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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 22:56

Pour cette malheureuse journée de la bataille des Cardinaux, nous faisons appel ici à un témoignage de l'époque pour nous décrire ce combat. Pour le témoignage du Maréchal de Conflans, vous pourrez en prendre connaissance dans l'ouvrage collectif " La défense des côtes atlantiques de Vauban à la Révolution : l'exemple du comté nantais." de J-F Caraës, P. Pipaud, M. Legault et S. Perréon, publié par Pornic histoire. En vente à l'Espace culturel Leclerc de Pornic.

En seconde partie de cet article nous annexons un extrait d'un commentaire sur cette funeste bataille, par un auteur non identifié, daté de 1759, analysant les causes du désastre, et une lettre de Hawke datée du 24 novembre 1759.


                                              "La bataille du 20 novembre 1759"

« RELATION DU COMBAT NAVAL

Du 20 novembre 1759

L’escadre du roi sortit de la rade de Brest le 14 novembre.
à deux heures nous fûmes à la pointe de Saint Matthieu ; et
peu de tems après nous apperçûmes par notre tribord une fré-
gate angloise, elle etoit mouillée en station, et avoit sans doute
communication avec l’escadre de la même nation mouillée de-
puis trois jours sous Ouessant.

Le 15, sur les neuf heures du matin nous vîmes par notre
bas-bord une autre fregate, à qui l’Hebé donna la chasse inu-
tilement jusqu'à midi. A trois heures, nos vigies signalèrent dix-
huit bâtimens sur deux lignes courant au nord. C’étoient ceux
qui avoient passé l’été dans la rade de Quiberon ; ils alloient
joindre les premiers.

Le 16, on apperçut pendant tout le jour une fregate à notre
arrière. L’Hebé fit signal d’incommodité et de relâche ; elle
avoit son mât de hune à bas, par un abordage qu’elle avoit
essuyé par un de nos vaisseaux.

Le 17, nous fîmes amener à bord du Soleil Royal un bâtiment
Anglois ; il venoit du Quebec et remenoit des françois.

Le 18, trois ou quatre batimens nous longerent ; on les aîla.
Ils se dirent Suédois et Danois.

Le 19, l’Eveillé ayant mis pavillon anglois, surprit et fit
amariner un petit grenezai, dont l’equipage étoit de soixante
hommes.

Jusqu'à ce jour nous eûmes des vents contraires et des calmes
plats, ce qui empêcha Mr. Le Maréchal de donner dans Quibe-
ron, lieu de sa destination. Entre dix et onze heures du soir,
le vent fraichit dans l’ouest. Nous jugeames alors à vingt
lieues ou environ de Belleisle. La route que tenoit M. le Maré-
chal nous indiqua que son projet etoit de se rendre à l’embou-
chure du Morbian.

COMBAT DES CARDINAUX

Le 20, à la pointe du jour nous decouvrîmes à l’avant de
nous plusieurs bâtimens. Leur nombre n’a pas été unanime-
ment reconnu ; les uns ont dit qu’ils étoient dix, les autres ont
cru en voir jusqu'à dix huit gros ou petits. Sur les sept heures,
le Général fit signal de chasse au premier paré, ce qui désor-
donna l’escadre. A dix heures, M. le Marechal fit signal de lever
la chasse, celui de ralliement, et de se former sur une seule file.
Alors nos vigies avoient apperçu loin de nous à notre arriere
un grand nombre de vaisseaux qui, suivant l’estime générale
et suivant des états, se trouvèrent trente de lignes, dont quatre
à trois ponts et six fregates.

Le tems étoit fort gros, et le vent avoit été très violent la
nuit ; ce qui joint à la chasse du matin avoit empêché la prompte
exécution des ordres : cependant les deux premieres divisions
etoient formées, lorsqu’à deux heures et demie commença le
combat, cet ordre étoit tel qu’on peut, par supposition, lui
donner la forme d’une ancre. Le Soleil Royal en étoit l’organo,
et l’Orient l’autre bout ; la plupart des vaisseaux de la seconde
et premiere division la tige, la troisième division les bras. Le
Magnifique étant par son rang le Siamant étoit séparé de la
tige pour donner de la place à ceux de troisième division de
prendre leur rang, ce qu’ils cherchoient à faire. Le chef, Le For-
midable, étoit encore à notre bas bord, formant une des pattes
de l’ancre, et le Bizarre l’autre à tri-bord.

L’ordre en file avoit paru nécessaire pour passer par les cardi-
naux.

Nous vîmes les Anglois pendant trois heures arriver en très
bon ordre ; ils nous parurent sur deux ou trois lignes : mais
lorsqu’ils furent sous Belle-isle, leur ordre se rompit. Les meil-
leurs voiliers gagnèrent au vent ; on ne vit plus qu’une forte
tête, un très gros corps, des ailes épaisses, et une queue fort
allongée.

La seconde et première division étoient déjà dans la baye de
Quiberon, ayant le cap à l’est sud est ; et les vents ayant chan-
gé, ils furent contraires à notre arrière garde, et favorables aux
ennemis qui en profitèrent pour attaquer le Magnifique ; il se
defendit courageusement contre trois ou quatre.

Le Heros fut à son secours, mais ayant affaire à huit ou dix
vaisseaux, il fut bientôt démâté de son petit mât de hune, qui
tombant, cassa sa vergue de misaine et emporta son grand
perroquet. Malgré ces inconvéniens, il échappa après avoir
combattu plus de deux heures.

Dans ces entrefaites le Formidable voulant soutenir l’arrière-
garde enveloppée, se laissa culer jusqu’à ce qu’il fut le dernier
des nôtres et au point qu’il se trouva bientôt au centre des
ennemis, sa défense fut opiniâtre, ses feux de mousqueterie et
d’artillerie furent vifs et continuels ; il ne se rendit qu’à cinq
heures du soir.

Les autres vaisseaux de l’arrière-garde furent canonés et
canonèrent longtems ; l’un d’eux le Superbe fut engagé par les
sabords de sa première batterie, et on le vit couler bas, après
une heure de combat. Ses grenadiers tiroient encore de dessus
la dunette, quoique son second pont fût à l’eau.

Pendant ces différentes actions, l’Orient devenu serre-file,
ayant parallèlement à son tri-bord le Bizarre, fit feu de son
arrière, de même que le Bizarre, et leurs canons, servis par les
Maître et les Officiers, protégèrent tellement l’arrière-garde,
que pas un vaisseau anglois ne les a dépassés. L’Amiral anglois
se trouvant incommodé de cette manœuvre, vin prendre l’O-
rient par sa tranche de tri-bord, celui-ci lui prêta le côté ; il y
eut de part et d’autre tout le feu qu’on peut attendre de leur
batterie énorme.

M. le Maréchal voyant la queue de sa file attaquée et son ar-
rière garde en danger, prit le parti de virer vent devant, en
faisant signal à l’escadre d’en faire autant. Ce fut dans cette
manœuvre que périt le Thésé, qui sans doute avoit ses sabords
de la première batterie ouverts. Il n’y a guère de vaisseau qui ne
courût ce danger, soit en combattant, soit en virant : des grains
et un très grand vent grossissoient les vagues, qui ne sont jamais
petites dans cette mer, communément nommée la mer Sauvage.
L’Orient eût péri sans la force et l’adresse des grenadiers
Royaux qui dégagèrent ses sabords. Le Soleil Royal, le Ton-
nant, l’Intrépide arrivèrent à la hauteur du vaisseau l’Orient ;
il y eut dans ce moment entr’eux plusieurs abordages, inévi-
table d’ailleurs par la crainte des rochers des cardinaux : cela
n’empêcha pas que les trois Généraux réunis et suivis des au-
tres, ne firent tête quelque tems au Général anglois, qui avoit
à l’avant et à l’arrière ses matelots, et plusieurs autres gros vais-
seaux ; mais notre feu terrible fit taire celui des Ennemis, et
l’Amiral, ainsi que les siens, cessèrent de tirer, et culèrent
trois quarts d’heures avant la fin du jour. Cette manœuvre de
M. le Maréchal avoit dérobé aux Ennemis la facilité que leur
donnoit leur supériorité en nombre, de foudroyer plusieurs des
nôtres qui ne furent jamais attaqués par un seul vaisseau.

Le combat finit à cinq heures et quart ; nous étions à une
lieue un quart de l’isle du Met.

Le Soleil Royal ne fit pas paroître les feux de poupes accou-
tumés ; il étoit trop engagé dans les cardinaux pour y attirer
l’escadre entière, qui eût toute périe comme ceux qui se
trouvèrent trop engagés dans la baie de Quiberon.

Chacun suivit son opinion, les Officiers, Pilotes côtiers
furent consultés. Sept vaisseaux, dont aucun Capitaine ne
seroit vû, prirent le sage parti de se rendre le lendemain à la
rade de l’île d’Aix ; le Tonnant y arriva le dernier. Le len-
demain l’Intrépide, qui avoit mouillé au lieu du combat la nuit
du 20, s’y rendit aussi le 22. Le Soleil Royal et le Héros furent
s’échouer au petit port du Croisic, et le Juste périt à l’entrée de
la rivière de Nantes.

Les sept autres, ainsi que les quatre frégates, entrèrent dans
la Vilaine. »

Source A.N.

"Mr. le Mal. de Conflans ayant été consulté le15 
août sur les moyens quy lui paroitroient les plus 
convenables pour faciliter et assurer la sortie de la flotte
qui se rassembloit alors au Morbihan, et sa navigation
jusqu'au lieu de sa destination, et ayant pris l'avis a ce
sujet de deux principaux officiers de la Marine
appellés chez lui à cet effet, decida que le meilleur
parti a prendre pour le succesde cette operation êtoit,
dès que les batimens de transport du Morbihan y
seroient prets a mettre à la voile et les troupes
embarquées, de faire sortir de la Rade de Brest
au premier vent de N.O les 21 vaisseaux, d'en 
detacher six qui se porteroient par le Ras directement 
a la Baye de Quiberon, ou ils prendroient sous leur
escorte la flotte du Morbihan, pour a conduire à sa 
destination, tirant d'abord au Sud pour s'éloigner des
parages ou les anglois avoient etabli leur croisière
pendant que les 15 V.aux se feroient voir dans L'iroise
et les environs d'Ouessant sans se commettre, ny 
s'engager, uniquement pour attirer l'attention des
ennemis sur eux pendant deux ou trois jours, et
donner le temps a la flotte de se decaper. Mr. le Mal
manda luy même son avis a ce sujet au Ministre,
et envoya a la cour Mr. de Morogues qui devoit
avoir le commandement des six vaisseaux d'escorte...

Les anglois ont perdu trois v.aux dont deux ont été
brulés le lendemain sur une une roche près du Croisic
ou ils avoient été abandonnés après avoir été totalement
désemparés, et trois hors de combat par le feu du 
héros, ainsi l'avantage qu'ils retirent de cette
journée n'est pas considérable, et ils est bien prouvé
qu'ils auroient été battûs [les anglais] malgré la supériorité 
qu'ils avoient de deux vaisseaux si tous les
nôtres avoient voulû combattre comme le héros
et le formidable qui ont tenu tête pendant toute 
l'action, au moins a sept bateaux ennemis et
quelques fois à dix, et si le Mr. de Conflans eut
manoeuvré.
      Il n'est pas exusable 1° d'avoir pris le large
des Saints au lieu de passer par le Ras, comme
il l'avoient d'abord projetté. S'il eut pris cette route, il eut 
surpris dans la Baye de Quiberon six vaisseaux
anglois qui n'en partirent que le 18, sur la nouvelle 
qu'ils eurent de sa sortie de Brest, et renforcèrent 
d'autant l'Escadre de l'Amiral Hawke.
      2° de n'avoir pas fait virer de bord a son
armée, et tenir le large lorsqu'il apperçut les
ennemis, afin de pouvoir se deployer et manoeuvrer
au lieu de se jetter dans les Roches, ou tous ses
vaisseaux s'abordèrent et ne purent virer. Les
anglois disent que s'il eut fait cette manoeuvre,
lorsqu'il longèrent le pointe de Belleisle, ils
etoient perdût sans ressource.
     3° de s'etre jetté dans la Baye du Croisic 
au lieu de sélever au large comme les vaisseaux qui se 
sont refugiés a Rochefort, qu'il pouvoit suivre très
aisément.
      4° d'avoir echoué et brulé son vaisseau sans
être attaqué ny poursuivi, et sans avoir tiré un coup de
canon. il eû toujours le temps de prendre le parti
de desespoir, et il auroit bien fait du mal auparavant
aux ennemis vû la bonté de son vaisseau, et la
supériorité de son artillerie, ayant du 24 a sa
seconde batterie.
       Les capitaines des sept vaisseaux qui se sont
refugiés dans la Vilaine sans avoir voulû combattre,
et ceux qui se sont enfuis a Rochefort sans avoir 
eû part a l'action, meriteroient une punition
exemplaire. Enfin toutes les circonstances de cette
journée sont a la honte de notre marine, et ne
prouvent que trop qu'elle a peu d'officiers qui ayent
de la volonté, du courage et du talent, et qu'il est
impossible de s'en servir a moins de la refondre 
entièrement et de luy donner des chefs capables de 
la conduire ./.

Source : A.N.

 

Lettre de l’amiral Hawke à M. Cleveland, commissaire de l’Amirauté anglaise, datée du 24 novembre 1759, à bord du vaisseau le Royal Georges, traduite de l’anglais.

 

        «   Monsieur, le vous priais dans la lettre du 17 de ce mois de dire à leurs Excellences que je venais d’être informé qu’on avait découvert, à vingt-quatre lieues environ au nord-ouest de Belle-Isle, dix-huit vaisseaux de ligne et trois frégates de l’escadre de Brest, faisant route vers l’est ; cependant, selon le rapport unanime de tous les prisonniers français qui sont entre nos mains, , le jour que nous donnâmes la chasse à leur escadre, elle consistait, suivant leur liste ci-jointe, en quatre vaisseaux de 80 pièces de canons, six de 74, trois de 70,  huit de 64, une frégate de 36, une de 34 et une autre de 16, outre un petit bâtiment pour la découverte. Cette escadre était sortie de Brest le 14 du courant, le même jour que je fis voile de Torbay. Comme je jugeai que son premier rendez-vous serait Quiberon dès que j’eus avis de son départ, je fis route toutes voiles de ce côté-là. Nous eûmes d’abord les vents du sud et sud-est assez frais, qui nous firent dériver considérablement à l’ouest ; mais, le 18 et 19, les vents, quoique variables, nous furent favorables. Sur ces entrefaites, les frégates le Maidstone et le Coventry m’ayant joint, j’ordonnai à leurs capitaines de devancer l’escadre, l’une à tribord et l’autre à bâbord.

 

           Le 20, à huit heures et demie du matin, nous trouvant, suivant notre estime, au nord-est quart de nord de Belle-Isle, la frégate le Maidstone nous fit signal qu’elle apercevait une flotte. Sur quoi  je fis moi-même un signal pour former une ligne de front et attirer près de moi tous les vaisseaux de mon escadre. J’avais détaché en avant le Magnanime pour découvrir la terre. A neuf heures trois quarts, il fit signal qu’il était en vue de l’ennemie. Comme en apercevant l’escadre française, je remarquai qu’elle se retirait, je fis signal à sept de nos vaisseaux les plus à sa portée de lui donner la chasse, et de former une ligne en me devançant, afin de tâcher d’amuser l’ennemi jusqu’à ce que mes autres vaisseaux pussent joindre. Ceux-ci devaient aussi se mettre en ligne en donnant la chasse afin de ne point perdre de temps dans la poursuite. Les frégates le Rochester, le Chatam, le Portland, le Falkland, la Minerve, la Vangeance et le Vénus, furent chassées dans la matinée par l’ennemi et me joignirent toutes vers les onze heures. Le Saphir arriva aussi le soir de la baie de Quiberon. Tout ce jour-là nous eûmes des vents de nord-ouest et  d’ouest-nord-ouest avec de fortes rafales. Monsieur de Conflans continuait de s’éloigner avec toutes les voiles que son escadre pouvait porter sans se séparer, et nous le poursuivions avec toutes celles que nous pouvions aussi porter.

 

        A deux heures et demie de l’après-midi, au moment où les vaisseaux de notre avant-garde commencèrent à faire feu, je donnai le signal du combat. Nous étions alors au sud de Belle-Isle ; l’amiral français devançant son escadre, doubla les Cardinaux, tandis que son arrière-garde était en action. Vers les quatre heures, le Formidable baissa pavillon et peu après le Thésée et le Superbe coulèrent à fond. Environ sur les cinq heures, le Héros amena aussi son pavillon et jeta l’encre ; mais le vent était si violent que nous ne pûmes envoyer à son bord aucune de nos chaloupes. Il faisait nuit, nous trouvions sans pilote parmi des îles et des bas-fonds dont nous n’avions la moindre connaissance, et près d’une côte où le vent poussait avec force ; tout celà considérer je fis signal de jeter l’ancre, et nous mouillâmes à quinze brasse d’eau, ayant l’île Dumet au nord-est, à deux ou trois lieues de nous, les Cardinaux à l’ouest-sud-ouest et les clochers du Croisic au sud-est, ainsi que nous le remarquâmes le lendemain matin.

 

      Pendant la nuit nous entendîmes tirer plusieurs coups de canon en signe de détresse, mais la violence de la tempête, le défaut de connaissance de cette côte, et l’incertitude où nous étions si ces coups de canon étaient tirés par des vaisseaux amis ou ennemis, nous interdirent tout moyen de donner du secours.

 

     Le 21 à la pointe du jour nous aperçûmes un de nos vaisseaux qui était démâté et échoué au Four, de même que le Héros, vaisseau français. Le Soleil-Royal, autre vaisseau ennemi, qui, à la faveur de la nuit, avait jeté l’ancre près de nous, coupa ses câbles et alla s’échouer à l’ouest du Croisic. Au mouvement de ce dernier vaisseau, je fis signal à l’Essex de le poursuivre, mais donna malheureusement sur le Four, et se perdit sans ressource, ainsi que la Résolution, malgré tout ce que le temps nous permit de faire pour les secourir. Environ quatre-vingts hommes de l’équipage de la Résolution firent, malgré les plus fortes remontrances de leur captaine, divers radeaux, et se mirent dessus avec plusieurs prisonniers français du vaisseau le Formidable ; mais j’ai tout lieu de craindre qu’ils aient été entraînés en pleine mer. On à retirer de l’Essex le plus munition qu’il a été possible, et l’on en a sauvé tout l’équipage, à la réserve d’un lieutenant et de quelques matelots qui s’étant jetés dans une chaloupe, ont été poussés sur la côte de France, et desquels je n’ai plus ouï parler. On a mis le feu aux débris de ces deux vaisseaux.

 

       Nous sûmes le 21 au matin que le Dorsthire, la Revenge et la Défiance avaient mis en mer pendant la nuit, comme j’espère que le Swiftsure aura fait, car ce vaisseau manque encore. Le Dorsetshire et la Défiance sont revenus le 21, et le dernier a vu la Revenge. Ainsi toute la perte que nous avons faite a été causée par le mauvais temps et non par l’ennemi, dont sept à huit vaisseaux de ligne gagnèrent la mer, comme je crois, pendant l’action.

 

        Le 21 au matin, j’en vis sept ou huit (à) l’ancre entre la pointe de Penris et la rivière de Vilaine, sur quoi je fis signal d’appareiller dans le dessein de les attaquer. Mais il faisait un vent de nord-ouest si violent, qu’au lieu d’oser démarrer, je fus obligé de faire amener les perroquets. La plupart des vaisseaux dont je viens de parler, paraissaient toucher dans la morte-marée ; mais à l’aide du flux qui les souleva, et du vent qui les poussait, ils entrèrent tous cette nuit dans la rivière de Vilaine, à l’exception de deux.

 

     Le vent s’étant un peu apaisé le 22, je détachai le Portland, le Chatam et la Vengeance pour détruire le Soleil-Royal et le Héros. A l’approche de nos vaisseaux, les Français mirent le feu au premier, et peu après, nos gens brûlèrent aussi l’autre. En même temps je fis route vers la Pointe de Penris, tant à cause de la sûreté de sa rade, que parce que je voulais détruire, s’il était possible, les deux vaisseaux ennemis qui restaient à l’embouchure de la Vilaine ; mais avant que je détachai pour cet effet pussent en approcher, ils se trouvèrent entièrement allégés et entrèrent avec le flux dans la rivière.

 

       Nous employâmes toute la journée du 23 à reconnaître l’entrée de cette rivière qui est fort étroite et qui n’a que douze pieds d’eau à la barre, dans la morte-marée. Nous aperçûmes, à un demi-mille environ, huit vaisseaux de ligne, ou du moins sept, tout à fait allégés, et deux grosses frégates amarrées en travers pour défendre cette embouchure. Il n’y avait que ces frégates qui parussent avoir du canon. Je me proposait le soir de les brûler, et pour cet effet j’avais préparé en guise de brûlots, douze barques longues qui devaient avancer sous la protection des frégates le Saphir et le Conventry ; mais le mauvais temps et les vents contraires m’ont obligé de différer l’exécution de mon projet jusqu’à ce qu’au moins le vent devint plus favorable. S’il y a moyen de les détruire, on n’y manquera pas.

 

         Comme nous avions affaire à un ennemi qui fuyait, il était impossible, dans le court espace d’un jour d’hiver, que tous nos vaisseaux eussent part à l’action ou que l’on y engageât tous ceux de l’ennemi. Les capitaines et les équipages de ceux qui furent le 20 aux prises avec l’escadre française, se sont comportés avec une extrême valeur et ont donnés les preuves les plus marquées de cet esprit qui caractérise leur nation. A l’égard de ceux qui n’ont pu donner soit pour avoir eu des vaisseaux qui ne sont pas de bons voiliers, soit pour s’être trouvés le matin trop éloignés, je suis persuadé que sans cela ils auraient agi de même. La perte qui nous été causée par l’ennemi n’est pas considérable ; car dans les vaisseaux qui sont actuellement auprès de moi, je ne trouve qu’un lieutenant et trente-neuf hommes tués et environ deux cents blessés. Quand je considère la saison de l’année, les fortes bourrasques qu’il a fait le jour de l’action, la fuite de l’ennemi, le court espace de la journée, et la côte où nous sommes, je puis hardiment assurer que l’on a fait en cette occasion tout ce qu’il était possible de faire. Quant à la perte que nous avons essuyée, on doit la mettre sur le compte de la nécessité où j’étais de courir tous les risques pour rompre cette formidable force des ennemis. Si nous avions eu deux heures de jour de plus, toute leur flotte était entièrement détruite ou prise ; car nous avions presque atteint leur avant-garde quand la nuit nous surprit.

 

       La frégate la Pallas, la chaloupe la Fortune et le brûlot la Proserpine, sont venus mouiller hier ici. J’avais dépêché le 16, la Fortune à Quiberon pour avertir le capitaine Duff de bien se tenir sur ses gardes. Elle rencontra sur sa route la frégate française l’Hébé, de 40 canons, et se battit contre elle pendant quelques heures. M. Stuart second lieutenant du Ramillies, à qui j’avais donné le commandement de cette chaloupe, eut le malheur d’être tué durant le combat. Les officiers qui restaient ayant tenu conseil entre eux, résolurent de s’éloigner de la frégate ennemie qui était trop forte pour leur chaloupe. J’ai envoyé le capitaine Young avec cinq vaisseaux vers la baie de Quiberon, et je vais former une escadre volante pour nettoyer la côte jusqu’à l’île d’Aix et attaquer, s’il est possible, les vaisseaux ennemis qui se trouveront dans ces parages. Je suis, etc.

                                                                                                          Edouard Hawke. »

 

(Extrait de la Gazette de Hollande du mardi 11 décembre 1759) Source Google.

  

LE JUSTE

Le vaisseau "Le Juste" percé de toutes parts tenta de regagner Saint-Nazaire. Ce bateau équipé de 70 canons et de 630 hommes sous les ordres du capitaine François de Saint Allouarn sans compter les 140 garde-côtes de Quimper et de Pont-Croix commandés par Jobelot, capitaine et Le Gat, lieutenant, "s'échoua et coula bas sur le banc de sable le Verd à l'entrée de la Loire, le 21 novembre. Le Sieur Le Gat, lieutenant commendant le détachement  s'est sauvé à la nage ainsi que 11 ou 12 de ses garde-côtes, dont cinq ou six marchèrent vers Nantes et rejoindront vraisemblalement leur bataillon, l'officier et six de ces soldats sont venus à Vannes où ils ont eu une route pour se rendre chez eux. Ce qui manque de surplus aux 140 hommes a été tué ou noyé. Le capitaine malade n'auroit point embarqué."


Quelques corps vinrent s'échouer sur la côte de La Plaine, vers Saint-Gildas, le Cormier, et à Saint-Michel. Voici ce qu'il est possible de relever sur les registres paroissiaux, avec les commentaires du curé de la Plaine, Claude Barbier:

" Le vingtdeusieme novembre 1759 ont été inhumés au cimetière deux marins qui la veille se sauvèrent de sur des radeaux du vaisseau du Roy le Juste péri le meme jour sur le Ver prés Pierre percée. On ignore le nom de ces marins, l'un avait les cheveux courts et chatain, la barbe un peu rouge et paroissoit agé d'environ trente ans, taille d'environ cinq pieds, l'autre agé d'environ vingt cinq ans aussi les cheveux courts et noirs, taille d'environ cinq pieds, les deux d'une complexion forte et robuste. Trois autres de ces marins du meme vaisseau qui se sont sauvés sur une cage à poulets étant abordés au Cormier, nous ont dits qu'ils croyoient que les susdits étoient des matelots sur le pont, nous les avons enterrés enterrés (sic) en terre sainte sur le bon temoignage de Mr. le chevalier de Farci quatrieme officier qui a survécu a quelques qui se sont sauvés et ce petit nombre, par comparaison avec ceux de la surveille périrent dans le combat pres de Belle ile et qui la veille ont périt dans le naufrage cy dessus. L'equipage étoit de 794 hommes a peine en a-t-il échappé cent (croit-on) tant en cette paroisse que les voisinnes. Present aux surdits enterrements Claude Chaigneau et Louis Mariot qui ne signent..."  Durant le mois de décembre sept autres cadavres arrivèrent à la côte.

Source : SHAT, R.P. La Plaine et St. Michel

 

 

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