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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 21:14
Source-de-Pr--failles-XIXe.JPG                                                        La source à la fin du XIX e. siècle.
 
Dès le règne de Louis XV, cette source tantôt appelée de la Plaine, de Quirouard, de Préfailles et dont les vertus curatives étaient recherchées par les malades de Noirmoutier, du Poitou et du pays de Retz, qui venaient prendre gîte chez l’habitant pendant les beaux mois de l’année.
 
Depuis quand est-elle reconnue ?
 
Ogée dans son Dictionnaire de Bretagne édité en 1778 écrit au sujet de La Plaine :
 
« On y voit une fontaine d’eau minérale sur le bord de la mer, où Mr. de la Guerche a fait bâtir des maisons pour la commodité de ceux qui vont y prendre les eaux. »
 
Il est bon de rappeler ici, que Mr. de la Guerche n’est autre que Henri de Ruays, ancien capitaine général garde-côtes, seigneur de la paroisse de la Plaine et des juridictions de la Guerche et de Cens, demeurant au château de la Noë.
 
Les villages de Préfailles, Quirouard dépendaient de la seigneurie de la Guerche, qui au 16e siècle, appartenait à René de Bruc, elle fut cédée à Francisque Venier en 1576, puis revint aux de Bruc par le mariage à Pornic de Marie Venier avec Jean de Bruc de Monplaisir. Leurs héritiers, Henry de Bruc abbé de Bellefontaine et François de Bruc de Monplaisir, la vendirent en 1657 à Albert de Ruays de la Noë, ayeul d’Henri de la Guerche.
 
Si nous n’avons pu retrouver trace de ces maisons au moment de la séquestration de leurs biens à l’époque révolutionnaire, néanmoins dans l’aveu rendu au Duc de Retz, Louis Neufville, duc de Villeroy, le 8 mai 1762, par Henry de Ruays, ce dernier déclare :
 
« Au fief de la Guerche, une maison couverte à tuiles avec ses issues et dépendances, proche la fontaine des eaux minérales, consistante dans une grande salle et une autre chambre à cheminée à côté, contenant en emplacement et terrains aux environs en dépendants, une boissellée six seillons demage [environ], bornés au soleil levant et au nord par des vignes à différents particulier, vieux fossés entre deux, au midy par la coste de la mer et au soleil couchant, chemin qui conduit du village de Quirouard au corps de garde et à la rive de la mer. » «  et déclare n’avoir d’autre titre [de possession] que la jouissance paisible de plus de dix années. »
 
Voici donc la première maison thermale mise à la disposition des curistes pour les mettre à l’abri quelque soit la saison lors de la prise des eaux.
 
Ces mêmes maison et terrain nous les retrouvons sur la cadastre de 1826 de la Plaine sous le N° 695
 
Le Bourg de la Plaine, le village de Quirouard, proche de la fontaine, et celui de Préfailles fournissaient aussi les logements nécessaires, sans aucun doute bien avant ces maisons énoncées par Ogée.
 
Lors de son séjour à Nantes, chez Me. Cigogne, apothicaire réputé de cette ville chargé de la conservation du Jardin des plantes, de leurs études et de leurs applications pharmaceutiques, Antoine Monnet[1], chimiste eut l’attention attirée par cette fontaine dont les eaux teintaient d’un bel ocre les roches d’où elle surgissait.
 
Il étudiera cette eau ferrugineuse laissant à son collègue le soin de chercher son application en médecine.
 
De ses études sur l’origine des différentes eaux ferrugineuses de France et étrangères, il sortira un Mémoire qui sera lu à l’Académie royale des sciences de Rouen, le 16 février 1765.
 
Ses conclusions sont les suivantes :
« Je crois pouvoir réduire la question sur l’état du fer dans les Eaux Minérales ferrugineuses non vitrioliques, entre M. Venel et moi. M. Venel [inspecteur des eaux minérales] pense que le fer est soutenu en dissolution dans ces eaux par l’air ; et moi je suis persuadé que ce métal est uni immédiatement à l’eau et indépendamment de l’air. Plusieurs eaux ferrugineuses non aërées, c’est-à-dire non spiritueuses [gazeuses], que j’avois examinées, avoient été d’abord pour moi, un commencement de preuve de mon sentiment : preuve que je rendis ensuite complette, en imitant de pareilles eaux avec du fer et de l’eau ordinaire, ce qui me porta à considérer le fer comme étant soluble dans l’eau à la manière des sels. Quelque revoltante que puisse paroître cette manière de parler, pour quelques-uns qui ne sçauraient s’accoutumer à entendre dire qu’un métal est soluble dans l’eau, il n’en est pas moins vrai que la manière dont le fer s’unit à l’eau, mérite le nom de dissolution. En effet, on peut regarder comme une véritable dissolution d’un corps dans l’eau, toutes les fois que ce corps n’en trouble pas la transparence, et que cette eau paroît parfaitement homogène dans toutes sa masse. Or voilà le cas de nos Eaux Minérales Ferrugineuses et de celles qu’on peut faire artificiellement. »
 
Nous voici donc en présence de la première étude de la source de Quirouard. Il faudra attendre celles de Bobierre et Moride, puis le docteur Guépin du XIXe siècle pour finaliser son utilisation médicalement.
 
Les bienfaits de ces eaux, car au XVIIIe s.  plusieurs sources s’écoulaient vers la mer, sont magnifiés dans ces quelques vers, d’un poème inachevé d’un auteur anonyme, extrait des archives de la Noë qui sans être de grande qualité littéraire permet d’en saisir toute leur qualité.

POEME-SOURCE---Chasseurs-010-bis.JPG                                                                   Le manuscrit du poème.
 
« Célébrons les sources de la Plaine.
   Exaltons leur baume souverain.
   D’un rocher jaillit leur onde saine
   Qui produit leurs vertus en son sein
   Célébrons les sources de la Plaine.
   Exaltons leur baume souverain.
 
   Le soleil préside à la fontaine,
   et accroît de ses eaux la bonté.
   Du rocher il pénètre la veine
   qu’il mûrît et quitte sa crudité.
   Le soleil préside à la fontaine
   et accroît de ses eaux la bonté.
 
   L’eau d’ici, fontaine fabuleuse
   qui abuse de crédules esprits,
   Nous avons une eau ferrugineuse,
   ses effets, nous découvrent ton prix,
   sont d’ici. »
 
Ce poème est vraisemblablement de cette période.
 
Sur la carte originale de « Cassini  de Thury », levée en 1783 par le sieur Luc, deux sources d’eau minérale sont indiquées, celle de Préfailles et celle de Gourmalon au bord  du Havre [nom de la rivière entre la chaussée des moulins et la Noëveillard, 1786] de Pornic, dans l’anse face au château, celles de Malmy et la Bernerie ne sont pas mentionnées.

POEME-SOURCE---Chasseurs-bis.JPG
                                          Extrait de l’original de la carte de Cassini de Thury – 1783

En 1788, époque où un médecin en villégiature à de la Mossardière fit analyser cette eau et la conseilla à ses patients. Le docteur Lemeignen de Machecoul, parait avoir envoyé de nombreux curistes.
 
Avant la Révolution, la noblesse nantaise et les riches armateurs et négociants fréquentaient les lieux, comme en témoigne la lettre suivante adressée par J. Walsh, futur auteur des Lettres vendéennes, à son ami Albert de Ruays, seigneur de la Guerche, conseiller au Parlement de Bretagne. Peu avant la Révolution, ces deux personnages demeuraient sur l’île Feydeau à Nantes:
 
« Vous n’aurez qu’une demie feuille, mon cher Albert.
Je suis à bout de mon papier, et vous vous en contenterez facilement.
J’avois trop plaisir à vous voir souvent à Nantes pour pouvoir rester si longtemps sans vous dire un mot d’amitié.
Je me fais si vite à la douce habitude d’aimer que je ne puis vous séparer tout à fait de ceux que j’aime ;
et si la distance nous sépare, le souvenir nous rapproche, du moins de mon côté et j’aime à croire un peu du votre ;
la veillée vient, et vous ne venez pas. Voilà ce qui me fâche.
Je voudrois que vous et Philippe.
Notre chaumière est petite, mais assez grande encore pour les vrais amis.
Venez, je vous donnerai une bonne place.
Ne croyez pas que je pense à la Bouillote ou à l’écarté.
Je voudrois rapprocher et jamais écarter.
Le pays de la Plaine me plait non par ses plaisirs, tous les buveurs partent, mais par son aspect sauvage.
Je sais qu’on y voit ni fleurs ni oiseaux ni verdure, mais il abonde en rochers en vagues en tempête et j’aime assez tout cela.
Nous serons les derniers à la Source. Mr. Mautaudouin vient de quitter, Mme. et Mlle. Berthomé y sont encore. Elles nous quitteront dans huit jours et nous seront seuls, il nous restera des livres et des papiers, la promenade et David, cela vaut bien des Messieurs Gauvin.
Et puis les jours passent si vite, la nuit vient si tôt que l’ennui ne puis me griper.
Je vous quitte un instant pour mon thé, je reviendrai tout à l’heure.
Vous prendrez pitié de mon isolement et pendant les moments que nous passions, vous me donnerez quelques mots de souvenir, si vous éprouvez quelque plaisir à voir mon écriture à Nantes.
Jugez (si vous pouvez) de celui que j’aurois à voir de la votre à la Plaine.
Quant à des nouvelles, c’est à moi, a en attendre de vous ici. Ici nous sommes loin des fracas de ce monde, et les guerres qui troublent l’Europe ne font aucun bruit dans ces paisibles contrées.
Cette ignorance totale est-elle un mal, dans cette vie on apprend plus de malheurs que de choses heureuses. Il faudroit donc mieux ne rien savoir.
A la Plaine on se couche de bonne heure, il n’est que neuf heures et Mme. Walsh m’appelle et me prie de vous dire bon soir et adieu.
J’espère après ce régime anglais, l’air que je craignais ne me fait point de mal.
Voyez vous de tems en tems Maman. Vous a-t-elle donné des livres pour Philippe.
Parle-t-on de paix encore.
Quand vous verrez vos dames rappelez nous à elles, je vous en prie Mme. Walsh vous en charge ;
Adieu, pour le coup il faut vous quitter et vous dire que je vous aimerai toujours et vous prier d’en toujours faire autant,
Votre ami, J.W.   1er septembre. »
 
Les troubles de la Révolution passés, la source de Quirouard revit ses curistes. Certes ce ne fut plus les mêmes habitués, la noblesse disparue fut remplacée par la bourgeoisie nantaise, vendéenne, angevine…
 
En 1809, le Conseil Général prendra un arrêté pour  la conservation de la fontaine.
 
En 1816, suivant les archives municipales de La Plaine, pour le seul mois de juillet, on relève 102 curistes.
 
EN 1817, le Conseil général vota 600 fr. pour réparer et entretenir la source d’eau minérale, cette contribution fut portée à 1000 fr. en 1818.
 
EN 1821, le ministre ayant enfin consenti a la demande, on s’occupa de la source, on pratiqua deux escaliers dans la rue, (longtemps les abords furent dangereux, on y descendait qu’en tombant à chaque pas, sur une pente abrupte et difficile) on déblaie les abords des quartiers de rochers qui l’entourent, avant ce travail un amas de sable et de pierres obstruaient ses abords et obligeaient chaque année, les buveurs à se donner la peine d’en dégager la fontaine qui sans ces étrangers aurait bientôt été comblé et enseveli sous le travail incessant du temps et des flots.
 
Dans le même temps on fait couler l’eau par un conduit creusé dans la pierre, avant cette amélioration elle s’épanchait que par le tube fragile d’un roseau, qu’il fallait renouveler chaque jour.
 
En 1829, cette source jaillissait sous un surplomb de rocher à seulement deux pieds au-dessus de la plage.
 
EN 1836, la maison de la source existait encore, mais appartenait désormais à la commune, des travaux d’entretien sont réalisés.
 
Préfailles avec sa côte déchiquetée, ses plages, ses landes, sa chasse, sa source et son bon air attirait bien des étrangers au pays.
 
Les estivants de Pornic venaient s’y promener : le docteur Guilmin évoque vers 1835 « les promenades à cheval soit pour le joli petit port de la Bernerie et le bois de la Jarrie, soit pour les villages des Cormiers et de Préfailles dans la Plaine. J’ai vu des cavalcades composées de vingt amazones et autant de cavaliers parcourir en bon ordre toutes les sinuosités de la côte et se rendre à la pointe de Saint Gildas. »
 
Peu de temps après son arrivée vers 1839, Charles Cibot devant l’essor de l’hydrothérapie à Pornic, songea développer les premiers bains chauds.
 
Le 24 août 1841, en échange d’une portion de terrain dans les communs du Porteau, situé au bas du village de Préfailles, il s’engageait :
 
« à construire au bord de la mer à l’endroit le plus avantageux sur la côte de Préfailles, un bâtiment assez vaste pour recevoir deux cabinets pour des bains d’hommes et deux cabinets destinés à des bains de femmes et l’espace suffisant pour établir les fourneaux qui devront être construits par lui, le tout à ses frais : estimé à 400 fr., le terrain pour 150 fr.
 
Les cédants, à l’exception de Monsieur Cibot, jouiront en commun et en droit égaux de tous les avantages et produits qui pourront résulter de l’établissement desdits bains…
 
Cette construction devra être achevée pour la saison des bains de l’année 1842.
 
Les cédants deviendront propriétaires des constructions faites par Mr. Cibot, du jour de leur achèvement, à la charge d’entretenir en bon état ledit établissement de bains et de payer chaque année tous les impôts qui pourront y être assis.
 
Mr. Cibot se chargera seul des démarches auprès de l’Administration départementale »
 
Les vendeurs sont les 23 co-propriétaires des communs de Préfailles.
 
Quelques années plus tard, le 13 janvier 1844 Mr. Charles Cibot deviendra propriétaire pour une moitié de cet Etablissement de bains de mer chaud, situé sur le bord de la mer, Mrs. Baconnais, Boucard et Bernard possèdant l’autre moitié. « Consistant en maison et matériel, agrès et apparaux, ameublement et accessoires. ». » les acquéreurs ne seront pas tenus de rebâtir l’établissement de bains dans le cas où il viendrait à être détruit par la mer ou le feu du ciel, sans que les vendeurs soit inquiété à cet égard.
Moyennant la somme de 192 Fr. et de payer les dettes qui pourraient (être) dues, lesquelles sont estimées à 1300 fr. »
 
Avec la mise en place de cordes et de piquets, de cabines sur la grande plage, dès 1843, Préfailles peut alors apporter tous les agréments à ses habitués. Pour assurer la sécurité des baigneurs, une loterie sera organisée en 1879 « dont le produit sera exclusivement destiné à doter la station balnéaire de Préfailles d’un bateau insubmersible de sauvetage. »

POEME-SOURCE---Chasseurs-011.jpg
                                                                             Les piquets et les cordes en 1860
 
 Mais revenons à la source :
 
En 1842, d’après Chevas, «  la commune de la Plaine a une haute importance en raison de cette source d’eau minérale qui teint les lieux qu’elle baigne d’une couleur de rouille foncée.
 
L’eau en est limpide, son odeur rappelle légèrement le fer et son goût métallique très prononcé répugne à beaucoup de buveur.
 
A peine versée dans un verre elle y laisse une vapeur épaisse et l’oxyde de fer dont elle est chargée se dépose promptement et en abondance.
 
Cette eau salutaire employée comme remède réussie dans un grand nombre de maladie, telle l’hydropisie, la paralysie, les affections bilieuses, les maladies cutanées, les maux d’estomac, les obstructions du foie et la pierre.
 
Elle est pour le pays une source abondante de richesse et mérite tous les soins des habitants qui longtemps n’en firent aucun cas. »
 
En 1850, Mr. Bobierre rendit visite à la source et voici ce qu’il constata :
 
L’eau ferrugineuse s’échappe des fissures du rocher, coule sur un petit canal de 1 centimètre de profondeur pratiqué dans une pierre longue de 31 centimètres et tombe dans un bassin naturel de 50 centimètres de diamètre environ. De ce bassin elle se déverse enfin dans la mer, marquant de son passage par un dépôt d’oxide de fer. »
 
Il fut le premier à déceler des traces d’arsenic dans « l’eau de Kirouars » et dans le dépôt ferrugineux Il releva un débit de 5 litres par minute. La source de la Bernerie débitait un demi litre par minute et de celle de Malmy un litre par minute et demie.
 
De passage à Préfailles, en 1853, Monsieur Chenantais, architecte nantais, qui réalisa notamment l’église Saint-Louis, la gendarmerie et le palais de justice de Nantes et qui présentera plan et devis pour la reconstruction de l’église de la Plaine, préconisa pour son embellissement et pour une plus grande commodité des curistes :
 
- «  Le creusement d’une grotte dans le rocher au droit de la source, de la confection d’un bassin, de bancs etc. »
 
Cette alcôve, récemment enduite d’un mortier, qui cache tout le charme et la beauté de cette réalisation, mutile ainsi la « Demoiselle de Préfailles », avait pour base de chaque côté des pierres d’appareillage en granit surmontées d’une voûte de briques rouges et bloqué par un claveau de pierre blanche de sireuil ou de crazane, qui lui conférait une élégance que l’on peut apprécier sur les nombreuses cartes postales anciennes.
 
En 1856, le docteur Guépin publia dans le Phare de la Loire la note suivante sur la source ferrugineuse de Préfailles :
 
« Il existe dans la baie de Bourgneuf, sur la côte de la presqu’île que forme l’embouchure de la Loire et cette baie, un joli village, favorisé par la nature ; il se nomme Préfailles ; on y arrive en traversant la petite ville de Pornic, le bourg de la Plaine et le village de Kirouard. Ses bains de mer et surtout son eau ferrugineuse lui ont donné quelque célébrité depuis cinquante ans, célébrité qui depuis vingt ans s’est beaucoup accrue.
 
L’eau de Préfailles, assez connue sous le nom d’eau de la Plaine est d’une grande pureté. A part un peu d’acide carbonique et du fer, à part des traces d’arsenic et de l’huile schiste, elle ne contient pas en tout, pour un litre, plus de 113 milligrammes de chlorures de magnésium et de sodium, de sulfate de chaux, de carbonate et sels d’alumines au dire de M. Hectot, qui y a signalé 7 milligrammes d’une substance végétale-minérale dont on se rend compte quand on remarque la source provient de schistes friables et très légèrement bitumeux. C’est donc uniquement à cette huile, à l’acide carbonique, à l’arsenic, en si minime quantité qu’il soit, et au fer, qu’il faut s’adresser pour connaître, les propriétés médicamenteuses de la source de Préfailles. Le dosage de ces substances, le voici à peu près pour un litre d’eau :
 
Acide carbonique ………………..     lit. 0,035
Fer …………………………………    gr.   0,013
Arsenic …………………………….          0,0001
Matières huileuses ……………….            0,007
 
La seule inspection de cette formule nous explique comment ses eaux sont très utiles aux malades qui l’on redoute l’épaississement des muqueuses.
 
 Aux chlorotiques
 Aux anémiques
 Aux hydropiques
   Et chez les fiévreux
 Aux femmes dont la menstruation est pénible ou mauvaises.
Et pourquoi il ne serait pas irrationnel de les administre dans l’albuminerie des jeunes filles ou chez les femmes à la suite des couches et dans une foule d’affections.
 
Cette analyse nous montre aussi que ces eaux, bues sur les lieux, en une contrée où l’on respire à pleins poumons l’air salé de la mer, seraient plus avantageuses encore et supérieures peut-être aux eaux de Spa, du Mont-d’or et à beaucoup d’autres, si elles étaient chargées artificiellement à la source même, d’acide carbonique.
 
MM. Bobierre et Moride ont fait en 1852, une nouvelle analyse des eaux de Préfailles…
 
A côté de ces études chimiques, plaçons maintenant nos observations médicales :
 
Quant on boit à Préfailles, de l’eau de la source, on lui trouve une grande fraîcheur et un arrière goût d’encre assez prononcé. Si on laisse cette eau dans un verre, bientôt flotte à la surface des écailles d’oxyde, intermédiaire verdâtre, tandis qu’il se dépose de l’acide carbonique et une sorte de vapeur sur le pourtour du verre. Cette eau graisse les verres disent avec raison les malades.
 
L’eau de Préfailles, comme toutes les boisson ferrugineuses, produit un peu de constipation, quelques fois une sorte d’étourdissement au début. Ce n’est pas du mal de tête, c’est une sensation anormale dans l’encéphale. C’est la seule eau dont on boit sur les lieux mêmes, aux repas, parce que, en dehors de toutes considération médicale, c’est la meilleure.
 
La manière de prendre cette eau influe sur le traitement.
 
Aucun médecin, que je sache, n’a encore écrit sur le régime qu’il convient de suivre quand on prend les eaux de Préfailles. Je crois donc utile de m’en occuper.
 
La saison des eaux commence avec les beaux jours de mai ou de juin et finit en septembre.
 
Une fois installé, levez-vous matin et couchez-vous de bonne heure.
 
Autant que possible, disposez ainsi votre journée :
 
A six heures et demie, mettez-vous en route pour la source. Une fois arrivé, buvez deux à quatre verres en mettant cinq minutes à un quart d’heure de distance entre chaque verre, selon l’état de votre estomac.
 
Si les bains, si surtout les coups de la vague vous sont utiles, baignez-vous en revenant ou après avoir pris quelque chose chez vous.
 
Vers dix heures, dix heures et demie au plus tard, déjeunez. Mangez peu de féculents, ils donnent au sang beaucoup de sucre, beaucoup d’éléments de combustion, peu d’éléments réparateurs. Le lait, si vous le digérez bien, les œufs, le fromage, le poisson, la volaille et la viande, voilà au contraire, les éléments dans lesquels votre estomac puisera une albuminose réparatrice.
 
De midi à trois heures, dans les grandes chaleurs, vivez comme aux pays chauds, faites la sieste, surtout si, ce que nous saurions trop conseiller, vous faites du repas du matin, le repas principal.
 
Après la sieste, allez au bain ; ne redoutez pas le choc de la mer. Le retour à la maison et le temps de s’habiller, conduisent à l’heure du dîner.- A dîner comme à déjeuner, suivez le même régime alimentaire et buvez de l’eau de la source (gazéifiée si possible).- Après le dîner, faites un pèlerinage à la source, pareil à celui du matin. Tout vous y convie : rien n’est plus agréable à cette heure comme la vue de cette réunion de buveurs éparpillés sur les rochers, au bord de la mer, à la source et sur la colline qui la domine.
Au retour, livrez-vous aux occupations qui peuvent vous écarter de vos pensers usuels. Que les jeunes filles chantent et dansent, que les autres fassent de la musique ou charment la conversation, chacun selon sa spécialité. Avant de vous mettre au lit, vous pouvez prendre quelques aliments en très-petite quantité pour recommencer le lendemain.- Quelques jours de dette existence sont un grand repos et un repos plein de charme et d’espérance de santé.
 
Les bains de Préfailles se prennent face du village. Ily a des plages plus sableuses, plus agréables plus unies, mais nulle part il n’est plus facile de recevoir des douches excellentes que donnent les vagues ; et puis, à toute heure, quelle que soit la marée, l’on peut se baigner. Ceci est très important. »
 
A l’avenir, la municipalité de La Plaine cherchera à tirer profit de cette eau bienfaisante.
 
Au fil des ans, elle l’affermera à divers exploitants, mais qui devront toujours laisser son accès aux curistes.
 
En 1865, Mr. Monnier, pharmacien de Pornic exploitera la source pendant une vingtaine d’années, en commercialisant son eau en bouteilles après l’avoir gazéifiée.
 
En 1873, elle se révèle être sur le domaine maritime. Mais continuera à être considérée comme appartenant à la commune.
 
En 1878, Mr. A. Bobierre, se livra à de nouvelles analyses, relevant à nouveau un débit de 300 litres/heure. De ses conclusions nous pouvons retenir :
 
« Ce que la chimie conduit à reconnaître, c’est que l’eau de Préfailles est riche en bicarbonate de protoxyde de fer, et qu’elle renferme de l’arsenic. Ce que l’observation clinique a permis de constater, c’est que cette eau agit avec d’autant plus d’activité que les malades soumis à son action éprouvent en même temps les excellents effets des brises tempérées de la baie de Bourgneuf ; il y a là, en un mot, un ensemble de circonstances particulières dont l’heureuse influence ne peut être l’objet d’un doute et sur laquelle, dans l’intérêt des malades comme dans celui de Préfailles, il est bon d’attirer l’attention.
 
Telles sont les vérités qu’il faut se borner à établir ; Aller plus loin, tenter d’assigner une place exacte à l’eau de Préfailles, dans une échelle de proportionalité où figureraient d’autres sources ferrugineuses, ce serait méconnaître cette vérité proclamé par Chaptal : qu’en analysant une eau on ne fait que disséquer son cadavre. Certes, dans beaucoup de circonstances, le mode d’action d’une source peut être considéré comme vraisemblable à la suite de son analyse, mais on s’illusionnait grandement si on croyait pouvoir donner la mesure précise d’une action thérapeutique, parce qu’on a obtenu tel ou tel résultat à l’aide de réactifs et de la balance. Au point de vue médical, les eaux de Spa, d’Orezza, de Forges, de Cransac, de Bussang, de Passy, ne différent pas seulement par la proportion d’oxyde de fer : Chacune d’elles possède, on peut le dire, une action propre résultant non seulement de ces principes constituants, mais du groupement de mêmes principes.
 
Quoiqu’il en soit de ces considérations, il est un fait désormais bien établi, c’est qu’il n’est point nécessaire d’aller dans les froides montagnes de Spa, ou dans les solitudes lointaines d’Orezza, pour trouver une eau ferrugineuses d’une incontestable efficacité. »
 
Quoi de plus élogieux pour ce que fut cette source aujourd’hui tarie.
 
Laissons quelques instants la source et faisons place à un article paru dans la presse dans les années 1880 pour découvrir les charmes de Préfailles.
 
« Qui ne connaît aujourd’hui Préfailles ; ce lieu de bains de mer si fréquentés par les malades qui y trouvent la santé, par les artistes et les touristes qui y trouvent les aspects grandioses et merveilleux de la mer, dont les longues lames se brisent avec force sur les plus beaux rochers que l’on puisse voir, unis à la vie la plus paisible, la plus originale, la plus agréable que l’on puisse imaginer.
 
Pour tout ce qui à trait aux cures extraordinaires dues aux actions combinées de l’air, des bains de la source ferrugineuse de Préfailles, nous renvoyons le lecteur à la deuxième partie de ce petit et modeste travail, aux extraits des rapports de M. le docteur Guépin, et de M. Bobierre, directeur de l’Ecole des sciences de Nantes.
 
Tant qu’à l’agrément des voyageurs, aux plaisirs que Préfailles réserve à ses visiteurs, malades ou en bonne santé, quelques mots ici ne seront pas superflus.
 
Préfailles est, dit M. Guépin, « un joli village situé à l’entrée de la baie de Bourgneuf. » Joli n’est pas trop dire, car, bien que les grands arbres y soient rares et la verdure peu abondante, les gens de goût ont toujours la collection coquette de ces maisons et de ces chalets groupés dans un petit vallon, dont l’horizon est l’Océan sans limite, et dont la délimitation géographique est tracée par des grottes les plus nombreuses, les rochers les plus pittoresques et les plus accidentés.
 
On arrive à Préfailles, avec une extrême facilité, par le chemin de fer de Nantes jusqu’à Pornic et par la voiture de correspondance spéciale du chemin de fer de cette station à Préfailles. – Il y a par jour trois départs de Nantes et trois départs pour Préfailles . - On peut aussi gagner Paimboeuf ou St-Brevin par le bateau qui descend la Loire et prendre ensuite une voiture pour arriver à destination. Paimboeuf est à sept lieues de Préfailles, et St-Brévin à 4 lieues. Un bureau de poste et de télégraphe vient d’y être créé.
 
Sous le rapport du confortable, Préfailles répond à toutes les exigences des plus grandes stations d’eaux ; dès l’arrivée de la voiture, on peut être rassuré en apercevant l’hôtel de la localité, situé à gauche sur la route, et qui, par sa bonne apparence, ses tonnelles, sa terrasse couverte de baigneurs riant et causant, nous donne tout de suite la mesure de ce qu’on peut trouver dans le pays.
 
Le baigneurs ont de nombreuses occasions de se réunir, et de passe agréablement la vie à Préfailles, - tous les matins et tous les soirs, d’abord, il y rendez-vous général à la source, - rien de plus charmant et de plus « unique » que cette réunion de 6 ou 700 baigneurs assis ou groupés sur les rochers baignés par la mer. On cause, on boit de l’eau, la jeunesse danse des rondes, chacun semble heureux de vivre tant l’air est pur et tant l’harmonie du superbe panorama qui se déroule devant les yeux semble influencer joyeusement le caractère et l’humeur.
Le soir, au retour, on entend sur la route les accords du piano mêlés parfois au sons des instruments à cordes ou de la voix, ce sont quelques musiciens bien inspirés qui sont réunis dans le salon de l’hôtel, et qui laissant portes et fenêtres ouvertes, semblent inviter les promeneurs à se joindre à eux, pour former, sans prétention, de charmants concerts improvisés.
 
Et dans la journée, que de moyens divers pour se distraire et s’amuser !
 
Tout d’abord le fameux coursier Montmorency vous offre sa coopération pour vous porter à St-Gildas, au Cormier, à Pornic, etc., etc., ces excursions à ânes sont amusantes quand elles sont faites en caravanes et que les montures sont exités par les piétons malicieux et les petits cris de frayeur factice poussés par les amazones et par les enfants.
 
Et la pêche ! pêche à la seine au Cormier, pêche à la chevrette sur toute la côte, pêche à la lubine, au bar, pour les amateurs qui aiment suivre en silence les évolutions de la ligne en mer.
 
Enfin les bains… Matin et soir on peut se baigner, la plage de Préfailles a ceci de précieux, qu’elle est accessible à marée haute et à marée basse ; elle est garnie de très nombreuses et très élégantes cabines et possède un établissement hydrothérapique complet.
 
Quelques détracteurs qui ont jamais, en tout cas, trouvé mieux à dire, se plaignent de ne pas assez trouver d’ombre à Préfailles, s’ils ne l’ont pas trouvée, c’est qu’ils ne l’ont pas cherchée, car où rencontrer moins de soleil et plus de fraîcheur que sous ses grottes magnifiques qui abondent à Préfailles, et dans lesquels les baigneurs viennent tous les jours, en groupe, faire la sieste, causer, et passer les moments les plus chauds de la journée ?
 
Quel régime doit-on suivre à Préfailles, médicalement parlant ? C’est ce qui nous reste à examiner ; pour traiter cette question, laissons la paroles aux experts, et tout d’abord, sur le point spécial de la vie à Préfailles, au docteur Guépin.
 
N.-B.- M. le docteur Bocandé résidant à Pornic, vient chaque matin, à l’hôtel Ste-Marie, où l’on peut le consulter. Parmi les baigneurs, se trouvent toujours aussi plusieurs médecins. »
 
En 1885, la commune passe un bail de 9 ans avec l’état (1885-1893) moyennant 100 frs. par an.

Le 10 juin 1886, elle afferme la source à Mr. Bourrasseau de Saumur.
 
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                                                                La cabane et le rocher objet du litige.

 Dès le 9 août 1886, une pétition adressée au préfet qui a recueilli environ 90 signataires, proteste sur l’état des lieux et l’utilisation de la source sans tenir compte du cahier des charges.
 
 « Le robinet existant sera maintenu tel qu’il existe actuellement.
 
 Le bassin intérieur a été ouvert et un tuyau d’aspiration y a été adapté. L’eau ne séjournant plus dans un bassin essentiellement ferrugineux a perdu considérablement de ses propriétés et est devenue souvent trouble.
 
Il est évident que l’esprit du cahier des charges prévoyait un industriel devant exploiter la source comme eaux minérales, mais non un cafetier devant établir un estaminet, jeux et bals d’enfants.
 
Les bancs autour de la source ont été supprimés et remplacés à la source même par un restaurant buvette.
 
Nous ne parlons pas d’un superbe rocher qui, sous prétexte de menacer la sécurité a été enlevé uniquement parce qu’il gênait l’établissement de la baraque servant de buvette »

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                                                                               Profil de la source en 1886
 
 Ils reprochent au maire d’avoir outre passé ses droits en louant ou en abandonnant au concessionnaire une cabane appartenant à la commune et destinée à abriter les buveurs surpris par la pluie…
 
« Cette cabane sert aujourd’hui de salle de jeux (dont nous demandons la suppression et la fermeture) et de tentative de bals pour les enfants. »
 
Les pétitionnaires réclame la restitution de la cabane, l’enlèvement des hangars qui leur supprime leurs sièges et qui ont « rendu si disgracieux l’aspect de notre source autrefois si pittoresque et qui faisait la fortune du pays… et dans l’intérêt des 3 ou 4000 baigneurs attirés chaque année à Préfailles. »

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                                                                Plan d’ensemble - septembre 1886
                               
 Monsieur Bourrasseau exploitera la source et commercialisera son eau jusqu’à sa faillite en 1890. Son bail est annulé.
 
Mr. Etienne Robert lui succèdera pour 4 saisons mais il résiliera son bail en 1892.

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                                                                          Affiche de 1894
 
En 1901, Mr. Durand-Gasselin achètera la source aux domaines et créa un escalier depuis la rampe pour descendre à la plage. 

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                                                                 Affiche de la mise en vente de la source

La même année, le 11 août, il louera  la source pour 50 années à la commune de la Plaine moyennant 5 frs. par an.
 
« La commune prend la source dans l’état où elle se trouve : tout changement quelconque ne pourrait être fait que d’accord entre les deux parties.
Monsieur Durand-Gasselin n’est responsable ni de la qualité, ni de la quantité de l’eau qui pourrait varier pendant la durer du bail etc.  »
 
Suite à des divergences entre le village de Préfailles et la municipalité de la Plaine, Préfailles deviendra commune le 13 février 1908.
 
Monsieur Durand-Gasselin reconduira son contrat avec la nouvelle commune.
 
En 1912, la commune passe un bail de 90 ans à MM. Reverdy et Caillard pour exploiter et gazéifier l’eau ferrugineuse.

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1925, verra la fin de son exploitation.
 
En 1935, suite à un legs, la source devient communale.
 
Le souvenir de cette source restera gravé dans la mémoire des Préfaillais.
 
M. LEGAULT                                octobre 2007
 
 
 


[1]Antoine-Grimald Monnet ( 1734-1817). autodidacte, passionné par la chimie et la pharmacie. Il analysa en même temps les eaux de la mer de Préfailles. Publia le « Traité des eaux minérales – 1768 » et celui de la « vitriolisation – 1769 », un « Atlas minéralogique de la France – 1780 »

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