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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 17:00
      PORNIC ET SON PORT        
 
                                                 1844
 
 
 Nous portons à votre connaissance le brouillon de Mr. Chevas  sur l'histoire de Pornic inachevée et donc non publiée à ce jour, mais d'un grand intérêt pour les "amoureux"de Pornic.
 
                             "Le chateau et les bains au milieu du XIXe siècle"
 
«                     SITUATION ET ASPECT
 
    … La petite ville de Pornic est bâtie en amphithéâtre sur un coteau élevé à plus de 25 mètres au-dessus du niveau de la mer ; la ville basse, appelée aussi les Sables ou le port, est au pied de ce monticule
.
   Pornic compte à peu près vingt rues qui ne sont encore désignées que par des appellations souvent arbitraires et par cela même incertaines ; bien généralement on soit d’accord sur les noms suivants : Grande-rue, de Tartifume, de Saint-André, du Calvaire, de L’Eglise, des sables et de Sainte-Anne.
 
   Les rues sont généralement étroites et mal pavées ; cependant grâce à leur pente, elles ne retiennent points les eaux pluviales ; elles sont moins boueuses que leur situation matérielle pourrait le faire supposer.
 
   Il y a deux places à Pornic, celle de l’Eglise et celle du Marché ou du Marchix.
 
   Pornic possède une promenade, appelée la Terrasse ; elle est au devant de l’entrée du château ; de ce point l’œil découvre sans peine une partie de la baie de Bourgneuf et le bois de la Blanche dans l’île de Noirmoutier.
 
   Si l’on traverse le port et que l’on se place sur une des pointes de rochers, qui se trouvent dans le S. de la ville, on a sous les yeux un délicieux panorama ; à droite, dans l’horizon, se montre une vaste plaine, dénuée d’arbres ; si l’on reporte sa vue sur la gauche, c’est la ville est ses maisons qui semblent superposées ; la blancheur des murailles relève l’éclatante couleur de la tuile ou fait mieux ressortir le sombre aspect des couvertures en ardoises ; un toit apparaît à peine au niveau des plus hautes maisons ; du milieu de ce toit s’élève l’aiguille du clocher, signe non équivoque de la destination du bâtiment, qui sans elle, vu de ce point, aurait l’apparence d’une vaste grange. A la suite des quais ou du quartier des Sables, on aperçoit auprès de la plage où les baigneurs prennent leurs joyeux ébats, la salle des bains thermaux, assise sur un rocher, et dominée par une des vieilles tours du château, sur le sommet de laquelle a été édifiée une habitation moderne ; plus loin sur la droite de cette construction, l’horizon est dominé par le calvaire entouré d’arbres, qui, sans dérober à la vue, ce signe révéré du catholicisme, semble par un temps couvert, former autour de lui comme un nuage orageux.
 
   De l’autre côté de la plage apparaît l’élégante maison de la Malouine, avec son toit à l’italienne ; comme la salle des bains, elle semble surmontée par une tour de l’ancien château, et sa blancheur éclatante forme un charmant contraste avec la verdure des promenades, le tout le ton sombre des rochers sur lesquels elle s’avance dans la mer.
 
  Le point culminant sur lequel est placé le calvaire, est encore un de ces lieux d’observation où les amateurs d’immenses perspectives plutôt les artistes vont chercher des émotions.
 
   Dans la ville tout est récent et annonce l’aisance ; les maisons composées, pour la plupart, d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage sont annuellement blanchies au lait de chaux, et on un air de propreté que l’intérieur vient rarement démentir.
 
   Le port est de ceux que l’on nomme à marée, c’est-à-dire, restant à sec après le reflux ; il est profondément encaissé entre deux coteaux hérissés de rochers ; celui du nord sur lequel la ville est assise et à l’opposite celui de Gourmalon.
 
   La mer brise fortement à l’entrée de ce port ; située dans la partie nord de la baie de Bourgneuf, entre la point de Gourmalon et celle de la Noë-Vieillard, son ouverture à 2450 mètres de largeur, et, de cette entrée à son extrémité Est sa longueur est de 1200 mètres ; là il est terminé par une chaussée à écluse retenant les eaux du canal ou de la rivière de Haute-Perche ; jadis la chute d’eau de ce canal faisait mouvoir un moulin à farine ; ce moulin existe encore mais ne fonctionne plus depuis quelques années.
 
   Dans les petites marées, le port reçoit à son entrée quatre mètres d’eau, il en reçoit six dans les syzygies ; au fond ou à l’extrémité cette quantité est beaucoup moindre.
 
   Les quais sont mal construits et mal alignés, ils se ressentent de l’époque reculée à laquelle ils ont été édifiés.
 
   En mer, à trois kilomètres à l’entrée du port, sont les rochers nommés Basse-Notre-Dame, et du Caillou ; ces écueils bien connus des marins, restant à sec après chaque marée, deviennent un point où la pêche est facile et habituellement abondante.
 
 
                                  GEOLOGIE
     Le Schiste et le Micaschiste sont les roches dominantes : quelque peu de grès ferrifère se rencontre près la route de Paimboeuf, à la sortie nord de la ville.
 
                              AEOROGRAPHIE
   L’air de Pornic est vif et sain ; les habitants du port ou de la basse ville n’éprouvent jamais les incommodités que l’on ressent du voisinage de lieux humides ou marécageux ; l’on doit attribuer la cause de cette salubrité exceptionnelle au fond sablonneux du port, continuellement baigné par le flux et le reflux de l’océan.
 
   Les vents de N., N.-E., E. et S.-E., règnent habituellement pendant le printemps et l’été. Les opposés dominent dans les autres saisons ; cependant il n’est pas rare de voir dans les mois de mai, juin, juillet et août les vents souffler le matin dans la partie de l’Est et passer le soir à l’Ouest.
 
   Rarement des épidémies meurtrières viennent désoler le pays. Le choléra asiatique y a fait peu de victimes et le nombre des naissances l’emporte constamment sur celui des décès.
 
   Comme exemple de longévité, il est peu de famille qui ne puisse présenter son patriarche octogénaire.
 
   « Les maladies qui règnent le plus communément, dit M. Guilmin[1] et que l’on doit attribuer à la force de l’air, à la fréquence des variations atmosphériques, au voisinage de la mer et à l’action continuelle des vents, consistent dans les inflammations des organes pulmonaires, dans las affections rhumatismales et les lésions muqueuses. Le scrofule y est presque inconnu, et rarement on rencontre des cas de phtisie, de carreau mésentrique et de fièvres intermittentes dites essentielles. La température de l’air quoique variable est assez modérée. Les chaleurs ne sont pas excessives, ni le froid très rigoureux. Il est bien rare que le thermomètre s’élève à plus de 28 degrés Réaumur, de même qu’on ne le voit pas descendre à 8 degrés au-dessous de zéro. Sa hauteur moyenne est de 12 à 15 degrés. Le baromètre ne monte presque jamais au-dessus de 77 centimètres, et à quelques exceptions près, il ne descend pas au-dessous de 74. Bien qu’il ne se manifeste de brouillards qu’à de très longs intervalles, il arrive quelquefois qu’on ressente dans la même journée le froid de l’hiver et la chaleur de l’été. Aussi donnerai-je le conseil d’apporter, aux eaux de Pornic des vêtements de toute saison. »
 
 
                             HYDROGRAPHIE
 
   Les seuls cours d’eau de Pornic sont d’abord le ruisseau venant de Sainte-Marie, lequel[2] traverse et fertilise le jardin de Retz, situé au bas de la Terrasse ; sa longueur est de 370 mètres.
 
 Ensuite, sur une longueur de 380 mètres la partie E. ou N.-E. est baignée par les eaux du canal de Haute-Perche.
 
   La source ferrugineuse de Malmy ou de Gourmalon, faisant partie autrefois de la commune du Clion, aujourd’hui de celle de Pornic, a été, sans doute, soumise plusieurs fois à l’analyse chimique ; celle faite en 1827 par M. Hectot a donné les résultats suivants :…
 «  Analyse, dit le docteur Priou, prouvant que les eaux de Gourmalon sont douées de qualités curatives incontestables. »
 
   La source est distante de Pornic d’environ un kilomètre, dans la direction du Sud ; elle se trouve placée au fond d’une large crevasse de rocher formant une espèce de grotte, vis-a-vis de laquelle, on remarque d’énormes bloc de Schiste quartzeux, où plus d’un buveur sentimental a gravé des initiales de lui sel comprises. L’eau minérale coule par les fentes du rocher dont l’élévation est de 12 à 14 mètres. Plusieurs filets se réunissent dans un petit bassin creusé au pied du roc et de là se rendent à la mer. M. Priou, auquel nous empruntons ces détails, estime qu’ils fournissent à peine un demi-litre d’eau par minute. Les parois de la grotte sont enduites d’une matière jaunâtre ocracée qui décèle la présence du fer. Cette source est située à Malmy, près de la pointe de Gourmalon. On y descend par un escalier commode construit en pierre de taille.
 
   Dans l’intérêt des malades, il est un inconvénient fort grave à signaler à l’administration départementale ; la source est loin de toute habitation ; pas une chambre, pas un arbre pour se mettre à couvert. Ne serait-il pas urgent qu’une maisonnette semblable à celle de la commune de la Plaine, fût bâtie sur le sommet du rocher ? Les buveurs ne seraient plus exposés aux injures atmosphériques. Cette mesure est réclamée généralement et avec instances : elle entre dans le domaine de la salubrité publique.
 
   On objecte que cette dépense doit incomber à la commune ; cette objection perdra peut-être de son importance si l’on considère que le concours des voyageurs qui se rendent à la source est favorable, non seulement à la commune où cette source est située, mais encore aux communes limitrophes. Les étrangers appelés chaque année à Pornic ne s’arrêtent-ils donc pas plus ou moins longtemps à Paimboeuf et surtout à Nantes ? Si cela est incontestable, sera-ce une erreur de regarder à la dépense dont il s’agit, comme ayant une sorte de caractère d’utilité départementale ?... Nous ne saurions le penser.
 
   Les fontaines et puits particuliers creusés dans le roc sont en assez grand nombre et fournissent suffisamment à la consommation quotidienne une eau excellente, fors ceux du quartier des Sables, dont les eaux contiennent des sels en suspension.
 
   La plus utile de ces fontaines est celle de Tourte, autrefois de la commune de Sainte-Marie ; elle est situé dans le Nord-Est de la ville, autour sont rangées quelques auges ou baquets en pierre de granit appelés « timbres » , dans lesquels se font les lessives ; c’est le rendez-vous général des commères, c’est là que se fait la chronique journalière et quelquefois scandaleuse du pays.
 
 
                                  BOTANIQUE
 
   Pornic est tellement exploré chaque année par l’artiste et le savant, que l’on se trouve à même d’indiquer plusieurs de ces plantes particulières que cette commune fournit à la flore départementale.
 
La statice à fleurs de paquerettes.- Le thésion couché.- La soude ligneuses aux qualités apéritives et diurétiques, plantes s’élevant de 288 à 576 millimètres.- L’arroche couchée.- Le warech plié, aux couleurs variables, le même pied offrant quelquefois les teintes blanchâtre, jaune et rouge.- L’ulve intestinale.- La doradille marine, croissant dans l’anfractuosité des rochers.- L’agrostis maritime aux feuilles dures, piquantes et courbées en goutières.- Le paturon maritime, aux fleurs de trois millimètres de longueur.- La rotbolle couchée.- Le froment, fausse rotbolle croisant sur les murs.- Le pavôt à massue, aux capsules presque cylindriques.- La sabline marginée, aux grandes fleurs et aux graines plates.- Le tamaris pentandrique, joli arbrisseau aux fleurs blanches ou purpurines, aimant les lieux frais.- Le rosier pimprenelle, arbrisseaux à rameaux courts droits et nombreux, remarquables par les aiguillons grèles, droits et inégaux dont il est abondamment pourvu.- Le mélilot à petites fleurs.- Le treffle raide et celui de boccone.
 
   A plus d’un kilomètre de la mer, la végétation languit ; on ne rencontre point d’ombrage ; l’œil n’aperçoit que des plantes étiolées et des arbres nains et rabougris.
 
 
                               POPULATION
 
……
 
                 MŒURS, USAGES, COSTUMES
  
   La population aime la propreté ; dans la plus chétive demeure, chaque chose révèle à cet égard le goût et les tendances de ceux qui l’habitent.
 
  Les hommes adonnés, pour la plupart, à la navigation, portent le costume des marins.
 
   Les femmes se font remarquer par la finesse et la régularité de leurs traits, par une aisance de manières qui semble toujours naturelle.
 
   Leur mise élégante et coquette est encore relevée par leur coiffure légèrement arrondie à son extrémité ; cette haute pyramide est soutenue par un carton recouvert d’un papier bleu qui fait avantageusement ressorti la blancheur des dentelles ; derrière la tête, le cheveux sont relevés en chignon, tandis que de chaque côté deux boucles s’échappent capricieusement et viennent donner une nouvelle animation à la physionomie.
 
   En général et quoi qu’on dise, d’une santé robuste, d’une gaîté continuelle, fruit de l’air pur et de l’aisance dont ils jouissent, les habitants sont polis, affables et bienveillants envers les étrangers, répondent avec empressement et politesse aux questions qu’on leur adresse et mettent une grande complaisance à rendre tous les petits services à chaque instant réclamés.
 
   Il y a moins d’un demi siècle la Terrasse était le rendez-vous général de la population, et là mêlés et confondus, sans distinction de rang et de fortune, tous se tenant par la main et ne formant qu’un rond, dansaient jusqu’à ce que l’heure ou la fatigue les invitât au repos.
 
   Quelques années plus tard, des sociétés particulières se formèrent, on se « tria » ; dans ces réunions on joua, mais sans oublier la danse et l’on vit plus d’une fois le curé de la paroisse, M. Jagorel, quitter le piquet ou le jeu de loto pour prendre le violon, aux accords duquel il se complaisait à faire danser ses jeunes paroissiennes, pendant que leur musicienne ordinaire, prenait un instant de repos autour du tapis vert.
 
   L’avènement de la Restauration apporta quelques modifications, les sociétés se « trièrent » encore davantage, une certaine réserve, un peu de dévotion devinrent à la mode et probablement on s’amusa moins.
 
   Parmi les vieux usages on remarque celui du « Gui-l’an neuf » ; la fabrique paroissiale qui ne recule pas devant cette pratique toute payenne, fait aux approches du nouvel an, quêter ses marguilliers ; armés d’une longue perche ornée de verdure, ceux-ci se présentent à chaque porte, l’un dépose dans un sac ce que l’on a donné pour l’église.
 
   Les quêteurs formulent leur demande dans une chanson dont le refrain est « Nau, Nau pour le bon Dieu ».
 
   Cette vieille prose rimée est-elle toujours la même ? on n’oserait l’affirmer. Il y a trente ans, on en chantait une dont le couplet est resté dans nos souvenir.
 
                   Si vous ne voulez rien donner,
                   Donnez-nous la chambrière :
                   Nous la mènerons au pailler,
                   Et lui ferons bonne chère.
                            Nau, Nau pour le bon Dieu.
 
 
Les dons faits en nature se vendent au jour indiqué par la fabrique, dont ils ne sont pas les moindres ressources.
 
                             ADMINISTRATION
 
   Pornic, avant la Révolution était, sous le rapport ecclésiastique, l’une des cinquante paroisses du climat et doyenné de Retz, l’une des trente-trois cures du même doyenné et dépendante de l’abbaye de Sainte-Marie. Sous le rapport judiciaire c’étaient l’une des trente-neuf paroisses de la menée de Retz ; enfin, sous le rapport administratif l’une des onze de la subdélégation de Paimboeuf.
 
   Pornic était encore une capitainerie des milices garde-côtes de l’inspec tion de Bretagne. Cette capitainerie était composée de dix compagnies ayant chacune son capitaine et son lieutenant, savoir : deux compagnies de Paulx, deux de Machecoul, deux de Bourgneuf, une de Cheméré, une de Saint-Hilaire de Chaléons, une de St.-Père-en-Retz et enfin celle de Pornic.
 
    Aujourd’hui, sous le rapport religieux, Pornic est une cure de canton.
 
   Sous le rapport judiciaire , c’est le siège d’une justice de paix, ayant dans son ressort, outre Pornic, les communes d’Arthon, le Clion, Ste-Marie, St-Michel et la Plaine ; et enfin sous le rapport administratif, Pornic à
a un maire, un adjoint ; son conseil municipal est composé de douze membres à la nominations de cent seize électeurs.
 
   Une brigade de gendarmerie à pied réside à Pornic.
 
   Cette ville est encore la résidence d’un commissaire des classes de la marine et d’un capitaine de port ; son quartier maritime se compose de tout le littoral, depuis Bourgneuf jusqu’à St-Michel compris ; la population de ce quartier est de cinq à six cents marins, dont quatre cents valides sont susceptibles de pouvoir faire le service ou les voyages de longs-cours ; le surplus s’occupe de la pêche et des travaux du port.
 
   Un receveur des douanes, subordonné à celui de Paimboeuf est fixé à Pornic, ainsi qu’un capitaine de la même administration, ce chef du service actifa sous ses ordres les huit brigades de la Sennetère, la Bernerie, Pornic, le Porteau, Préfaille, la Rue, les Cormiers et St-Michel.
 
   Le percepteur des impôts directs dont le bureau est à Pornic, reçoit en outre les contribution du Clion, de Ste-Marie et de la Plaine.
 
Résident également à Pornic : un receveur de l’enregistrement, un receveur des contributions indirectes et deux notaires.
 
                                     FINANCES
 
….
 
                                  INSTRUCTION
 
   L’ école communale des garçons reçoit dans une maison tenue à loyer, cinquante et quelques élèves, par mois ; sur lequel vingt sont admis gratuitement ; la rétribution fixée à 2 fr. 50 c. donne un éventuel de 700 fr. environ ; le traitement fixe est de 200 fr.
  
   L’école communale de filles, de son côté reçoit cinquante élèves en été, quarante-six en hiver ; le taux de la rétribution fixé à 2 fr.50c. produit un annuel de 900 fr. ; le traitement fixe est de 50 fr. seulement. Cette dernière école, placé dans une position agréable, à plusieurs pensionnaires.
 
   Une petite école privée, à la modique rétribution de 50c. par mois, à dix à 12 élèves.
 
                                        HOSPICE
 
Pornic possède un hôpital dont le revenu est d’environ 2000 fr. ; on y trouve dix lits pour les malades. Situé sur un coteau élevé il est dans une position tout-à-fait appropriée à sa destination ; ses dépendances consistent dans une vaste prairie et de beaux jardins qui entourent ses bâtiments.
 
   Cinq communes Pornic, Chauvé, Sainte-Marie, le Clion et Saint Michel, ont seules droit à placer des malades dans cet établissement.
 
                                   AGRICULTURE
 
   Sous le rapport agricole, Pornic ne peur être compté pour quelque chose, le jardinage seul y est florissant et depuis quelques années à fait de notables progrès, grâce au concours habituel des voyageurs, qui, dans cette commune plus qu’ailleurs, ont augmenté les besoins de production
 
                        COMMERCE ET INDUSTRIE
 
   Sous le point de vue commercial Pornic ne manque pas d’une certaine importance. Journellement il sort ou il entre dans son port un nombre considérable de barques qui exportent les blés, les bois de chauffage et les briques ou tuiles provenant des communes voisines. Noirmoutier, le Pilier, l’Ile-Dieu, et le Croisic y envoient des engrais de toutes les espèces, mais principalement ceux appelés « cendres », produit des varechs et fiente d’animaux qui se brûlent dans les îles et sur le littoral de l’océan. Ce commerce d’engrais occupe depuis le mois d’avril jusqu’à la fin septembre une trentaine de petits navires. De Pornic, ces engrais se transportent, par le canal de Haute-Perche, ou par des charrettes à boeufs, dans les communes environnantes, toutes riches et bien cultivées.
 
 
   Le déchargement des cendres occupe une partie infime de la population et particulièrement les femmes, qui traitent à la batelée et reçoivent environ un franc par tonneau de jauge du navire.
 
   Les barques de Pornic, au nombre de quarante-deux, construites sous forme de lougre ou de chasse-marée, du port de dix à quarante tonneaux, font de la navigation appelée du grand et petit cabotage, sur les côtes de Bretagne, du Poitou et de la Saintonge.
 
   Bien que l’on compte à Pornic dix ou douze capitaines au long-cours, cette navigation n’a point exclusivement lieu par des navires appartenant à son port, qui reçoit tous les ans des navires venant du dehors et apportant de Nantes, de Bordeaux ou autres lieux, de l’épicerie, des bois et matériaux propres à la construction.
 
   Année commune il sort de Pornic pour Bordeaux, Rouen, Marseille, Bayonne et autres lieux, deux mille tonneaux de blé, principalement du froment.
   On construit à Pornic des barques de quatorze à quinze tonneaux, et avec grande économie on y fait les réparations et radoubs.
 
   Pendant la saison des bains, une douzaine de petites barques partent le matin pour Noirmoutier et reviennent le soir ; souvent la traversée dure qu’une heure et demie.
 
   La ville est convenablement pourvue des choses nécessaires et offre toutes les ressources désirables aux étrangers, en étoffe, chapellerie, coutellerie, quincaillerie et tous autres objets d’un usage journalier.
 
   Il y a deux marchés par semaine à Pornic ; le plus considérable, celui du mardi, se tient sous la halle et celui du dimanche sur la place du Marchix, à l’issue de la première messe. On y trouve du poisson et de la volaille à un prix fort raisonnable ; des fruits et légumes et du beurre de première qualité, seulement il est peut être un peu trop salé pour le goût parisien.
 
   Plusieurs bouchers tuent deux fois la semaine et vendent du mouton d’un goût délicat qui ne le cède en rien à celui des Ardennes.
 
   Il y a quelques pêcheurs à Pornic, mais généralement la ville est approvisionnée par ceux de Bourgneuf et de la Bernerie.
 
   Pornic à quatre foires, les 15 juin, 2 septembre, 15 octobre et 1er décembre. Celle de septembre, dite de la St-Gilles, est ordinairement plus considérable ; on y trouve des étoffes, de la mercerie et de la bimblotterie étalées sous la halle ; sur la Terrasse se pressent de cent à cent cinquante bœufs, deux ou trois cents vaches, pareil nombre de porcs, une cinquantaine de chevaux et un nombre à peu près égal de « bourriquets », monture habituelle des femmes du pays.
 
   Mais la véritable richesse de Pornic, c’est la visite annuelle et le séjour des étrangers que leur santé, la mode ou le besoin de distraction conduisent dans ce pays.
 
   Au commencement de ce siècle, les eaux de Gourmalon étaient connues, mais elles n’entraient pas aussi souvent dans les prescriptions des hommes de la science médicale ; quelques personnes de Nantes ou de Paimboeuf venaient mettre pied à terre chez leurs amis ou leurs connaissances, car alors il n’y avait que deux tristes auberges et il eut été difficile de trouver de trouver un gîte.
 
   On allait à la fontaine boire un verre d’eau. Se trouvait-on un certain nombre ? Le garde des signaux laissait cuire, dans sa chambre, les provisions, certain qu’il était d’avoir sa part du repas improvisé.
   Un musicien était-il des convives ? la danse ne tardait pas à s’organiser et les buveurs y venaient s’y réunir.
 
   Cette partie de plaisir se renouvelait pendant huit à quinze jours, les étrangers s’en retournaient pour ne pas abuser de l’hospitalité,et les eaux de Pornic, non moins salutaires qu’aujourd’hui, ne rapportaient au pays qu’une insensible augmentation dans les prix des poissons de choix ; quant aux fruits et aux légumes les seuls jardins de Retz et de l’hôpital pourvoyaient largement à la consommation.
 
   La science et la mode n’avaient pas encore dit leur « mot » des bains de mer. Mais lorsque M. Lebreton eût acquis et réparé le château, qu’il eût formé une société par actions pour la construction d’une maison propre à recevoir les étrangers, que M. Luminais fût devenu propriétaire de la Malouine, dont son prédécesseur, M. Desbrosses-Dessalines, avait un lieu plus original qu’élégant ; alors les bains de mer et la source minérale se virent prôner par quelques curieux enthousiastes de l’agréable et de l’utile, et la vogue fut à bon droit acquise à Pornic.
 
   MM. Lebreton et Luminais sont donc les bienfaiteurs du pays.
 
   Bientôt l’Etablissement et l’hôtel Dupont ne purent recevoir tous les visiteurs ; il fallut louer un abri sous le toit des habitants, qui promptement comprirent quels avantages pourrait leur donner un tel état de choses.
 
   Les maisons s’agrandirent, des étages se superposèrent et les Pornicais, mettant du luxe dans leur propreté naturelle, firent de leurs pays la ville de France la plus remarquable par cette vertu[3].
 
   Maintenant les deux tiers des habitants ont une ou plusieurs chambre à louer, et non seulement on y trouve le coucher, mais encore tous les objets nécessaires au service culinaire ; de sorte que, si par goût ou par une sage économie, on fuit le luxe de l’Etablissement ou le confortable de l’hôtel, on peut gager une cuisinière et trouver le nécessaire à son service, dans la réserve du locateur ; on peut encore user du restaurant qui sert à domicile.
 
   Les distractions sont nombreuses à Pornic : le jeu, la musique, les promenades, les courses à cheval ou sur l’âne pacifique, la danse, la lecture, tout se trouve sous la main et le malade qui a promené son douloureux ennui pendant une saison, manque rarement de venir en bonne santé voir les lieux qui lui ont procuré d’agréables distractions, lui ont laissé quelques doux souvenirs. 
 
 
                          COMMUNICATIONS
 
….. le projet de Brie-Serrant/Galipeau….
 
   Un autre projet est resté en portefeuille, par modestie trop grande de son auteur, a été dressé par M. Michon, commissaire des classes de Pornic, avec un plan dessiné par M. Hoiry, capitaine du port de la même ville ; cette œuvre, qu’il est à désirer de voir imprimer, nous semble préférable au projet de Brie-Serrant.
 
   Au lieu d’arriver, par l’Acheneau, comme dans le projet de 1789, le canal de M. Michon arriverait directement à Nantes.
 
(Il semble que ni Chevas, ni Michon n’ont eu connaissance de la totalité du projet de Brie-Serrant.)
 
« Les navires qui vont à Nantes, dit l’auteur, à partir du Pilier, aurait bien moins de chemin à parcourir, s’il existait un canal à Pornic, et en outre ils seraient bien plus promptement à l’abri du danger, considération d’une haute importance, puisqu’elle tient à la vie des hommes et à la fortune des armateurs.
 
                              
                  MONUMENTS, ANTIQUITES
 
…………
   Le château de Pornic, pris dans son ensemble et vu de la rive opposée, offre un bizarre assemblage de vieux donjons et constructions nouvelles.
 
   A sa base, sur le rocher où il est assis, on remarque une croix en pierre, inclinée, dont le nom rappelle avec le souvenir du Christ, les guerres sanglantes, dont sa religion a été le prétexte, c’est la croix des huguenots[4].
 
   Autrefois dans la cour du château il y avait un vaste bâtiment au centre duquel était une chapelle voûtée ;[5]tout a été démoli, l’antique construction est aujourd’hui remplacée par une petite terrasse sur laquelle une maison de peu d’importance, adossée à la tour sud, a été édifiée.
 
   Au pied de la tour nord se trouvait l’ancienne prison seigneuriale, il n’en reste aucune trace ; une nouvelle maison de maître et quelques bâtiments de servitude occupent maintenant la place des noirs cachots.
 
   Il ne reste que les bases de la tour de l’est et celle de l’ouest, lesquelles sont au niveau de la cour, aujourd’hui transformée en jardin anglais ; de ce point couvert de frais ombrages, la vue s’étend sur les campagnes environnantes, sur la ville, le port et la baie de Bourgneuf.
 
   Quand on considère de monument d’un autre âge, dont les murs ont trois mètres d’épaisseur à la base et deux mètres dans leur partie supérieure et qui néanmoins a pu résister aux efforts du temps, on se prend involontairement à réfléchir sur la destinée de nos constructions modernes.
 
  
 
 
 
 
 


[1] M. Guilmin, ancien chirurgien des armées et hôpitaux militaires, membre de la société académique de Nantes, médecin demeurant à Pornic…
[2] Le Cracaud.
[3]« on assure que depuis dix à quinze ans, il a été dépensé à Pornic en constructions nouvelles, augmentation ou réparations, achat de mobilier, etc., une somme que l’on peut hardiment porter à près de un million.
   On assure également que chaque saison, l’étranger verse à Pornic une somme de cent à cent vingt mille francs.»
[4] « La tradition attribue l’édification de cette croix à quelques protestants convertis à l’époque de la révocation de l’édit de Nantes. »
[5] « C’est dans ce bâtiment que le serrurier Chauvet surnommé Misère, se prétendant créancier du Duc de Villeroy, s’était, à l’époque révolutionnaire, préparé un asyle : M. Lebreton devenu acquéreur eut la plus grande peine à vaincre l’obstination du serrurier, qui avait la prétention de garder son logement à titre d’indemnité d’une créance réelle ou fictive. »

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