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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 11:25

 

Le nom de Préfailles, vient du latin pratum fagi, pré du hêtre (fagus). Ce pratum fagi évoluera au fil des siècles en préfaye, préfail (1598) puis Préfailles. Bien que de nos jours aucun groupement d'hêtres ne soit observable, sa présence nous est attesté dans les textes anciens du Pays de Retz, notamment par le prieuré de Sept faux en Arthon connu dès le XIe s., plus proche de nous encore, un canton du faye  sur la commune de Sainte-Marie conserve encore ce nom, de même que le chemin du fau aux Moutiers en Retz. Suivant les régions ce fagus évoluera en faï, faye, fau, faou, fou etc. Sur le seul pays de Retz, plus de 23 lieux ont été identifiés comme portant ce nom de fau. Ce fagus n'est pas le hêtre ordinaire que nous connaissons tous, mais la variété fagus tortuosa, arbre très remarquable, sur le lieu où il croît, par le port exceptionnel de sa ramure. L'une des forêts des plus célèbres en France est celle de Verzy, dans la Marne, par son peuplement de faux.

                                                                      "Un faye ou fau"

La pointe de Saint-Gildas, fréquentée depuis le néolithique et connue depuis l'Antiquité, a vu passer au large, la route de l'étain avec les phéniciens, les irlandais, les normands dévastateurs de nos côtes et de l'île toute proche de Noirmoutier où ils s'installèrent, remontant la rivière de Loire jusqu'à Nantes d'où ils furent chassés par Alain Barbe-Torte en 932.

 

Cette pointe, suivant les cartographes, portera  plusieurs noms : Pointe de Cheveché, nom d'un territoire composé des paroisses de Beata Maria Plena ( La Plaine) et de St. Michel de Chevesché ou Saint-Michel la chevesche (St- Michel-chef-chef) au XIIIe s.. La chevêche est une sorte de chouette  qu'Athènes prendra comme emblème.  Pointe de Retz en raison de son appartenance au Duché de Retz depuis 1581, la pointe de Retz faisait face à celle du Poitou située en l'île de Bouin. Pointe de Saint-Gildas en raison du prieuré de ce nom.

 

L'estuaire de la Loire comme celui de la Vilaine attiraient les convoitises  de toutes sortes de pirates, de corsaires, biscayens, flessingois, jersiens, guernesiens, forbans de Salé, tous attirés par les navires en partant ou revenant d'Amérique, d'Asie avec leur chargement de marchandises, coton, tabac, café,  cacao, indiennes, indigo, bois de teinture, bois de caliatour, de sapan,  porcelaine, d'or, d'argent, d'étain, de vins, acier, amidon, azur fin et commun, baleines en fanon ou coupée, d'eaux de vie, et autres objets manufacturés, du Nord avec leur chargement de bois etc., bateaux de pêche revenant de Terre-Neuve avec leur cargaison de morue etc. Les salines réputées de la baie de Bourgneuf comme celles de Guérande, favorisèrent les échanges commerciaux avec la Hanse. Le cabotage  le long de cette côte atlantique eu beaucoup à souffrir de ces renards des mers. Malheur à ces malheureux équipages qui pour certains deviendront des esclaves de ces barbaresques.

 

Pour palier à ces difficultés, différents moyens furent mis en place, convois marchands avec protection, bateaux garde-côtes, création d'une milice garde-côtes et fortification de la côte, et la course pour le compte du roi. Le commerce nantais et de la baie fûrent ainsi protégés.

 

Le premier édit connu, concernant l'organisation des  milices gardes-côtes, date de 1669.

Pour tenter de mettre fin aux différentes incursions des barbaresques, pirates, corsaires et autres ennemis de la France, qui sévissaient en mer et menaçaient nos côtes et nos estuaires, entravant ainsi le commerce du royaume à la fin du XVIIe s, l'ordonnance royale de 1681 réorganisera les milices gardes-côtes sujette au guet jusqu'alors, en leur confiant la défense. A l'initiative de Vauban le littoral fut parsemé de fortifications. L'île du Pilier au large de la pointe, refuge des corsaires de Jersey et de Guernesey, se vit doter d'une batterie dès 1693, les paroissiens de La Plaine furent chargés de monter la garde dans l'attente de l'arrivée de soldats du château de Nantes, puis un fort y sera construit. Ils avaient pour ordre de transmettre par signaux  (pavillon le jour, feu la nuit) à la pointe de St. Gildas, la venue des navires ennemis. Les gardes-côtes, de poste en poste acheminaient l'information jusqu'à Paimboeuf. où une frégate, en station, attendait les ordres de l'écrivain pour appareiller.

 

Bien qu'un corps de garde y fût déjà établi avant 1744, ce dernier était en ruines à cette date. Il fallut attendre 1746, pour qu'une construction neuve  pour abriter les miliciens y soit bâtie. Elle sera construite en maçonnerie, voûtée et couverte de larges lauzes de schiste contrairement à l'ancienne charpentée de bois et recouverte d'ardoises. Son mobilier se composait d'un lit de camp, d'une table avec bancs, et d'un râtelier pour les armes, de lanternes, d'un sablier de deux heures, pour les signaux d'un mât et de pavillons rouge et blanc avec son sac,  Il s'agissait d'un corps de garde retranché. Les anses étaient protégées par de simples fossés relevés en talus, derrière lesquels miliciens se tenaient. Le point stratégique à défendre était l'anse du sud ou de la pointe, où plusieurs chaloupes de front pouvaient débarquer des soldats ennemis.  En 1756, la pointe sera armée d'un canon. A l'époque révolutionnaire une forte activité y régnera. Le général Cambray s'installera au Bois-Roux, en 1793. Deux forts y seront construits. L'un proche de l'ancienne chapelle et l'autre à la pointe surplombant l'anse du sud. Plusieurs centaines d'hommes assureront sa protection. En 1802, 3 canons de 24 en fer sur affûts de côtes armaient ces deux forts. Ils défendaient l'entrée de la baie de Bourgneuf et l'anse de la Gravette où se trouve un excellent mouillage, devenu un port de nos jours. En 1814, 2 canons de 24 armaient la pointe. Jusqu'à la fin du XIXe  la pointe de St. Gildas sera toujours armée et considérée comme terrain militaire mis à la disposition de la Marine.

                                                 "Emplacement des batteries en 1821"


Dès 1749, les Etats de Bretagne ont convenu avec les Fermiers généraux que tous les corps de garde qui sont sur la côte de la province, leurs seront abandonnés pendant la paix. Cet arrangement, qui tendait au bien du service des Fermiers, permettait d'entretenir ceux-ci et de pouvoir les réutiliser sans faire de dépense considérable. Il était nécessaire seulement d'en retirer les canons, affûts et ustensiles des batteries mis en dépôt. Les employés des fermes pouvaient alors en disposer. Le capitaine général des garde-côtes devait leur en remettre les clés. De l'utilisation de ces bâtiments et des sentiers qui les conduisaient de l'un à l'autre, remonte ces célèbres « sentiers des douaniers », qu'utilisaient autrefois les miliciens. Ces chemins nécessaires aux employés des Fermes furent réalisés en I756 ou 1757 par corvée, selon les dires de paroissiens en 1789 lors de l'établissement du Cahier des doléances.

 

Au XIXe siècle, le bureau principal de la  Douane se situait  au Cormier (La Plaine), et les douaniers étaient mis en poste en différents endroits de la commune, ici à Préfailles.

Que ce soit au XVIIIe comme au XIXe, la surveillance était indispensable pour éviter toute contrebande.

 

La tradition évoque une population, de nos côtes, enclin à provoquer des naufrages. Cela nous paraît très douteux, car à toutes époques les bris des naufrages étaient très surveillés par les seigneurs des paroisses, et faisaient l'objet de ventes aux enchères et  les Fermiers généraux  très soupçonneux lors d'un échouement de barriques de vin, d'eaux de vie, de farine etc..

 

Les normands dévastèrent l'Ile de Noirmoutier toute proche en 813. Les moines Philibertins en furent chassés. Ils durent se replier jusqu'à Tournus, emportant avec eux les restes de Saint-Philbert. A leur retour, ils s'établirent sur l'île du Pilier puis à la  Blanche en Noirmoutiers. A une date inconnue, le prieuré de Saint-Gildas avec sa chapelle s'établit sur cette pointe. Il dépendait de l'abbaye Blanche, elle-même dépendant de l'abbé de St. Philbert en l'île de Noirmoutier. La légende nous rapporte que St. Gildas y débarqua au VIe siècle laissant l'empreinte de son pied dans le rocher. Ce noble vestige sera, au milieu du XIXe siècle, incorporé dans les fondations de la nouvelle chapelle de St. Gildas construite à la charge des habitants de Préfailles. Suivant un aveu rendu en 1581, ce prieuré situé sur le fief de Theillac (autrefois du Pont), occupait une surface de 130 boisselées (18 hectares). A la Révolution il ne restait qu'environ 16 hectares, composés de terres labourables, d'une terre inculte et d'une pâture. Cette différence de surface ne peut s'expliquer que par l'érosion de la côte par la mer. En effet en 1763, suivant le relevé établi par le sieur Luc, ingénieur sous les ordres de Cassini de Turry, il indique une langue de terre près de la chapelle, appelé ce jour, pointe de l'Apcheu, laquelle se perd dans la mer. La chapelle de Saint-Gildas sera rebâtie à neuf en 1771, par les héritiers de Messire Chevalier, recteur de Béligné et ancien prieur commendataire du lieu. Au XVIIe, une messe était célébrée par semaine, de même que plusieurs mariages. Au XVIIIe, les paroissiens de La Plaine s'y rendaient en procession deux fois l'an. La Révolution, de par la présence des armées, sera sa fin. Ce prieuré sera vendu comme bien national en 1790. Le culte ne fut pas repris. En 1819 elle sera en ruines. Le poète local Joseph Rousse, Conservateur de la bibliothèque municipal de Nantes,  lui dédiera un poème. En 1880, sur son emplacement fu construit une villa, qui sera démolie en 1942, lors de la construction des blockhaus.

 

Le village de Préfailles, avant de devenir commune en 1908, connaîtra un essor tout particulier grâce à la source d'eau ferrugineuse située sur le rivage, au bas du village de Quirouard. Cette dernière connue et recommandée grâce à ses qualités curatives dès le premier tiers du XVIIIe, le seigneur de la paroisse de la Plaine Mr. de la Guerche y avait fait construire une maison  pour accueillir les curistes. Au XIXe, cette source avec le développement des bains de mer permettra à Préfailles de prendre une extension notable dans le Pays de Retz. parisiens, angevins et vendéens vinrent y  construire leurs résidences secondaires, lesquelles en font tout le charme avec sa côte sauvage.

En 1806, un premier sémaphore sera construit et sera surmonté d'un mât de Depillon. Non pas à la pointe, mais à proximité du château d'eau actuel,  point haut de la commune sur la route de Quirouard.

 

Construit en 1861, le sémaphore actuel est surmonté en 1941 par un pylône en béton recevant un feu dont l'optique provient du cap Gris-Nez. Son activité cesse en 1949, mais en 1954, un feu provisoire réclamé pour la navigation est installé provisoirement sur l'un des anciens blockhaus. Transféré à l'intérieur du bâtiment en 1958, il fonctionne jusqu'en 1986, une radio balise a fonctionné sur le site jusqu'en 1999. Le bâtiment a été agrandi en 2004 quand il est devenu espace muséographique. A l'extérieur a été mis en place un parcours didactique sur le balisage, avec d'anciennes bouées qui fonctionnaient sur accumulateurs : bouée de balisage d'un chenal, verte surmontée d'un cône pour tribord (surnommée par les navigateurs tri-co-vert), rouge surmontée d'un cylindre pour babord (surnommée ba-ci-rouge) ; bouée d'écueil qui signale un danger naturel, ici la « Banche » du nom d'un plateau situé à l'entrée de l'estuaire de la Loire ; bouée d'épave, ici la « Thérésa » qui marquait l'emplacement à quelques miles de l'île du Pilier d'un navire coulé le 17 juin 1940 en même temps que le Lancastria.

 

 

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