebaud, maréchal de France, baron de Rais, après son mariage avec Françoise de Tournemine, baronne de Rais et de la Hunaudaye.Claude d’Annebaud eut deux enfants de ce mariage, Jean et Madeleine. Madeleine épousa en première noce Gabriel de Saluces en 1544. Puis devenue veuve, elle se remaria avec Jacques de Silly, comte de Rochefort. Quant à Jean, chevalier, sire et baron d’Annebaud, baron de Rais, la Hunaudaye etc. épousa en première noce Antoinette de la Baume, comtesse de Châteauvillain, et en seconde noce, la belle et savante  Catherine de Clermont. Le contrat de mariage fut passé en la ville de Poitiers, le 28 avril 1558. Jean fut mortellement blessé à la bataille de Dreux (1562) et disparut sans héritier.   

 

 

 

 

 

 Une fois veuve, Catherine de Clermont s’employa avec sa mère, Jeanne de Vivonne, dame de Dampierre, à s’assurer du titre de la baronnie de Rais. Jean d’Annebaud avait accordé à sa seconde épouse une rente de 2500 livres, constituée à titre de douaire coutumier et garantie « sur tous le biens, terres et seigneuries dudit seigneur d’Annebault. » Etait-ce suffisant pour que Catherine puisse se proclamer baronne, comme le soutient l’historien Du Paz qui affirme que Jean d’Annebaud fit donation de la baronnie à Catherine de Clermont ?

Les conditions de cession de la baronnie.

 

Dans une lettre, Charles IX, aux gens de la Chambre des comptes et trésorier de France en pays et duché de Bretagne, datée de Cognac du 23 juin 1565, leurs fait don : « de la somme de vingt mil livres tournois pour les lotz et ventes et autres droit  en raison de l’acquisition faite moyennant la somme de six vingt mil livres tournois du sieur de Rochefort et de dame Magdeleine de d’Annebault son épouse du surplus de la terre et baronnie de Retz et aultres terres et seigneurie qui en despendent, tenuez et mouvans de nous à cause du château de Nantes. »… « en considération des grands et recommandables services que deffuntz leurs mariz ont faictz aux feux roys nos prédécesseurs et à nous tant au fet des guerres que  en plusieurs manieres aultres louables sortes et manières. »

Cette cession aurait eu lieu vers 1562. La venderesse, Madeleine d’Annebaud était la sœur de Jean d’Annebaud, tous deux héritiers de Claude d’Annebaud. 

              

Le contrat de mariage, d’entre Albert de Gondi et  Catherine de Clermont,  passé à Cognac le 4 septembre 1565 précise : «  La dite Dame au cas que ledit seigneur la (sic) survive, luy donne en faveur de noces, la Comté et Baronnie de Retz, ses appartenances et dépendances par elle acquises des Sieur et Dame de Rochefort, à la charge, par ledit sieur futur époux d’acquitter icelle Dame ses hoirs et ayants causes de la somme de 69750 livres à elle prestée Par Révérend Père en Dieu, Messire Pierre de Gondi, Abbé de la Chassaignes et employée par icelle Dame à l’acquisition de portion desdits Comté et Baronnie de Rets : de payer en outre la somme de 6000 livres d’une part à Madame de la Touche Lemosinière et autre somme de 3000 livres au Prieur (sic)du Plessis-Guerry et 1500 livres au sieur Dubois, au paiement des quels icelle Dame estoit tenue envers lesdits Sieur et Dame de Rochefort par ledit contrat d’acquisition… » … «  Lesdits futurs conjoints n’entreront en aucune communauté de biens, sinon dix ans après qu’ils auront esté mariéz ensemble. » Dans une autre lettre datant de 1573, le roi mentionne la vicomté de Retz qui précéda donc le titre de comté. De ce contrat, il ressort que Madeleine d’Annebaud avait su racheter les droits sur la baronnie aux héritiers de Jacques du Croisil.

Albert et Catherine continuèrent de rassembler les terres et seigneuries constituant ce comté et baronnie. Cette qualité de Baron de Retz, Albert de Gondi la revendiquait de toutes ses forces, s’intitulant lui-même « Comte Doyen Baron de Retz », comme on le voit en 1578, au moment de l’achat de son hôtel parisien de Saint-Germain-l’Auxerrois.  Mais ce titre lui fut souvent contesté.

 

 

 

 

 

                   Sceau de la cour et juridiction de Pornic - 1598

Le duché tombe en quenouille.

Le comté et la baronnie de Retz, érigés en duché en 1581, en faveur de Catherine de Clermont, d’Albert de Gondy et des enfants mâles en ligne directe des Gondy de Retz, tombe  en quenouille en parvenant entre les mains de Dame Paule Marguerite Françoise de Gondy de Rais, à la mort de Pierre de Gondy son père survenu en 1676. Il perdit sa qualité de duché.

Le Présidial de Nantes, au vu des dires du Fermier du Domaine, des conclusions du Procureur du roi, rendit sentence le 16 juillet 1708 et ordonna que la qualité de duché-pairie serait rayée de l’aveu du 16 décembre 1692 et retournera à son premier état : comté et baronnie. Dès lors, bien que le terme « Duché de Retz » continua d’être utilisé par les notaires, il n’était plus reconnu comme tel, mais seulement comme un titre d’usage. Il en sera de même après 1778.

 

 

A la mort de la duchesse de Lesdiguière de Rays, survenue à Paris le 21 janvier 1716, ses petits neveux, héritiers sous bénéfice d’inventaire : Louis Nicolas de Neufville, duc de Villeroy, futur duc de Retz et Paul François de Neufville, archevêque de Lyon, furent désignés comme co-seigneurs de Retz. Des aveux leurs furent rendus à ce titre. Le 15 juin 1718, bien que la succession ne fût point encore réglée, elle ne le sera que le 28 juin 1719, furent reçu à la Chambre des comptes, « les foy, hommage que Messire Louis Nicolas de Neuville, Duc de Villeroy, pai de France etc. étoit tenu de faire pour raison du duché de Rays… au veu des lettres patentes du roi données à Paris le 5 mai 1718. » « Ledit Duché mouvant et relevant prochement et noblement de sa majesté à devoir de foy, hommage, rachat et chambelenage, le cas y advenant. »

Le duché est rétabli.

Le duché perdurera jusqu’à sa vente au marquis de Brie-Serrant, le 18 avril 1778. Le roi ordonna son démembrement par lettre patente du mois de décembre 1779. Le marquis de Brie-Serrant se contenta du titre de « Baron de Retz ».

 

 

 

 

 

 

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