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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 22:25

« Les Gaulois aimaient les calembours, les jeux de mots : la fondation de Krakovie en est la preuve. L’historiographe Vincent, fils de Kadlubek, assure de que la ville, bien qu’elle portait le nom du prince, était appelée ainsi, du cri, du croassement des corbeaux, a crocitatione corvorum. Cette assertion est de la plus haute portée pour les médailles ; car cette espèce d’oiseaux joue un rôle très important dans l’héraldique et la numismatique. La ville de Halitche, dont la Galicie autrichienne tire son nom, et que les historiens  du pays nomment Galis, fondée évidemment par les gaulois, avait pour ses armoiries une corneille, qui de la famille du corbeau. Ces représentations symboliques des Gaulois, par des corbeaux, reparaissent dans la Gaule elle-même : on les voit dans le nom de la ville de Corbilo, située vers l’embouchure de la Loire, qui est très florissante du temps de Polype. Un autre géographe grec, Artémidor, connaissait sur le littoral de l’embouchure du même fleuve, le port des corbeaux. Il apprit qu’on avait dans ce pays deux corbeaux, avec des ailes blanches, auxquels on avait recours dans les querelles et les contestations ; les partis discordants, plaçaient chacun un gâteau sur une colline, et celui dont le gâteau était dévoré par ces corbeaux, était considéré comme vainqueur, et comme ayant la meilleure cause. Le traducteur français de Strabon, relatant ce conte d’après Artémidor, présume « qu’il est possible que ce prétendu port des deux corbeaux, soit le port même de Nantes, et que les deux rives de la Loire qui le terminent par leurs pointes recourbées en forme de bec, aient donné lieu à la fable des deux corbeaux. » S’il avait su d’où venaient les noms de la ville de Corbilo, et du port des corbeaux, certes, il n’aurait pas fait d’hypothèses si insignifiantes, il ne qualifierait point de prétendu le port qu’il pense retrouver dans un port rel. La vénération du corbeau fut donc établie chez les Celtes-Gaulois ; aussi, non loin de Corbilo et du port des deux corbeaux, chez les Corisopites, la monnaie portait un corbeau, comme on voit sur celle découverte en masse à Quimper, et publiées dans la revue numismatique, tome 1, n° 2. Les numismatistes n’ont pas reconnu que c’était un corbeau, cependant c’est très clair. On signale souvent sur des médailles gaulois des oiseaux de proie, et ce sont des corbeaux. Le conte sur les corbeaux pénétra plus au nord, et les poëtes islandais chantèrent les deux corbeaux Hugin et Munin, qui apportaient des nouvelles au dieu suprême Odin, en lui suggérant de bons conseils, quand ils montait Sleipner, son coursier à huit jambes, pour faire ses promenades dans le coin des médailles gauloises. Nous voilà bien loin de Krakovie, et de notre amateur anonyme qui voudrait nous faire retourner à Krakovie, et moi je désire autant que lui, sachant qu’il ne lui suffit d’avoir des preuves évidentes, démontrées par une monnaie gauloise fruste, fabriquées à Krakovie, et qu’il désire en connaître d’autres.  …. »

 

Tiré des « Etudes numismatiques et Archéologiques, par Joachim LELEWEL, premier volume,Types gaulois, ou Celtiques, Bruxelles, P.-J. Voglet, Imprimeur-Libraire, rue de la Montagne, n° 29 – 1841

 

Joachim Lelewel, 1786-1861, historien polonais, il fut l’un des pères de la numismatique moderne au début du XIXe siècle. Ses travaux numismatiques ont laissé à ses successeurs un important recueil d’études enrichi par ses observations. En Belgique, il fonda le Cabinet de numismatiques de la Bibliothèque royale et a posé les fondations de la numismatique belge (Wikipédia)

 CORBEAU-BITURIGES-CUBI.JPG

                                 Monnaie des Bituriges

 

CORBEAU BLANC

                                    Corbeaux blancs

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